Une époque révolue

L’histoire du processus de paix entamé par l’ONU en 1991 est jalonné de scandales et de complicité de responsables onusiens avec le Maroc. 
Le Suisse Johannes Manz, représentant spécial des Nations unies au Sahara, a démissionné le 20 décembre 1991 pour exprimer sa désapprobation de la démarche partisane de Perez de Cuellar. De même, son compatriote Jean-Luc Held, membre de la Minurso, a dénoncé en mai 1994, les violations marocaines au Sahara et une certaine partialité du secrétaire général de l’ONU, Bouthrous Ghali. Plus tard, en janvier 1995, l’Américain Frank Rudy, vice-président de la commission d’identification, relève que la Minurso « est devenue l’instrument de la domination marocaine sur le processus d’identification et dénonce le comportement de type mafieux » du Maroc. 
La trahison de Javier Perez de Cuellar, en 1991, fut récompensée par Rabat d’une fonction honorifique (avec rémunération adéquate) auprès de l’Omnium Nord Africain, le holding de la famille royale marocaine. Bouthrous Ghali a épousé les thèses marocaines en échange de la promesse française de lui octroyer le poste de secrétaire général de la Francophonie. Koffi Annan, sous la pression de l’administration Bush a fini par s’éloigner du plan de son propre représentant, James Baker, dont le plan de règlement a été approuvé par unanimité dans le Conseil de Sécurité. 
Avec la complicité avérée ou passive de deux secrétaires généraux successifs de l’Onu, Javier Perez de Cuellar et Boutros Boutros-Ghali, Rabat avait réussi à brouiller les pistes et à multiplier les manœuvres dilatoires, à seule fin de gagner encore plus de temps pour empêcher l’organisation d’un référendum libre au Sahara Occidental et faire oublier un conflit qui traîne sans issue depuis 1975.  
A cette époque-là, en plus de surveiller le personnel de la MINURSO, le Maroc avait installé des écoutes téléphoniques sur les lignes locales et les lignes internationales de la mission onusienne. Même si le suspect fut immédiatement transféré, les faits ont été étouffés. 
Ce ne sont là que quelques illustrations que le Maroc n’a jamais prévu de gagner la bataille du Sahara par les méthodes légales, mais pas la tricherie et la manipulation. 
Mais ces temps-là, et ceux des agissements des lobbies promarocains pour influencer l’administration américaine sont révolus. L’époque du mépris des autres, des organisations internationales comme des personnalités onusiennes, symbolisée par le refus royal du plan de paix des Nations Unies fait partie du passé. La communauté internationale est lasse de ce conflit et demande le respect du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Ban ki-moon n’est pas Bouthrous Ghali ni Kofi Anan et il s’est engagé personnellement à trouver une solution au conflit sahraoui. 
Sur le plan de la légalité et le droit international, le Maroc se trouve isolé. Son seul appui : le veto français au sein du Conseil de Sécurité. Le Maroc peut prendre le parti d’« accepter » ou de « refuser » les plans de paix qui lui sont présentés, mais il ne peut en aucun cas faire abstraction du droit de la décolonisation et donc du référendum d’autodétermination des peuples qui en est l’élément fondamental. 
Sans se soucier du sort fait au peuple du Sahara Occidental, le Royaume du Maroc se livre à des méthodes dilatoires pour retarder l’échéance qui, de toute façon, lui sera imposée par la volonté de la communauté internationale et celle du peuple sahraoui. 
Les révoltes de la population sahraouie dans les territoires occupés ont mis en échec la politique du statu quo prônée par le gouvernement marocain. La répression et les violations des droits de l’homme sont dénoncées au quotidien par les ONG internationales. 
Dans ces conditions, quelle alternative reste au Maroc? Celle du double langage de façon permanente : l’approbation, l’apparente « coopération », puis l’épreuve de force pour « user » les représentants des Nations Unies sur le terrain, les envoyés spéciaux du Secrétaire Général, toutes les personnes de bonne volonté qui ont essayé de trouver les compromis mutuellement acceptables. 
Le Maroc joue la carte de la menace terroriste pour maintenir son influence au Sahara Occidental. Les autorités marocaines font la tournée des chancelleries occidentales en vue d’avoir leur soutien dans la proposition d’autonomie, en décrivant le Sahara Occidental comme une région vide, désertique propice à tout genre de trafics et hébergeant des groupes islamistes qui peuvent provenir de n’importe où dans le désert du Sahara. 
Le Maroc espère convaincre l’Occident qu’il demeure un acteur incontournable dans la sécurité de la région. Alors, il multiplie les dépêches sur le démantèlement des réseaux de terroristes imaginaires et accentue les sorties contre le principe d’autodétermination dans le but de le vider de son sens. Au même temps, il pointe du doigt l’Algérie pour s’afficher en victime d’un complot qui vise à déstabiliser le pays. Ce sont les dernières cartes d’un mauvais perdant qui a perdu tout espoir de gagner la partie. 

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