Tout pour le Sahara

Dix-huit ans se sont écoulés depuis l’enclenchement du plan de paix onusien pour le Sahara Occidental. Une période beaucoup trop longue pour un simple problème de décolonisation qui a créé tant de tension et empêche la mise en marche d’un véritable programme de coopération et de développement dont les peuples ont besoin. La seule raison de ce blocage est que le Maroc n’est pas près d’accepter une solution qui ne vise pas à entériner l’assimilation pure et simple de ce pays.

Le Matin du Sahara et du Maghreb, le journal du palais, nous rappelle dans son édition du 27 juillet 2009 que Christopher Ross, l’envoyé spécial des NN.UU « sait que la question du Sahara n’a jamais cessé de constituer une revendication majeure du peuple marocain. Elle n’a jamais été une question de circonstance ou même de règne, mais elle incarne la traduction populaire. Posée déjà sur le bureau des Nations unies depuis l’indépendance du Maroc en 1956, elle constitue l’affaire centrale du gouvernement marocain. »

En effet, depuis le début, la question était un domaine réservé du Palais dont le but principal est de combattre toute influence de l’Algérie dans la région et non pas trouver une issue qui conviendrait à toutes les parties. Pour consolider sa position sur le niveau interne, le gouvernement a fait du Sahara un drame national, voire existentiel au royaume, a imposé une certaine unanimité sous le slogan de « l’intégrité territoriale » et alimenté la haine envers l’Algérie en la traitant de principal responsable de ses malheurs.

Dans ce contexte, Le Matin ajoute que « maintenant que l’ONU reprend son rôle, qu’elle a initié une approche consensuelle, politique et définitive, l’Algérie s’emploie cyniquement à nous ramener à la case de départ ». Ce discours n’est pas nouveau puisque le Maroc a toujours cherché à trouver un arrangement avec l’Algérie sans consulter les sahraouis. Pour le Maroc, c’est le gouvernement algérien qui « tire les ficelles dans cette affaire ». La nature rancunière des dirigeants marocains ne laisse aucune place à l’éventualité d’un Etat sahraoui indépendant. Le Maroc a bien voulu partager le territoire avec la Mauritanie en vertu des Accords Tripartites de Madrid. Par contre, il a refusé d’octroyer cette partie du Sahara Occidental (Rio de Oro) aux sahraouis. Pourtant, cette proposition a bien été lancée dans les années 1990. Pourquoi? Il n’est pas question pour les dirigeants marocains d’accepter l’existence d’un Etat avec de bonnes relations avec l’Algérie. La haine conduit leur pensée et leurs actes.

C’est cette haine qui a poussé le Maroc à tout jouer pour le Sahara. En 1977, les services secrets marocains ont fait exploser la voiture de l’ambassadeur mauritanien en France pour pousser le gouvernement français à expulser les activistes du Front Polisario en France qui, à l’époque, était un véritable foyer de solidarité avec le peuple sahraoui. Pour le Sahara, la DST marocaine a aidé les terroristes à traverser les frontières algéro-marocaines pendant la décennie de terreur vécue par le peuple algérien dans les années 1990. Pour le Sahara, le gouvernement marocain a accepté d’importer la torture des membres présumés d’Al Qaïda en collaboration avec la CIA et le MI-5. Pour le Sahara, le Maroc était prêt à héberger le commandement des forces américaines, l’AFRICOM. Pour le Sahara, Mohamed VI a pris la décision de rompre les relations avec l’Iran et le Vénezuela pour attirer la sympathie de l’administration américaine et du lobby juif tout puissant aux Etats-Unis. Qu’est-ce qui ne ferait pas le Maroc pour se venger de l’Algérie?

Hassan II avait accepté le plan de paix, en 1991, parce qu’il avait perdu la guerre mais il voulait la gagner autrement. Avec le soutien de la France, qui prône le soutien aux thèses annexionnistes marocaines comme un moyen de pression contre l’Algérie dans le dossier de la repentance. Sinon, comment expliquer un engagement français aussi grossier au sein du Conseil de Sécurité jusqu’au point de s’opposer au contrôle des droits de l’homme au Sahara Occidental?

Dix-huit ans après le cessez-le-feu, le Maroc cherche toujours à gagner la bataille du Sahara Occidental par les manœuvres dilatoires, les mensonges, les manipulations et le défi à la communauté internationale.

Il serait très naïf de croire à la bonne volonté des autorités de Rabat. Leur intention est de continuer à faire semblant de négocier, de chercher une solution, tout faire pour que le processus dure encore des années.

Ils ont parié sur feu président Boudiaf, mais le destin a changé le cours des évènements. Ils ont patienté dans l’espoir de voir le président Bouteflika s’éloigner d’El Mouradia, mais son troisième mandat a failli provoquer une crise cardiaque à Rabat. Devant cette déception, Mohamed VI fait son possible pour maintenir le statu quo dans l’espoir que le changement vienne du gouvernement algérien. De là l’insistance du régime marocain sur la réouverture des frontières. Pour le Maroc, ce serait un retour à la normalité avec l’Algérie, tout en laissant le statu quo, qui veut dire que les réfugiés sahraouis restent éternellement en Algérie, continuer à s’engouffrer du pillage des ressources naturelles sahraouies, davantage de répression et de violation des droits de l’homme dans les territoires occupés du Sahara Occidental. Une façon de concrétiser le discours marocain dirigé aux sahraouis : « Le Maroc se trouve dans son Sahara et le Sahara se trouve dans son Maroc, et vous, vous pouvez crever dans le désert algérien ».

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