Le retour des échanges entre l’Algérie et l’Espagne se traduit concrètement par une hausse du trafic portuaire. À Castellón, une deuxième liaison maritime régulière vers l’Algérie vient d’être lancée, alors que les entreprises céramiques espagnoles cherchent à reconquérir ce marché stratégique.
Trois ans après le gel d’une grande partie des échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Espagne, les relations économiques entre les deux pays montrent de nouveaux signes de reprise. À Castellón, important centre de l’industrie céramique espagnole, cette évolution se traduit notamment par le renforcement des liaisons maritimes avec l’Algérie.
Selon Twala, le port de Castellón dispose depuis septembre d’une deuxième connexion maritime régulière avec l’Algérie. La compagnie italienne Messina Line a lancé au début du mois sa West Med Line, avec un premier départ prévu le 6 septembre à bord du Libertas H, puis un second le 17 septembre avec le Pacific Dalian.
La nouvelle ligne relie Castellón à plusieurs ports méditerranéens, notamment Barcelone, Fos-sur-Mer, Gênes, Misrata, Tripoli et Alger. Les départs depuis l’Espagne sont prévus environ tous les dix jours. Cette liaison vient compléter celle déjà assurée par la compagnie Akkon entre Castellón et l’Algérie, souligne Twala.
Un spectaculaire rebond du trafic
Les données de l’Autorité portuaire de Castellón témoignent de l’ampleur du redémarrage. Le trafic de marchandises entre Castellón et l’Algérie est passé de 70 800 tonnes à plus de 303 000 tonnes en 2025, soit une progression de 329 %.
Le trafic conteneurisé a également progressé, passant d’environ 3 800 à plus de 6 100 EVP, soit une hausse de 63 %, selon les chiffres rapportés par Twala.
Cette progression ne signifie toutefois pas uniquement un retour des produits finis espagnols sur le marché algérien. Le modèle commercial semble évoluer avec la transformation de l’industrie céramique algérienne.
Castellón veut vendre aux industriels algériens
L’Algérie développe progressivement ses propres capacités de production dans le secteur de la céramique. Cette évolution réduit mécaniquement certains besoins d’importation de produits finis, mais ouvre parallèlement de nouvelles possibilités aux fournisseurs espagnols.
D’après Twala, les entreprises de Castellón cherchent ainsi davantage à exporter vers l’Algérie des matières premières, frittes, émaux, équipements et machines industrielles destinés aux fabricants algériens.
Cette stratégie permet aux industriels espagnols de se positionner en amont de la chaîne de production plutôt que de dépendre uniquement de l’exportation de carreaux et autres produits finis.
Le principal atout de Castellón demeure sa concentration industrielle. Le cluster céramique se trouve à proximité immédiate du port, ce qui permet aux entreprises de réduire les délais et les coûts logistiques. Le port souligne également la proximité géographique avec l’Afrique du Nord.
Une reprise encore fragile
Malgré le rebond spectaculaire enregistré en 2025, la reprise n’est pas totalement linéaire. Twala relève qu’après la forte progression observée à la fin de 2024 et durant 2025, les exportations de Castellón vers l’Algérie ont commencé à reculer au début de 2026.
Les industriels espagnols comptent notamment sur la poursuite des investissements algériens dans le secteur de la construction pour soutenir la demande en équipements, frittes et émaux.
La nouvelle liaison maritime constitue donc aussi un pari sur la durée. Pour assurer la rentabilité d’une rotation tous les dix jours, les navires doivent disposer d’un volume suffisant de marchandises dans les deux directions.
Le commerce après la crise diplomatique
Cette évolution intervient dans le contexte du réchauffement progressif des relations entre Alger et Madrid après la grave crise diplomatique déclenchée en 2022.
Les relations bilatérales s’étaient fortement détériorées après le changement de position du gouvernement espagnol sur le Sahara Occidental, lorsque Madrid avait apporté son soutien au plan d’autonomie proposé par le Maroc.
Cette décision avait entraîné une crise avec Alger et un gel d’une partie importante des échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Espagne.
Depuis, la reprise progressive des relations permet aux entreprises espagnoles de revenir sur le marché algérien. À Castellón, cette normalisation diplomatique se traduit désormais par des infrastructures commerciales très concrètes : davantage de navires, davantage de conteneurs et de nouvelles perspectives pour les industriels.
Comme le souligne Twala, l’enjeu pour le port de Castellón est désormais de déterminer si les 303 000 tonnes enregistrées en 2025 représentent le début d’un nouveau corridor industriel durable entre l’Espagne et l’Algérie, ou simplement le rattrapage d’une partie des échanges interrompus pendant trois années.
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