Un rapport de l’Institut espagnol d’études stratégiques, cité par Le Monde, appelle Madrid à renforcer le dispositif de défense de Ceuta et Melilla. Le document estime que la pression militaire marocaine au sud du détroit de Gibraltar constitue désormais une réalité stratégique et recommande un plan de défense spécifique pour les deux enclaves espagnoles.
La question de Ceuta et Melilla revient au premier plan des préoccupations sécuritaires espagnoles.
Dans un article publié le 18 mai 2026, Le Monde rapporte les conclusions d’un document de l’Institut espagnol d’études stratégiques (IEEE), centre de réflexion rattaché au ministère espagnol de la Défense. Le rapport, publié en mars, analyse l’évolution de l’environnement stratégique autour des deux enclaves espagnoles situées sur la côte nord-africaine.
Selon Le Monde, l’étude considère que la pression militaire marocaine au sud du détroit de Gibraltar constitue désormais une réalité à laquelle l’Espagne doit adapter sa politique de défense.
Deux territoires considérés comme stratégiques
Ceuta et Melilla occupent une position géographique singulière.
Situées sur la façade méditerranéenne de l’Afrique du Nord et directement limitrophes du Maroc, elles constituent les deux seules frontières terrestres de l’Union européenne avec l’Afrique.
Le rapport cité par Le Monde les considère comme des « nœuds vitaux pour la sécurité » des intérêts espagnols.
Cette appréciation conduit l’Institut espagnol d’études stratégiques à recommander l’élaboration d’un « plan de défense spécifique » pour les deux villes.
L’approche proposée ne se limite pas à la présence de forces terrestres. Elle doit, selon le rapport, intégrer les différentes composantes des forces armées : terrestre, aérienne, maritime, spatiale et cybernétique.
La montée en puissance militaire du Maroc observée à Madrid
L’un des éléments centraux de l’analyse espagnole concerne l’évolution des capacités militaires marocaines.
Depuis plusieurs années, le Maroc augmente ses dépenses militaires et diversifie ses équipements, notamment auprès des États-Unis et d’autres fournisseurs internationaux.
Cette modernisation concerne notamment l’aviation, les drones, les systèmes de défense aérienne, les capacités navales et les moyens de surveillance.
Pour les stratèges espagnols, cette évolution modifie progressivement l’équilibre militaire régional.
Le rapport cité par Le Monde s’intéresse donc moins à une menace immédiate qu’à la transformation de l’environnement stratégique dans lequel se trouvent Ceuta et Melilla.
Une géographie qui complique la défense
La situation géographique des deux villes constitue un facteur déterminant.
Ceuta se trouve à proximité immédiate du territoire marocain, à l’entrée du détroit de Gibraltar. Melilla est également entourée par le Maroc sur son périmètre terrestre.
Cette configuration rend les deux enclaves particulièrement sensibles à toute évolution des relations entre Madrid et Rabat.
La défense de ces territoires ne peut donc être pensée indépendamment de leur environnement régional, notamment du détroit de Gibraltar, de la Méditerranée occidentale et de la façade atlantique nord-africaine.
L’IEEE préconise précisément une approche globale intégrant les nouvelles dimensions de la guerre contemporaine.
Du militaire au cyberespace
L’une des particularités du rapport est l’importance accordée à des domaines qui dépassent la défense conventionnelle.
La dimension cybernétique, notamment, fait désormais partie intégrante de la réflexion stratégique espagnole.
Les infrastructures critiques, les réseaux de communication, les systèmes énergétiques et les installations portuaires peuvent être exposés à des formes de pression qui ne prennent pas nécessairement la forme d’une confrontation militaire directe.
La surveillance maritime et aérienne occupe également une place croissante dans la sécurité des deux enclaves.
Cette évolution traduit une conception élargie de la défense, dans laquelle la protection d’un territoire repose autant sur les capacités technologiques et le renseignement que sur les forces déployées au sol.
Une relation maroco-espagnole paradoxale
L’alerte rapportée par Le Monde intervient alors que les relations entre Madrid et Rabat connaissent parallèlement une coopération étroite dans plusieurs domaines.
L’Espagne et le Maroc collaborent notamment sur les questions migratoires, sécuritaires et économiques.
Cette coopération n’efface toutefois pas les divergences liées au statut de Ceuta et Melilla. Rabat considère les deux villes comme des territoires marocains, tandis que Madrid affirme leur appartenance à l’Espagne.
La question constitue donc une ligne de tension structurelle entre les deux pays.
Les épisodes de forte pression migratoire ont régulièrement rappelé la vulnérabilité particulière de ces frontières.
L’expérience historique reste présente
L’article du Monde rappelle également l’histoire militaire particulière de Ceuta.
La ville conserve notamment la mémoire de la guerre d’indépendance espagnole et de la guerre du Rif, qui opposa les forces espagnoles aux combattants rifains dirigés par Abdelkrim El-Khattabi dans les années 1920.
L’unité des regulares, composée historiquement de troupes marocaines recrutées sous administration espagnole, demeure associée à cette histoire militaire.
Cette mémoire historique donne une dimension particulière aux réflexions actuelles de l’armée espagnole, même si le contexte stratégique contemporain est profondément différent.
Le détroit de Gibraltar, espace stratégique
Au-delà de Ceuta et Melilla, c’est également le contrôle et la sécurisation du détroit de Gibraltar qui sont en jeu.
Cette voie maritime constitue l’un des principaux passages entre l’océan Atlantique et la Méditerranée. Elle revêt donc une importance considérable pour les échanges commerciaux, les mouvements navals et la sécurité européenne.
La proximité du Maroc et de l’Espagne fait de cette zone un espace où se croisent plusieurs intérêts stratégiques.
Le renforcement des capacités militaires marocaines est ainsi observé non seulement à Madrid, mais dans l’ensemble du dispositif de sécurité de la Méditerranée occidentale.
Une nouvelle étape dans la perception espagnole
Le rapport de l’IEEE, tel que présenté par Le Monde, ne signifie pas qu’un conflit entre l’Espagne et le Maroc soit annoncé.
Il témoigne plutôt d’une évolution de la perception stratégique espagnole : les autorités militaires veulent prendre en compte la montée en puissance des capacités marocaines et les conséquences potentielles de cette évolution pour les deux enclaves.
La recommandation d’un plan de défense spécifique traduit cette volonté d’anticipation.
Pour Madrid, l’enjeu consiste désormais à adapter la défense de Ceuta et Melilla à un environnement où les dimensions terrestre, maritime, aérienne, spatiale et cybernétique sont de plus en plus imbriquées.
Ceuta et Melilla au cœur d’un équilibre fragile
L’évolution de la situation autour de Ceuta et Melilla illustre finalement le caractère particulier de la relation entre l’Espagne et le Maroc.
Les deux pays sont partenaires sur plusieurs dossiers majeurs, mais leurs intérêts divergent sur le statut des deux enclaves.
À cela s’ajoute la modernisation rapide des forces armées marocaines, qui conduit les stratèges espagnols à réexaminer leurs dispositifs de défense.
Le rapport de l’Institut espagnol d’études stratégiques marque ainsi une étape importante dans ce débat : Madrid entend désormais traiter la sécurité de Ceuta et Melilla comme une question stratégique spécifique, intégrée à une réflexion plus large sur l’évolution militaire du Maroc et la sécurité du détroit de Gibraltar.
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