Après plusieurs mois de fortes tensions, Paris et Alger ont engagé en 2026 une reprise progressive du dialogue. Retour de l’ambassadeur français, multiplication des contacts ministériels et recherche d’une coopération sur les dossiers sécuritaires et migratoires : France Culture s’est interrogée sur les raisons de ce rapprochement et sur sa fragilité.
Après une période de crise particulièrement tendue, les relations entre la France et l’Algérie connaissent depuis le début de 2026 des signes de décrispation. Dans son émission Les Enjeux internationaux, diffusée le 11 mai, France Culture s’est penchée sur les ressorts de cette reprise du dialogue avec Adlene Mohammedi, chercheur en géographie politique et spécialiste des relations franco-algériennes.
L’un des principaux symboles de cette évolution est le retour à Alger de l’ambassadeur français Stéphane Romatet, absent depuis environ un an. Sa présence en Algérie, le 8 mai, aux côtés de la ministre déléguée aux Armées et aux Anciens Combattants Alice Rufo, a constitué l’un des signes les plus visibles de la reprise des contacts diplomatiques.
Une crise diplomatique profonde
Cette reprise intervient après une séquence de tensions qui avait fortement dégradé les relations bilatérales.
Selon le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, la décision de Paris, à l’été 2024, d’évoluer sur sa position concernant le Sahara Occidental avait provoqué une réaction très vive des autorités algériennes. Alger avait rappelé son ambassadeur à Paris et réduit plusieurs formes de coopération bilatérale.
La crise avait ensuite été alimentée par plusieurs dossiers, notamment les questions migratoires, les expulsions réciproques de diplomates et les affaires judiciaires impliquant des ressortissants ou personnalités françaises et algériennes.
Le cas de l’écrivain Boualem Sansal, détenu en Algérie à partir de novembre 2024 avant d’être gracié en novembre 2025, ainsi que celui du journaliste sportif français Christophe Gleizes, condamné en Algérie en 2025, ont également pesé sur le climat politique entre les deux pays.
Pourquoi reprendre le dialogue ?
Pour France Culture, l’enjeu dépasse largement la seule dimension symbolique de la réconciliation historique. La relation franco-algérienne repose sur des intérêts humains, économiques, sécuritaires et géopolitiques particulièrement importants.
Les deux pays entretiennent des liens humains considérables, tandis que les échanges commerciaux demeurent significatifs. Selon les données du Quai d’Orsay, le commerce bilatéral a atteint 9,4 milliards d’euros en 2025, malgré une baisse de 14,8 % par rapport à 2024.
Les questions migratoires constituent également un dossier central. Après une période de blocage, Paris et Alger ont progressivement rétabli certains mécanismes de coopération. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot indiquait fin avril que la coopération migratoire et sécuritaire avait repris après une période de blocage, tout en soulignant que des progrès restaient nécessaires.
Une succession de rencontres au plus haut niveau
La reprise ne s’est pas limitée au retour de l’ambassadeur.
Le ministère français des Affaires étrangères recense plusieurs contacts de haut niveau depuis le début de l’année. Le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez s’est rendu à Alger le 17 février. La ministre déléguée aux Armées Alice Rufo a effectué une visite à Sétif et Alger le 8 mai. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin s’est ensuite rendu à Alger le 17 mai, tandis que le ministre algérien de l’Intérieur Saïd Sayoud a été reçu à Paris les 1er et 2 juin.
Cette succession de déplacements montre que la reprise du dialogue concerne plusieurs secteurs à la fois : diplomatie, sécurité, justice, migration et coopération économique.
La mémoire coloniale reste au cœur de la relation
L’histoire constitue toutefois une dimension incontournable de la relation franco-algérienne.
Dans l’émission de France Culture, Adlene Mohammedi revient notamment sur les questions mémorielles et sur les événements de Sétif, Guelma et Kherrata, ainsi que sur les débats entourant la colonisation française de l’Algérie.
Les deux pays avaient déjà tenté de faire progresser ce dossier à travers la création d’une commission mixte d’historiens. La France a également reconnu, en novembre 2024, la responsabilité de militaires français dans l’assassinat du dirigeant du FLN Larbi Ben M’Hidi.
Mais la mémoire demeure un sujet politiquement sensible et peut rapidement réactiver les tensions lorsque les relations bilatérales se dégradent.
Un rapprochement qui demeure fragile
La question centrale posée par France Culture est donc celle de la nature de cette reprise : s’agit-il d’un véritable dégel durable ou d’une nouvelle phase de dialogue susceptible d’être interrompue par une prochaine crise ?
L’émission souligne que les relations entre Paris et Alger ont historiquement alterné entre périodes de rapprochement et épisodes de confrontation. Les intérêts communs peuvent favoriser la reprise du dialogue, mais les dossiers mémoriels, migratoires, judiciaires et géopolitiques restent susceptibles de provoquer de nouvelles tensions.
Cette prudence est également perceptible dans la position officielle française. Le Quai d’Orsay décrit une volonté de renouer avec une relation bilatérale active, tout en recensant les nombreux contentieux accumulés depuis 2024.
Paris et Alger cherchent désormais à stabiliser la relation
Le nouveau climat ne signifie donc pas que les différends ont disparu. Il traduit plutôt une volonté des deux capitales de rétablir des canaux de communication et de traiter séparément les dossiers sur lesquels une coopération reste possible.
Pour France Culture, cette séquence constitue un moment important de la relation franco-algérienne : les deux pays doivent composer simultanément avec leur histoire commune, leurs intérêts économiques, les enjeux migratoires et sécuritaires et les évolutions géopolitiques régionales.
Le retour des représentants diplomatiques et la multiplication des rencontres constituent des signes tangibles de reprise. La question de fond reste toutefois celle de la capacité de Paris et Alger à inscrire ce dialogue dans la durée malgré les sujets de désaccord qui continuent de structurer leur relation.
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