Le Maroc arrête trois des figures principales de l'indépendentismeo sahraoui

Les sept membres d’une délégation qui a voyagé aux campements de réfugiés de Tinduf (Algérie) seront jugés pour « attentat contre les intérêts supérieurs de la Nation »

IGNACIO CEMBRERO – Madrid – 10/10/2009
Les autorités marocaines ont arrêté le long de la semaine trois des figures principales de l’indépendentisme dans l’ancienne colonie espagnole du Sahara Occidental avec neuf autres militants de la même cause. Parmi eux, sept seront jugés pour « attentat contre les intérêts supérieurs de la Nation », selon le ministère public de Casablanca.
Les ex-prisonniers politiques Alí Salem Tamek, le vice-président de CODESA, une association de défense des droits de l’homme au Sahara, et Brahim Dahane, président d’ASVDH, une organisation de caractère similaire, ont été arrêtés jeudi après avoir débarqué à Casablanca d’un vol provenant d’Alger. Ils étaient accompagnés de cinq autres militants, arrêtés aussi à leur tour.
Ils revenaient d’une visite aux campements de réfugiés sahraouis de Tindouf, dans le sud-ouest de l’Algérie, où ils avaient eu un entretien avec Abdelkader Taleb, premier ministre de la République Arabe Sahraouie Démocrátique, l’entité créée par le Front Polisario, et Mahfoud Ali Beiba, chef de la délégation sahraouie dans les négociations avec le Maroc.
Son voyage a suscité une large condamnation au Maroc par les partis politiques, la presse officielle et quelques associations de la société civile qui les ont qualifiés de « cinquième colonne » et « reniés » et ont exigé que les « traîtres » soient jugés.
Le Ministère Public en a fait écho. Après « la visite effectuée par ces individus aux campements de Tindouf, durant laquelle ils ont contacté des secteurs hostiles au Maroc et ont attenté ainsi contre les intérêts supérieurs de la Nation, le Ministère public Général a ordonné l’ouverture d’une enquête ainsi que leur arrestation et présentation devant le juge d’instruction », dit le communiqué émis vendredi.
Une grande partie de la presse marocaine signale que pendant la visite à Tindouf la délégation a été encouragée par ses interlocuteurs à essayer de ressusciter la révolte des villes saharauis, réprimée dans le printemps de 2005, et des étudiants sahraouis dans les universités marocaines qui a eu lieu deux ans plus tard. Les responsables du Polisario ont, plutôt, mis l’accent, selon des sources sahraouies, pour que les deux branches de l’indépendentisme au Sahara Occidental dépassent leur querelles et coordonnent leurs activités.
Deux jours avant les arrestations à Casablanca, la Gendarmerie marocaine a arrêté dans la zone de Gargarat, au Sahara mais près de la frontière mauritanienne, Mohamed Dadach, un ex-prisonnier politique et prix Rafto des droits de l’homme, selon des sources sahraouies. Avec quatre autres militants, il se dirigeait vers la Mauritanie avec l’intention de rejoindre, de là, la partie du Sahara contrôlée par le Polisario. 
La police marocaine a, finalement, empêché, vendredi soir, Sultana Khaya, une jeune fille qui a perdu un oeil en mai 2007,  lors des protestations des étudiants sahraouis de l’Université de Marrakech, d’embarquer dans un vol vers Las Palmas. La destination finale de son voyage était Barcelone où elle allait poursuivre un traitement médical, mais les cinq heures d’interrogatoire qu’elle a subie à l’aéroport d’El Aaiún lui ont fait perdre le vol, selon l’agence de presse SPS du Polisario. 
EL PAIS, 10/10/2009

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