"L'UE a raté une occasion avec le Maroc"

Interview avec Rafael Bustos, coordinateur pour Maghreb-Moyen Orient de la Fondation Alternatives

TRINIDAD DEIROS – Madrid – 11/03/2010 

Raphaël Bustos et Irene Fernández -Molina sont les auteurs d’un mémorandum de l’Observatoire de Politique Extérieure (OPEX) de la Fondation Alternatives dans lequel le statut avancé Union Européenne-Maroc est analysé. Un traitement privilégié pour Rabat dont la consécration a eu lieu le week-end passé au sommet de Grenade. Dans le mémorandum d’OPEX on assure que l’Europe « a raté une occasion précieuse pour faire pression et pour exiger des réformes significatives des institutions marocaines en échange de la concession d’un statut privilégié, en incluant dans le nouveau cadre contractuel des compromis concrets, des délais et des critères d’évaluation ».

Nous croyons que ce qui manque dans ce statut est le fait d’avoir raté l’occasion d’inclure une clause de conditionnalité démocratique qui aurait servi à exiger des réformes en échange du traitement privilégié établit par le document. Même dans l’accord d’association avec le Maroc de 1995-96 cette clause existe, bien qu’elle n’ait jamais été invoquée. Dans le texte du statut, cette conditionnalité n’est même pas mentionnée. Le ton général est un éloge.

L’UE renonce-t-elle à promouvoir la démocratie dans ce pays ?

L’approche qui prévaut dans le statut est que la démocratie arrive par une espèce de symbiose, par contact. Comme si la proximité à l’Europe produisait un effet graduel indirect. Ce point de vue évite les sujets de conflit comme le manque de respect des droits humains.

Comment interprétez-vous les critiques de Van Rompuy, le président de l’UE, au Maroc concernant la question des droits humains ?

Je crois que le discours de Van Rompuy n’a pas été mauvais et qu’il était correct. Cependant, ses mots n’ont pas eu forme dans la déclaration finale, dont le ton est positif.

Son rappel à l’ordre a-t-il été seulement en mots ?

Il est possible que ce soit une manière de se soigner dans la santé de l’UE, en prévision de ce dont l’arrivée était connue, et ainsi éviter des critiques. Ils savaient qu’il allait y avoir des manifestations des saharauis, des agriculteurs, aussi des deux journalistes qui ont dénoncé la répression de la presse au Maroc (Ali Amar et Ali Lmrabet).

Ce statut donne-t-il un traitement si favorable au Maroc comme on dit ?

En réalité, le statut est une feuille de route pour l’avenir. Pour le moment ce n’est qu’un document politique, et en tant que tel, il n’est pas contraignant. Actuellement, cet accord ne représente pas encore des nouvelles relations contractuelles avec l’Union Européenne.

D’autres pays, comme l’Algérie, peuvent-ils se sentir offensés ?

Je ne crois pas que l’Algérie soit très préoccupée; ce qu’ils veulent c’est quelque chose de différent. D’abord, ils n’ont pas besoin d’argent, Alger ne tolérerait pas non plus la supervision, même si elle seulement technique, de ses institutions qui reprendrait un statut similaire à celui de son voisin. De plus, le Maroc n’est pas le premier pays auquel on donne un traitement de faveur.

Mais il a été présenté ainsi.

Le Maroc non seulement n’est pas le premier pays qui obtient une relation spéciale, mais il n’est pas non plus l’État le plus favorisé par l’UE, quel que soit le nom donné à l’accord. Par exemple, en ce qui concerne la mobilité et l’intégration dans les agences européennes, Israël jouit de meilleures conditions. Le problème est que si un statut spécial est donné à l’Ukraine, à la Jordanie, au Maroc, et à d’autres pays, le concept de traitement préférentiel est dévirtualisé.

Ce statut a été promu par la France et l’Espagne.

La politique européenne en Méditerranée est la projection des politiques nationales avec une tenue communautaire. Le Statut pèche de trop d’intérêts bilatéraux, ce qui provoque certaines contradictions. 

PUBLICO

Tags : Maroc, Sahara Occidental, Algérie

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