Maroc : Analyse du vote du Parlement européen et attribution des responsabilités : Lecture de la prise de position d’Houssine Majdoubi

L’adoption par le Parlement européen, le jeudi 17 septembre 2026, d’une résolution qualifiant l’incursion collective à Ceuta de « guerre hybride » et affirmant la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla marque un tournant diplomatique majeur. Ce vote s’accompagne d’un avertissement adressé au Maroc concernant une possible suspension de l’accord d’association Maroc-UE.Dans ce contexte, le journaliste et analyste Houssine Majdoubi livre une critique sans concession de l’attitude des institutions marocaines, examinant les failles stratégiques et attribuant les responsabilités de ce qu’il qualifie de « revers historique ».1. Contexte et recul historique * Droit historique et silence institutionnel : Majdoubi soutient que la résolution européenne bafoue les droits historiques du Maroc sur les deux enclaves. Selon lui, le silence ou la passivité des autorités ne peuvent être justifiés par la priorité accordée au dossier du Sahara occidental. * Mise en perspective avec le règne de Hassan II : L’auteur rappelle qu’en dépit du dossier du Sahara, la diplomatie sous Hassan II maintenait une dissuasion ferme (refus des visites de ministres espagnols dans les enclaves) et poussait à la création de cadres de réflexion (comme le comité Ibn Rochd). Il oppose cette fermeté passée au mutisme actuel face aux exigences espagnoles. * Parallèles internationaux : Alors que d’autres nations maintiennent une pression constante sur leurs revendications territoriales (l’Espagne avec Gibraltar ou l’Argentine avec les Malouines), Majdoubi dénonce le discours défaitiste au Maroc qui tente de minimiser la portée juridique — pourtant politiquement lourde — de cette résolution non contrayante.2. Ventilation des responsabilités institutionnellesL’analyse cible quatre acteurs majeurs de la scène politique et sécuritaire marocaine : * Le gouvernement marocain : * Échec dans le développement économique et social des zones frontalières contiguës à Ceuta et Melilla, maintenant une dépendance vulnérable. L’auteur fait porter la responsabilité principale de ce bilan au chef du gouvernement, Aziz Akhannouch. * Le ministère des Affaires étrangères : * Incapacité à promouvoir le récit historique et politique du Maroc auprès des partenaires européens au cours des deux dernières décennies. * Absence de réseaux de lobbying pérennes et efficaces au sein des institutions européennes, ce qui a permis au discours espagnol de s’imposer durablement. * Les partis politiques : * Carence de la diplomatie partisane auprès de leurs homologues européens. * Perte d’ancrage et de présence historique dans les deux villes (pourtant maintenus autrefois par des formations comme l’Istiqlal ou l’USFP) et silence radio sur cette question en période électorale. * Les services de renseignement et de sécurité : * Renseignement extérieur (DGED) : Échec à maintenir des leviers d’influence au Parlement européen et recours à des relais médiatiques jugés inefficaces, plus préoccupés par la communication d’image que par la défense stratégique des intérêts nationaux. * Renseignement intérieur (DGST) et forces de l’ordre : Rupture des liens historiques avec la population d’origine marocaine résidant à Ceuta et Melilla. L’auteur pointe également un défaut d’anticipation sécuritaire lors des mouvements de foule transfrontaliers (notamment la vague du 30 juillet), argument aujourd’hui exploité par les enquêteurs espagnols pour étayer la thèse de la « guerre hybride ». * Coopération institutionnelle : Une relation asymétrique avec les services espagnols qui, malgré les visites officielles et les décorations, n’a pas empêché la publication de rapports incriminants ni les poursuites judiciaires ciblant des responsables marocains.3. La dérive des campagnes de diffamationEn conclusion de sa réflexion, Houssine Majdoubi met en garde contre l’utilisation de « réseaux de diffamation » (mouchahirine) et de querelles secondaires à des fins personnelles. Il estime que ces méthodes de communication toxiques sont incapables de produire une pensée stratégique ou une défense argumentée des causes nationales (qu’il s’agisse de Ceuta, de Melilla, du Sahara ou de la lutte contre la corruption) et affaiblissent la posture du pays en temps de crise.

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