Espagne : les arrivées de migrants en provenance d’Algérie augmentent après le freinage au Maroc

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L’augmentation du transit sur la route reliant l’Algérie aux côtes espagnoles est une nouvelle source de préoccupation pour les autorités européennes. Compte tenu de la structure saisonnière de cette nationalité en particulier, il est probable que l’augmentation se poursuivra et que des mesures doivent être prises”, indique un rapport interne de la Commission européenne rédigé en octobre. Alors que les entrées irrégulières ont diminué d’environ 50 %, l’Algérie se présente aujourd’hui comme un front ouvert.

La grande majorité des migrants clandestins qui arrivent en Espagne partent du Maroc, mais il y a quelques mois, l’activité s’est déplacée vers le pays voisin. Septembre et octobre sont marqués en rouge sur le calendrier. “De janvier à fin août 2019, 95 % des migrants en situation irrégulière ont quitté le Maroc, contre 5 % seulement de l’Algérie”, explique le document daté du 15 octobre. Toutefois, en septembre et en octobre, le nombre d’arrivées en provenance d’Algérie a atteint 42 % du total.

L’émigration depuis l’Algérie vers les côtes de Murcie, Baléares et Alicante suit une tendance saisonnière et, selon l’analyse de Frontex, l’agence européenne des frontières, augmente généralement d’août à décembre. Cette année suit donc la tendance des derniers exercices, mais le contexte est maintenant différent. Les entrées irrégulières en Espagne (27208 entrées) ont diminué de moitié par rapport à la même période en 2018, mais le cas algérien n’accompagne pas cette réduction. En septembre et octobre, les arrivées en provenance d’Algérie ont augmenté de près de 50 % par rapport à l’année précédente, souligne le rapport sans préciser la nationalité ni le nombre total de ceux qui ont embarqué. Bien que les autorités algériennes aient renforcé leur vigilance, les organisations criminelles font preuve d’une capacité croissante à adapter leur mode opératoire”, elles maintiennent en interne des analystes qui font rapport à la Commission européenne.

L’augmentation des départs des côtes algériennes dans un contexte de maîtrise de la pression migratoire s’explique, d’une part, par le fait qu’une partie de ceux qui quitteraient auparavant le Maroc recherchent maintenant des itinéraires moins surveillés. La pression exercée par les autorités marocaines, stimulée par plus de 170 millions d’euros de l’UE et de l’Espagne, rend de plus en plus difficile de quitter le pays sans être intercepté et renvoyé. Le départ continu des Algériens, plongés dans une crise d’État, explique le reste.

Depuis le début de l’année, un peu plus de 2500 Algériens ont réussi à débarquer en Espagne. Les arrivées sont restées à des niveaux similaires à ceux de 2018, l’année la plus riche de la dernière décennie (plus de 4300 selon Frontex). Parmi les nationalités les plus communes enregistrées à l’entrée sur le territoire espagnol, c’est la seule dont le nombre n’a pas chuté de façon spectaculaire. Aujourd’hui, ils sont la deuxième nationalité la plus nombreuse à bord des embarcations qui arrivent sur les côtes espagnoles, après les Marocains seulement. En 2018, selon Acnur, ils étaient les quatrièmes.

L’augmentation des départs coïncide avec une escalade de la répression en Algérie. Depuis le début des manifestations contre le régime, le 22 février dernier, l’homme fort du pays, le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaid Salah, a resserré l’étau autour des militants. Des journalistes, des manifestants arborant le drapeau amazigh, emblème berbère symbolisant la liberté, et des dirigeants de partis d’opposition ont été emprisonnés. Des dizaines de milliers d’Algériens continuent de sortir dans les rues chaque vendredi. Mais le découragement a frappé certains jeunes. Il est vrai qu’il y a eu des centaines de candidats à l’émigration irrégulière. Mais il est trop tôt pour avancer des conclusions. Il faut observer la tendance à long terme, précise le sociologue Zahir Hadibi.

Kouceila Zerguine, avocat spécialisé dans les questions migratoires, explique que l’émigration est due à deux facteurs : d’une part, le facteur externe, la politique migratoire de l’UE. Tant qu’il y aura une inégalité sauvage entre le Nord et le Sud, il y aura des migrants. D’autre part, ajoute-t-il, il y a la question interne. Les gens sont descendus dans la rue pour revendiquer qu’ils veulent être maîtres de leur avenir. Les jeunes scandaient dans les manifestations : « Nous ne quitterons pas le pays, c’est vous (les puissants) qui partirez. Mais le régime a augmenté la répression. Et beaucoup de gens ont décidé de partir à nouveau. Bien que des milliers d’Algériens aient décidé de traverser la Méditerranée, beaucoup d’autres veulent tenir tête au pouvoir. Changer un régime ne se fait pas du jour au lendemain, explique Zerguine. C’est une course de fond. Et il y a ceux qui préfèrent se battre ici. Je viens de voir dans la rue une peinture sur un mur qui dit : « Nous préférons la révolution du 22 février à l’émigration ».

Tags : Algérie, Espagne, émigration,

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