Malgré la montée en puissance de la production locale, une large partie des équipements nécessaires aux centrales photovoltaïques algériennes reste importée. Selon le Green Energy Cluster Algeria (GECA), 61 % du coût d’une centrale solaire est encore payé en devises, principalement en dollars.
Le développement du solaire en Algérie reste confronté à un enjeu majeur : réduire la dépendance aux équipements importés. Lors d’une rencontre d’affaires algéro-allemande organisée le 21 septembre à Alger par la Chambre algéro-allemande de commerce et d’industrie, le directeur général du Green Energy Cluster Algeria (GECA), Boukhalfa Yaïci, a présenté plusieurs données sur les projets photovoltaïques lancés par Sonelgaz.
Selon les chiffres présentés et rapportés par Maghreb Émergent, les appels d’offres solaires concernés représentent au total 3 200 MWc. Or, malgré les exigences de contenu local, une part importante de la valeur des centrales continue d’être réglée en monnaies étrangères.
Les équipements concentrent l’essentiel des dépenses
D’après le GECA, les équipements représentent environ les trois quarts du coût d’une centrale photovoltaïque. Les panneaux, leurs structures de support et le système de collecte représentent à eux seuls 74 %, tandis que l’électronique de puissance pèse environ 9 % et les câbles 4 %.
La ventilation financière fait apparaître une situation particulièrement révélatrice : 51 % du coût total est payé en devises transférables, 10 % en devises non transférables et seulement 39 % en dinars. Au total, la facture en devises atteint ainsi 61 %, principalement en dollars, selon les données présentées par le GECA et reprises par Maghreb Émergent.
Les principaux équipements encore importés sont les panneaux photovoltaïques, les onduleurs ainsi que les transformateurs haute tension.
Cette dépendance contraste toutefois avec l’émergence progressive d’un tissu industriel algérien capable de prendre en charge une partie croissante des travaux. Les structures, les câbles, certains équipements électriques, les services et le génie civil sont désormais largement réalisés par des entreprises locales, souligne Maghreb Émergent.
Un contenu local fixé à 35 %
Le programme solaire de Sonelgaz repose notamment sur un modèle EPC — ingénierie, approvisionnement et construction — assorti d’une exigence de contenu local d’au moins 35 %.
L’appel d’offres national et international n° 01/CEEG/2023 concernait à lui seul 2 000 MWc, répartis sur quinze centrales et quinze lots, avec leur raccordement au réseau de transport. Selon le GECA, le financement local atteint environ 1,89 milliard de dollars pour 1 920 MWc, soit un investissement moyen de 0,984 million de dollars par MWc.
Les entreprises membres du cluster participent déjà de manière significative au programme. Quatre entreprises EPC affiliées au GECA ont réalisé environ 1 490 MWc, tandis que dix autres membres fournissent notamment des câbles, des structures et des équipements électriques, indique Maghreb Émergent.
La fabrication locale au cœur de la prochaine étape
Pour le GECA, le principal potentiel de développement industriel se situe désormais dans la fabrication locale des équipements encore importés. L’électronique de puissance constitue notamment une priorité, tandis que la production ou l’assemblage de panneaux photovoltaïques pourrait également être développé.
Le cluster encourage ainsi les fabricants étrangers de modules ou d’onduleurs à nouer des partenariats avec des industriels algériens. Selon Maghreb Émergent, l’assemblage ou l’intégration des produits en Algérie pourrait permettre à ces équipements d’entrer dans le calcul du contenu local.
La création de coentreprises avec des entreprises EPC algériennes constitue une autre piste avancée par le GECA. Elle permettrait aux partenaires étrangers de participer aux appels d’offres tout en répondant plus facilement aux exigences de contenu local.
Réduire la consommation de gaz
Au-delà de la question industrielle, le développement du solaire répond à un enjeu énergétique stratégique pour l’Algérie. Selon les données citées par Maghreb Émergent, environ 99 % de l’électricité produite dans le pays provient encore du gaz naturel, tandis que la demande intérieure augmente d’environ 5 % par an. Les hydrocarbures représentent par ailleurs près de 90 % des recettes d’exportation.
Pour le GECA, chaque progression de la production solaire permet donc de libérer davantage de gaz naturel pour l’exportation ou pour les besoins industriels.
Cette orientation s’inscrit dans les objectifs affichés par Alger en matière d’énergies renouvelables. La contribution déterminée au niveau national déposée auprès de l’ONU prévoit notamment 15 000 MW de capacités renouvelables à l’horizon 2035.
Le défi pour l’Algérie ne consiste donc plus seulement à installer davantage de centrales solaires. Il s’agit également de transformer cette croissance en filière industrielle locale, afin de réduire progressivement les sorties de devises et de capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire.
À ce stade, le constat du GECA demeure clair : malgré l’augmentation du contenu local, 61 % de la facture d’une centrale solaire reste encore réglée en devises, ce qui fait de la fabrication locale des panneaux, onduleurs, transformateurs et autres composants un enjeu central de la prochaine phase du développement photovoltaïque algérien.
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