Depuis l’arrestation de Nasser Zefzafi à son domicile et l’incarcération de ses compagnons du Mouvement du Hirak du Rif, jugés à Casablanca pour des accusations de conspiration et de séparatisme — après avoir subi des exactions —, les appels à une grâce royale n’ont cessé de se multiplier.Invoquées tantôt au nom de la religion à l’adresse de l’Amir Al-Mouminin (le Commandeur des croyants), tantôt sous le prisme d’une volonté de désamorcer la crise politique ou d’ouvrir une nouvelle page dans les relations entre l’État et le peuple, ces démarches sont restées sans effet.L’impasse de la grâce : La primauté de l’innocenceCet échec s’explique d’abord par le refus catégorique des condamnés eux-mêmes de solliciter la grâce. Estimant qu’une telle démarche est illogique puisqu’ils se considèrent innocents des charges retenues contre eux et n’avoir commis aucun acte criminel, ces détenus — qui se voient comme les victimes d’une injustice — refusent d’adresser une requête au Souverain. Pour eux, une telle demande comporterait un double risque : essuyer un refus tout en restant sous la coupe de leurs geôliers, et altérer leur intégrité morale par ce qui s’apparenterait à un aveu implicite de culpabilité.Au fil du temps, cette posture s’est étendue à d’autres figures arrêtées ultérieurement, à l’image de l’avocat Mohammed Ziane, de la blogueuse Saïda El Alami, d’Adil Labdahi, ainsi que de plusieurs militants des droits humains et journalistes.Les observateurs rappellent à cet égard que la libération par grâce royale de trois journalistes de renom l’année dernière s’est inscrite dans un contexte particulier : celui de pressions politiques et de défenseurs des droits humains à l’échelle européenne, sur fond du scandale « Marocgate » impliquant des responsables européens. Une dynamique qui illustre, selon une lecture critique, la sensibilité des autorités face aux projecteurs de grands médias internationaux tels que Le Monde ou Libération.Une question marginalisée dans le débat électoralSur le plan politique interne, la situation des prisonniers d’opinion peine à s’imposer dans l’agenda électoral. Hormis une prise de position récente de la gauche incarnée par Omar Balafrej, la plupart des formations politiques — de droite comme de gauche — restent focalisées sur leurs calculs électoraux et leurs discours de campagne, reléguant la question des libertés et de la détention politique à la marge.Cette réserve interpelle à l’approche des échéances électorales et dans le sillage de la campagne de boycott promue par les mouvements républicains sous le mot d’ordre « Laisse l’urne vide ». La question se pose désormais de savoir si la pression de l’abstention incitera le Pouvoir à prendre l’initiative d’une grâce générale ou partielle.Au-delà de la grâce : L’exigence de la justice et du droitSi une grâce royale venait à être accordée, elle constituerait pour beaucoup la reconnaissance tardive du fait que le dossier des détenus politiques ne peut demeurer ouvert indéfiniment. Toutefois, elle ne saurait restituer aux concernés leurs années de jeunesse, de santé, d’études, de travail ou de vie familiale perdues derrière les barreaux.C’est pourquoi le sujet dépasse la simple mesure d’élargissement. La grâce demeure une décision d’autorité, tandis que la justice exige que le citoyen soit protégé par la loi plutôt que d’attendre la clémence du pouvoir. Dans une société démocratique, la liberté n’est pas un privilège accordé au gré des circonstances, mais un droit fondamental préservé par une justice indépendante et des garanties judiciaires réelles.La question des prisonniers d’opinion restera donc au cœur du débat public : leur libération ne saurait être une fin en soi, mais le point de départ d’une réflexion profonde sur l’État de droit, les limites du pouvoir et le respect des libertés fondamentales.
Affaire des détenus d’opinion au Maroc : Pourquoi ils refusent de demander la grâce royale
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