Le Sahara et le malheur quotidien du citoyen marocain

Au débit des années 1970, le Régime politique marocain était contraint de bannir le Sahara Occidental de son agenda puisque son instabilité interne nécessitait d’éviter les problèmes avec l’Espagne aussi bien qu’avec l’Algérie. Le paradoxe est le suivant :
1- Avant 1973 : si un marocain revendique la marocanité du Sahara, il ira simplement en prison, et Hassan II en avait plein et de bons endroits en plus !
2- Après cette date, le simple fait d’invoquer l’application du Droit International et des résolutions des Nations Unis concernant le droit à l’autodétermination, conduit tout droit à la prison : le cas de la riposte du Régime contre le 15° Congrès de l’UNEM en 1972 (Union National des Etudiants du Maroc)
3- Abderrahim Bouabid, leader socialiste a été emprisonné en 1981 pour avoir refusé le référendum accepté par Hassan II.
Ce conflit était devenu bénéfique pour tout le monde ; surtout pour le roi, victime de deux complots et d’une instabilité politique, et qui a trouvé une occasion pour aligner les partis politiques, occuper les militaires et les éloigner vers le sud. Le budget de l’armée est devenu une manne providentielle pour les militaires marocains. Le secret et l’intérêt de la nation ont un impact direct sur l’organisation et la gestion des finances de l’armée. Ce qui a convergé à un Régime court-circuité par l’armée et l’intérêt particulier et spécifique des Généraux.
Et les marocains qui ont supporté les frais de la politique marocaine au Sahara, ont-ils le droit de décision en dernier mot du sort du Sahara , face au Régime et aux partis politiques ? Absolument pas.
Qu’il y ait des gens qui ne s’identifient pas à l’Etat central marocain est une affaire somme toute banale puisque même des habitants du Nord comme du Centre du Maroc considèrent que l’Etat monarchique est corrompu car n’ayant aucune forme de légitimité et n’émanant pas de leur volonté. Le problème majeur est l’absence de démocratie. Pour preuve s’il en est que l’Etat a de tout temps embauché les personnages les plus corrompus pour « représenter » les sahraouis.
Le seul pays où on peut aller en prison car on a dennoncé la corruption c’est bien le Maroc.
Les justices des autres pays servent leurs peuples, celle du Maroc ne sert que le Makhzen. C’est pourquoi les sahraouis veulent de plus en plus leur independance, plus le Makhzen les maltraite plus ils sont pour l’independance.
L’Instance de Réconciliation n’était qu’une poudre aux yeux et ça n’a pas du tout reconcilié le Makhzen avec les marocains mais c’est devenu pire encore que les années de plomb de Hassan II.
Ce que les marocains ignorent, c’est que le régime makhzénien, fabriqué par Hassan II, a lié le sort du Sahara occidental à celui du trône, faisant ainsi d’une pierre deux coups. L’équation est simple : d’un côté cantonner dans le désert une armée menaçante, qui a tenté de renverser le sultan par deux coups d’Etat, juste avant le départ de l’Espagne du Sahara occidental, et de l’autre museler les Marocains dont les bouches ne sont pas seulement fermées, quand il s’agit du roi ou du Sahara Occidental, mais déformées depuis longtemps à coups de matraques. Tout Marocain qui mettrait donc en cause la « marocanité », supposée, du Sahara occidental, mettrait également en cause la légitimité du trône. Quel Marocain, dans de telles conditions, oserait se faire fracasser la figure, plus que celle-ci ne l’est déjà au quotidien, en mettant en cause la légitimité du Commandeur des « Croyants ».
Hassan II avait épuisé tous les moyens de terreur et d’oppression pour se maintenir avant qu’on lui souffle l’idée du Sahara. N’oublions pas qu’il avait cautionné l’opération  » Ecouvillon  » qui consistait à décimer l’Armée de Libération marocaine au Sud par l’aviation française et espagnole, après l’indépendance, quand il n’était que prince héritier.
Tout ce qu’il voulait, c’était régner. L’armée de Libération de l’époque voulait continuer la lutte pour libérer tous les territoires colonisés, y compris le Sahara Espagnol. Mais cette armée lui échappait. Il n’en était pas le chef. Elle lui faisait peur. Il fallait l’anéantir.
Pourquoi renoncer au Sahara par l’écrasement de l’armée de Libération en 1958 pour s’en occuper en 1975 ? Parce que les dix sept années qu’il a passé à pourchasser et à éliminer toute forme d’opposition ne lui ont pas été favorables à consolider son trône. Alors d’une pierre, il a fait deux coups : Museler définitivement l’USFP et redorer son blason auprès des déshérités, en leur donnant un peu de fierté et beaucoup de faux espoirs.
Le Sahara est, maintenant, sous occupation marocaine depuis trente-quatre ans. Alors, qu’y a-t-il de changé dans la vie pauvre et précaire de l’homme Marocain ?

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