Gabriel Matzneff, iun prédateur encensé par une sorte de caste parisienne

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L’écrivain Gabriel Matzneff a toujours pu exprimer son attirance pour les mineurs des deux sexes. En 1990, il était interrogé à ce propos sur le plateau de l’émission «Apostrophes» par le journaliste et animateur «Bernard Pivot».

Lorsque Bernard Pivot le qualifie de «collectionneur de minettes», Matzneff esquisse un large sourire. Ce qui n’est pas le cas de l’écrivaine canadienne Denise Bombardier, également présente sur le plateau :

Je crois que je vis sur une autre planète, monsieur Matzneff me semble pitoyable. Ce qu’on ne sait pas, c’est comment ces petites filles de 14 ou 15 ans, qui ont été non seulement séduites, mais qui ont subi – dans ce qu’on appelle dans les rapports entre les adultes et les jeunes – un abus de pouvoir, comment s’en sortent-elles après coup ? Moi, je crois que ces petites filles sont flétries, et la plupart d’entre elles peut-être pour le restant de leurs jours. avait-elle asséné.

«Il y a des relations d’amour, de situation réciproque. Je suis le contraire d’un macho, d’un type qui force qui que ce soit à faire quoi que ce soit» avait répliqué Matzneff, visiblement agacé.

Nous sommes en 1990, et peu d’intellectuels ou journalistes français soutiennent Denise Bombardier. Pire, c’est elle qui est accusée de démolir un monument de la littérature. Le Paris littéraire de l’époque adulait Matzneff.

Matzneff n’a jamais fait mystère de son goût pour les très jeunes adolescents. Son oeuvre littéraire est constituée en grande partie de son journal intime – 12 tomes sur une cinquantaine d’années – En 1975, il publie un essai, Les Moins de seize ans, dans lequel il raconte son goût pour les «jeunes personnes», soit les mineurs des deux sexes. En 1975, sur Antenne 2, il déclare aussi, comme le rappelle le journal «Le Monde» (article en accès abonnés) :

Je pense que les adolescents, les jeunes enfants, disons entre 10 et 16 ans, sont peut-être à l’âge où les pulsions d’affectivités, les pulsions sexuelles également, sont les plus fortes parce que les plus neuves. Et je crois que rien ne peut arriver de plus beau et de plus fécond à un adolescent ou une adolescente que de vivre un amour. Soit avec quelqu’un de son âge (…), mais aussi peut-être avec un adulte qui l’aide à se découvrir soi-même, à découvrir la beauté du monde crée, la beauté des choses.

QUELLE EST L’ORIGINE DE CETTE AFFAIRE ?

Tout a débuté avec l’annonce de la parution, le 2 janvier prochain, du livre «Le Consentement». L’auteure, Vanessa Springora, y raconte l’emprise et la séduction qu’a exercée un certain «G» ou «G.M» lorsqu’elle avait 14 ans, au milieu des années 80. Elle raconte notamment avoir été «Happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze». «A 14 ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de 50 ans à la sortie de son collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit».

Si l’ouvrage est présenté comme un «roman», le monde de la littérature a aussitôt reconnu l’écrivain Gabriel Matzneff derrière les initiales de «G» ou de «G.M».

Vendredi 27 décembre, alors que la polémique enfle et que les commentaires se succèdent avant la parution du Consentement le 2 janvier, c’est au tour de Bernard Pivot de réagir sur les réseaux sociaux :

La littérature passait avant la morale, dans les années 1970 et 1980, alors que la morale passe avant la littérature aujourd’hui. Moralement c’est un progrès. Nous sommes plus ou moins les produits intellectuels et moraux d’un pays et, surtout d’une époque.

Une inspectrice à L’ASE depuis 1987 lui répond : Il ne s’agit pas de morale Monsieur Pivot mais de crime interdit dans toutes les cultures sous toutes les latitudes, le viol d’enfants. Vous avez été d’une complaisance coupable cette soirée là !

Claude Weill, journaliste, écrit : Dans la polémique salutaire déclenchée par le livre de Vanessa Spingora, les défenseurs de Matzneff dévissent complètement. Ce ne sont pas ses écrits qui sont en cause, ce sont ses actes. Ce n’est pas de morale qu’il s’agit, c’est de criminalité.

Gabriel Matzneff, 83 ans, toujours chroniqueur «au Point» sur la spiritualité et les religions, n’a jamais été condamné par la justice, rappelle le journal «Le Monde».

Aujourd’hui, on attend les réactions à la lecture du Consentement de Vanessa Springora. Après le témoignage de l’actrice Adèle Haenel qui a ébranlé le monde du cinéma, il est certain que ce récit pose question, comme l’écrit son auteure : «Tout autre individu qui publierait la description de ses ébats avec un adolescent philippin ou se vanterait de sa collection de maîtresses de quatorze ans serait immédiatement considéré comme un criminel. La littérature excuse-t-elle tout ?» Cette interrogation sera celle de la rentrée littéraire de janvier 2020 et le monde de l’édition devra bien y répondre.

