Algérie : Sonatrach ? Une dame de cœur à ménager

0

Dans le bréviaire du parcours de la Sonatrach, sa situation n’est pas à l’heure de l’opéra. Diminuée et presque constamment torpillée par de grossières dilapidations durant l’ère du pétrole à 120 dollars le baril, la mamelle de l’Algérie continue grâce à Dieu, à sauver le pays, à nous garantir le sursis économique, à symboliser l’espoir, à presque, hélas, symboliser aujourd’hui la liane de survie pour les 42 millions d’habitants bernés et volés par des truands officiels de haut vol, jamais suffisamment rassasiés. Le passage de cette année 2019 à l’exercice 2020, ne s’accroche qu’à deux ponts suspendus: Sonatrach à travers la nouvelle loi sur les hydrocarbures et les présidentielles de 12 décembre prochain.

Nous sommes le deuxième producteur de pétrole du Continent, alors qu’en termes de gaz, nous avions défié le Qatar en nous imposant dans les exportations de gaz, avec l’exceptionnel bond de la période 2000-2018 et de ses 3 trains de GNL. C’était l’âge d’or du secteur. Baignée par la ferveur et l’irrésistible réussite de l’époque, nul n’aurait imaginé la naissance et la prolifération de rapaces aux profils et au verbe élégant. Des monstres au sourire avenant, qui ne se sont pas privés. Et justement, c’est ce subtil jeu d’acrobaties et de louanges qui couvrait les actions de détournements et de dilapidations des deniers du premier groupe économique de l’Afrique, bien plus haut des mastodontes sud africains. Le secteur de l’énergie n’anticipait pas, ses générations de managers trop occupés à engranger des devises pour l’Etat et sans se projeter sur la prospective des recherches et des explorations de nouveaux gisements.

Tout donc, n’a été que ratages, dont sont responsables aussi bien les petits maîtres premiers ministres calfeutrés dans leur slogan vide de «l’Apres-Pétrole», d’autres encore qui tâcheronnaient avec application sur les marchés internationaux des hydrocarbures et des projets qu’offrait l’Algérie en continu. Par contre, de politique énergétique sérieuse, viable et attractive, tous les experts ayant débattu du sujet ces dernières semaines, reconnaissent le vide. Jeudi dernier, au moment où l’APN validait à l’unanimité le projet la Loi sur les hydrocarbures, les principaux économistes s’interrogeaient sur la place de la «consommation», de la «sécurité énergétique», de la «transition et des énergies renouvelables», des actions engluées depuis longtemps au niveau de la réflexion, sans jamais réellement se matérialiser sur le terrain.

Passer de l’énergie fossile au solaire participe de l’évidence dans tous les esprits, cependant, l’application se confond dans la timidité. Combien même les politiques le savent, ainsi du reste que les professionnels du secteur, dans les conditions actuelles, l’Algérie ne serait pas en sécurité énergétique à l’horizon 2025-2030. D’où l’extrême urgence de se tourner vers le solaire. Et ce n’est que la première alternative de la phase sensible de la transition, même si Mohamed Arkab le ministre du secteur, «l’exploration de nouvelles réserves pétrolières et gazières se pose en mode impératif urgent pour l’Algérie, d’où la nécessité d’un autre juridique» rappelle-t-il.

Dans ce registre pourtant, «seuls 20% des appels d’offres ont trouvé preneurs». Dixit Mohamed Arkab en personne. Ce n’est pas que l’Algérie ne fait plus recette, mais c’est le climat des affaires et l’atmosphère ambiante du quotidien qui refroidit les potentiels opérateurs de cette niche pétrolière. Les espoirs d’un retour assidu sur le partenariat et l’investissement étranger, se convergent vers les présidentielles du 12 décembre qui aboutiront à la stabilité et à la crédibilité de l’appareil étatique. Des esquisses apparaissent déjà quant à la confiance de partenaires maintenue envers l’Algérie. L’Italie avait exprimé en juin dernier, qu’elle désire augmenter ses approvisionnements en gaz algérien. Corrado Passera, le ministre italien du Développement économique et des infrastructures, a confié que la consommation en gaz dans son pays, atteint en ce moment, les 440 millions de m3 par jour. Du coup, Sonatrach et Enel ont renouvelé leurs accords de fourniture en gaz algérien, étalés jusqu’en 2017. De même, le groupe français ENGIE et Sonatrach, viennent de consolider leurs relations en procédant à la signature d’accords de livraisons de gaz naturel et gaz gazeux via les tubulaires du Transméditerranéen. Enfin, on rappellera que lors de l’été écoulé, Sonatrach et la société portugaise GALP, ont paraphé un marché additif de fourniture de 2,5 milliards de M3/an en gaz naturel, répartis sur une durée de 10 années.

Et encore, il ne s’agit-là que d’embryons par rapport à d’autres conventions en cours ou à venir. Sonatrach, la plus belle image de l’Algérie, dispose de quoi nous prémunir de nos appréhensions. Mais jusqu’à quand ?

Par Fayçal Haffaf

Ouest tribune, 20 nov2019

Tags : Algérie, Sonatrach, économie, pétrole, privatisation,

Leave A Reply

Your email address will not be published.