Algérie : Virage

0

Il n’y a apparemment rien ni personne qui puisse sauver le «soldat» Tebboune pris dans une embuscade sans aucune couverture. Chaque jour qui passe apporte son lot d’incertitude quant aux chances de l’ex Premier ministre de Bouteflika de succéder à. Bouteflika. Alors qu’il a bien du mal à structurer un discours politique digne d’un candidat lourd, Tebboune collectionne des accotés qui plombent dangereusement sa campagne.

Après un faux départ caractérisé par la démission de son directeur de campagne, Abdellah Baâli, Tebboune vient d’être poignardé par son propre parti le FLN, qui a instruit ses cadres et ses militants de se retirer des directions de campagne du candidat. Cette prise de distances de la part de l’appareil politique du pouvoir signifie une chose : Abdelmadjid Tebboune n’est finalement pas le candidat adoubé par les décideurs, contrairement à ce que suggérait l’orchestration médiatique de son entrée en lice. Et s’il subsistait encore un doute, son concurrent Abdelkader Bengrina l’a solennellement et sèchement levé hier.

Depuis Laghouat où il tenait un meeting, Bengrina a carrément envoyé Abdelmadjid Tebboune sur le tapis en annihilant ses chances de prendre le palais d’El Mouradia. «Nous avons fait tomber par «KO» un candidat et nous le ferons encore pour un autre» (…) il ne restera que trois candidats en lice qui ne font pas partie de la Issaba», a lâché Bengrina le plus sérieusement du monde. Bien qu’il se soit gardé de citer les noms des candidats à «terre», il est aisé de deviner que Bengrina faisait allusion à Tebboune et Mihoubi, qui ont tous deux servi Bouteflika comme ministres.

On peut penser ce qu’on veut de Bengrina, mais il n’aurait pas osé tenir un tel discours avec une telle assurance s’il n’était pas mis au parfum de la cuisine interne du régime. Le scénario d’une «mort subite», -politique s’entend- de Tebboune et Mihoubi et d’un duel entre Benflis et Belaid ou alors entre Benflis et Bengrina au second tour semble fort probable, dans l’hypothèse évidemment que le scrutin se tienne. Ce qui est loin d’être acquis quand on voit ces centaines de milliers de manifestants qui ont essaimé à Alger, Oran, Constantine, Annaba, Tizi Ouzou, Sétif et Adrar lors du 40ème vendredi.

Il est même plus réaliste de penser que les «souffrances» de Tebboune, la campagne à la sauvette des autres candidats, et l’ampleur de la mobilisation du HIRAK préparent peut être l’exposé des motifs d’un report du scrutin pour éviter l’iceberg du 12 décembre.

Les voies du système restent tout de même impénétrables et malin celui qui osera prédire ce qui se passera d’ici là. Cette semaine qui commence risque d’être décisive. Qu’à Dieu ne plaise.

Imane B.

L’Est Républicain, 24 nov 2019

Tags : Algérie, Abdelmajid Tebboune, élections, présidentielles, campagne électorale,

Leave A Reply

Your email address will not be published.