Le Consentement de Vanessa Spingora (aux éditions Grasset, en librairie le 2 janvier).

Le sociologue Pierre Verdrager, qui a publié un essai sur le sujet, l’Enfant Interdit, dit qu’il a fallu du temps, en France, pour que les victimes soient reconnues comme telles.

En effet, dans cet ouvrage fouillé et s’appuyant sur des archives, l’auteur montre comment la pédophilie fut considérée comme une cause défendable jusque dans les années 1990.

«Dans la foulée de la libération sexuelle, explique Pierre Verdrager, certains ont pensé que son interdiction était un réflexe bourgeois, familialiste, et qu’il fallait en finir». Comme le montrent ces archives, des intellectuels, des journalistes et des militants politiques ont pris la plume pour exiger l’abaissement de l’âge de la majorité sexuelle, voire sa suppression, dans les grands médias de l’époque. «C’était considéré comme un point d’étape vers la banalisation des relations sexuelles entre adultes et enfants», poursuit le sociologue. Des psychologues et psychanalystes soutiennent même que ces derniers pourraient être consentants dès 6 ans. Le vrai problème, concluent-ils, serait celui du viol et non la question de l’âge.

Ce mouvement n’était pas marginal, poursuit Pierre Verdrager. «Des journaux comme Libération ont publié des textes faisant l’apologie de la pédophilie, des témoignages ou encore des pétitions». Serge July, directeur du quotidien à l’époque, reconnaîtra d’ailleurs, avec le recul, que son journal a pu «légitimer des pratiques parfois criminelles».

Des écrivains aussi réputés que Gabriel Matzneff ou Tony Duvert ont publié des textes enflammés dans Le Monde ou aux éditions de Minuit. Des philosophes aussi éminents que Michel Foucault ou François Châtelet déclaraient que les enfants étaient à même de consentir au sexe : «On peut faire confiance à l’enfant pour dire si oui ou non il a subi une violence», tranchait Foucault. C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’a éclaté l’affaire Polanski.

Même la pédiatre Françoise Dolto, «qui rejetait sans ambages la pédophilie», remarque le sociologue, a signé une pétition pour la dépénalisation des rapports sexuels entre les mineurs de moins de 15 ans «consentants» et les adultes. «Tous étaient emportés dans un débat qu’on du mal à comprendre aujourd’hui, parce que le résultat a été la condamnation radicale de la pédophilie». Pierre Verdrager se défend cependant, avec vigueur, de relativiser cet interdit. «Je n’ai aucune arrière-pensée déconstructionniste, insiste-t-il. En tant que sociologue, j’essaye de comprendre les controverses de l’époque et aussi pourquoi les pédophiles ont perdu la bataille».

De fait, à partir des années 1980 et surtout 1990, ce mouvement «pro-pédophile» s’est étiolé. Entre autres causes, «on a laissé parler les victimes», observe Pierre Verdrager. La multiplication de témoignages accablants a conduit la société française à confirmer que de tels rapports ne pouvaient qu’être nocifs : non, les plus jeunes ne devaient pas être considérés comme des adultes. La législation s’est durcie pour protéger cette période de la vie, tandis que les associations de protection de l’enfance se sont multipliées. Aujourd’hui, la pédophilie est considérée comme un tel crime que ce passé semble en grande partie occulté. «Pour les acteurs de l’époque, ça n’est pas un héritage facile à assumer» remarque le sociologue. Le procès de L’École en bateau confirme d’ailleurs qu’un certain déni peut perdurer.

Gabriel Matzneff un prédateur encensé par une sorte de caste parisienne !
La France est passée de «Les enfants ont aussi droit à la sexualité» à la condamnation de «l’apologie de la pédophilie». Le retour de bâton ira jusqu’à frapper l’Église catholique, pour s’être comportée, derrière les hauts murs de pensionnats ou parfois la simple cloison des confessionnaux, en abattoir de l’innocence.

Le retournement de situation apparaît vertigineux. Pourtant, les plus de 55 ans regrettent que Gabriel Matzneff peine désormais à publier son journal non expurgé, tant veillent les avocats des éditeurs. Mais à maintes reprises, ces mêmes quinquagénaires – et plus si affinité – volent au secours du cinéaste Roman Polanski, poursuivi par les sorcières Yankees.

Les émancipateurs de jadis, passent dorénavant, pour des chevaux dépravés, de retour.

Source : Destins de stars, 27 DÉCEMBRE 2019

Tags : France, pédophilie, littérature, culture, romans,

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