Maroc : le choix du dialogue face aux tensions, selon une tribune du360

Rabat — Alors que le Maroc fait face à plusieurs dossiers diplomatiques sensibles, une tribune publiée par Le360 met en avant une stratégie fondée sur le dialogue plutôt que sur la confrontation systématique. Dans son texte intitulé «Ne pas répondre coup pour coup: la puissance tranquille du Maroc», Aziz Daouda analyse cette approche comme un choix diplomatique de long terme.

L’auteur estime que le Royaume est confronté à une accumulation de tensions, notamment avec l’Algérie, autour de Ceuta et Melilla avec certains responsables politiques espagnols, ainsi que sur le terrain migratoire. Selon Le360, cette conjoncture aurait pu pousser Rabat à adopter une logique de riposte, mais la tribune décrit au contraire une volonté de privilégier le dialogue.

La crise de Ceuta comme révélateur

La crise migratoire de juillet 2026 occupe une place importante dans cette analyse. La tribune rappelle que les événements autour de Ceuta ont rapidement dépassé le cadre strictement migratoire pour devenir un sujet de débat politique en Espagne et au niveau européen.

Aziz Daouda relève notamment que le Parlement européen a adopté, le 17 septembre, une résolution condamnant les traversées massives vers Ceuta et appelant au renforcement des frontières extérieures de l’Union européenne, tout en demandant parallèlement à l’Espagne de maintenir la coopération avec le Maroc. Le vote mentionné par Le360 s’est soldé par 339 voix pour, 225 contre et 16 abstentions.

La tribune y voit un paradoxe : malgré les tensions, Rabat reste considéré comme un partenaire avec lequel les Européens doivent maintenir un dialogue sur les questions migratoires, sécuritaires et économiques.

Refuser l’engrenage de la confrontation

Pour l’auteur, la réponse systématique à une attaque par une contre-attaque peut enfermer un État dans l’agenda de ses adversaires. Il présente donc le choix du dialogue comme un moyen de préserver une marge de manœuvre diplomatique.

Cette lecture concerne notamment le dialogue interreligieux, auquel Aziz Daouda attribue une dimension dépassant le simple cadre symbolique. Selon lui, cette politique peut servir de contre-discours face aux tensions identitaires et aux tentatives de présenter les différences religieuses et culturelles comme des sources inévitables de conflit.

Le360 rapporte ainsi l’idée centrale de la tribune : le dialogue serait utilisé non seulement comme instrument de rapprochement, mais également comme élément d’une stratégie diplomatique plus large.

Une politique présentée comme inscrite dans la durée

La tribune rappelle que cette approche ne serait pas apparue avec les crises récentes. Elle s’appuie notamment sur les institutions marocaines consacrées à la formation religieuse et au dialogue interreligieux.

L’Institut Mohammed VI de formation des imams, des prédicateurs et des prédicatrices, inauguré en 2015, est présenté comme l’un des instruments de cette politique. L’institution accueille également des participants originaires de plusieurs pays africains, dans le cadre de programmes de formation religieuse.

L’auteur met cette politique en relation avec les initiatives marocaines de coopération africaine et avec la Fondation Mohammed VI des Oulémas africains.

Le dialogue interreligieux comme outil diplomatique

La tribune revient également sur plusieurs épisodes considérés comme symboliques de cette politique, notamment les visites du pape Jean-Paul II au Maroc en 1985 et du pape François en 2019.

Elle évoque également l’appel commun lancé en 2019 autour d’Al-Qods, présenté comme un espace de coexistence entre les trois religions monothéistes.

Dans cette perspective, la politique religieuse marocaine est présentée par Aziz Daouda comme un prolongement de la diplomatie du Royaume. L’objectif ne serait pas uniquement de défendre une image internationale, mais de faire du dialogue un instrument de prévention des tensions.

L’Afrique au centre de cette stratégie

La dimension africaine occupe une place particulière dans la tribune. L’auteur estime que les échanges entre responsables religieux peuvent contribuer à la stabilité dans des pays confrontés à des tensions sociales, politiques ou communautaires.

La formation des imams et les échanges entre oulémas sont ainsi présentés comme des instruments susceptibles de contribuer à la prévention de la radicalisation et au développement d’un discours religieux favorable à la coexistence.

Cette approche rejoint, dans le récit présenté par Le360, une conception plus large de la diplomatie marocaine, qui associe coopération économique, investissements, infrastructures et initiatives dans le domaine religieux.

Sahara, Algérie et relations avec l’Espagne

Aziz Daouda inscrit également cette stratégie dans le contexte des tensions régionales. Il cite le différend maroco-algérien sur le Sahara occidental ainsi que les désaccords persistants avec l’Espagne concernant Ceuta et Melilla.

La tribune souligne cependant que le rapprochement engagé entre Madrid et Rabat au cours des dernières années n’a pas fait disparaître les questions territoriales historiques.

La crise migratoire de juillet aurait ainsi montré, selon l’auteur, à quelle vitesse un problème frontalier pouvait devenir une question politique européenne plus large.

La bataille du récit

Au-delà de la diplomatie classique, la tribune insiste sur le rôle croissant de l’information et des opinions publiques. Les crises contemporaines se jouent également dans les médias, les réseaux sociaux et les parlements, où différentes interprétations des mêmes événements peuvent s’affronter.

Dans ce contexte, Aziz Daouda considère que le Maroc doit non seulement répondre aux accusations qu’il juge infondées, mais également développer son propre récit international.

Le dialogue interreligieux constitue, dans cette lecture, l’un des éléments permettant de mettre en avant une autre image du Royaume : celle d’un pays cherchant à concilier affirmation identitaire et ouverture au dialogue.

Une stratégie qui reste à éprouver

L’analyse publiée par Le360 présente donc le dialogue comme un instrument de puissance diplomatique plutôt que comme une simple posture protocolaire. Cette interprétation appartient toutefois à l’auteur de la tribune et ne constitue pas une évaluation indépendante de l’efficacité de cette politique.

La question centrale demeure celle de la capacité de cette stratégie à produire des résultats concrets dans des dossiers où les intérêts des différents acteurs restent profondément divergents.

Pour Aziz Daouda, le choix de ne pas répondre systématiquement «coup pour coup» permettrait au Maroc d’éviter l’engrenage des confrontations successives et de préserver une politique extérieure fondée sur le dialogue.

Dans un environnement international marqué par les tensions migratoires, les rivalités régionales et la montée des discours identitaires, cette approche constitue, selon la tribune publiée par Le360, une tentative de transformer le dialogue en instrument durable de diplomatie et de rayonnement international.

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