Maroc–Melilla : des migrants mauritaniens racontent leur arrestation et leur refoulement

Fin avril 2026, sept ressortissants mauritaniens ont tenté de franchir la frontière séparant le Maroc de l’enclave espagnole de Melilla. Arrêtés avant d’atteindre leur objectif, ils affirment avoir été frappés, privés de nourriture et de leurs effets personnels, avant d’être conduits vers une zone désertique à la frontière algérienne. InfoMigrants et RFI ont recueilli leurs témoignages.

Le parcours migratoire vers les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla continue de donner lieu à des récits de violences et de refoulements. Dans un reportage publié en mai 2026, InfoMigrants rapporte les témoignages de plusieurs ressortissants mauritaniens arrêtés au Maroc alors qu’ils tentaient de rejoindre Melilla.

Selon le média spécialisé dans les migrations, sept Mauritaniens avaient tenté, à la fin du mois d’avril, de franchir la clôture séparant le territoire marocain de l’enclave espagnole. Leur projet a été interrompu par les forces de sécurité marocaines.

Un trajet commencé à Agadir

D’après le récit recueilli par RFI Afrique, le groupe avait quitté Agadir le 25 avril pour remonter vers le nord du Maroc. Les migrants auraient utilisé des taxis clandestins afin de se rapprocher de Melilla, où ils espéraient trouver une possibilité de franchissement.

Ousmane Mangane, cité par RFI, raconte que le groupe a finalement été intercepté avant d’atteindre la frontière. Selon son témoignage, plusieurs migrants auraient alors été enfermés dans des conteneurs où se trouvaient également des ressortissants soudanais.

Les récits publiés par RFI et repris par plusieurs médias décrivent des conditions de détention difficiles, avec notamment le froid et un accès limité à la nourriture et à l’eau.

Des accusations de violences

Amadou Mangane, l’un des migrants interrogés, affirme avoir subi des violences pendant sa détention.

Il raconte également que les personnes arrêtées auraient été déplacées d’un lieu de détention à un autre, donnant à certains l’impression qu’une libération était imminente alors qu’il s’agissait, selon son récit, de nouveaux transferts.

Ces accusations reposent sur les témoignages des personnes interrogées par InfoMigrants et RFI. Les autorités marocaines ne sont pas citées dans les sources consultées comme ayant apporté une réponse détaillée à ces accusations particulières.

Huit jours de détention

Selon les témoignages rapportés, les migrants seraient restés détenus pendant environ huit jours.

La situation aurait ensuite pris une nouvelle tournure lorsque les autorités auraient décidé leur éloignement. Mais, selon les migrants cités par RFI, ils n’auraient pas été renvoyés directement vers la Mauritanie.

Ils affirment avoir été conduits vers une zone située entre le Maroc et l’Algérie, dans un environnement désertique et éloigné des principaux centres urbains.

Cette procédure alléguée soulève une question particulière : celle du sort réservé aux migrants subsahariens arrêtés alors qu’ils tentent de rejoindre les enclaves espagnoles.

La frontière de Melilla, un point de passage fortement surveillé

Melilla constitue l’une des principales frontières terrestres entre l’Union européenne et l’Afrique.

La frontière est équipée de clôtures et d’importants dispositifs de surveillance destinés à empêcher les franchissements irréguliers. Pour les migrants qui cherchent à atteindre l’enclave, les tentatives de passage peuvent ainsi conduire à des arrestations et à des opérations de déplacement vers d’autres régions du Maroc.

Migreurop, dans une revue de presse consacrée aux migrations publiée en juillet 2026, a repris l’article d’InfoMigrants et décrit la frontière de Ceuta et Melilla comme fortement militarisée, avec des dispositifs de surveillance importants. L’organisation évoque également des accusations récurrentes de violences lors des opérations de refoulement.

Une route migratoire particulièrement dangereuse

Le cas des sept Mauritaniens s’inscrit dans un contexte plus large de durcissement des routes migratoires terrestres au Maroc.

Lorsque l’accès à Melilla devient plus difficile, certains migrants empruntent des itinéraires plus longs et plus isolés. La frontière maroco-algérienne constitue notamment une zone particulièrement dangereuse.

En mai 2026, plusieurs médias ont rapporté, en citant l’Association marocaine des droits humains, la découverte de nombreux corps de migrants dans la région frontalière. Les causes précises des décès n’étaient toutefois pas toujours établies officiellement.

Les associations évoquent notamment les conditions climatiques, l’isolement, la militarisation de la frontière et les risques liés aux déplacements clandestins.

Le coût humain de l’externalisation migratoire

L’affaire relance également le débat sur la coopération migratoire entre le Maroc, l’Espagne et l’Union européenne.

Depuis plusieurs années, le Maroc joue un rôle important dans le contrôle des départs vers les territoires espagnols. Cette coopération vise notamment à limiter les arrivées irrégulières et les franchissements des frontières de Ceuta et Melilla.

Pour les organisations de défense des migrants, cette politique de contrôle externalisé pose toutefois la question des garanties accordées aux personnes interceptées et refoulées.

Le cas rapporté par InfoMigrants illustre ainsi la tension entre les impératifs de contrôle des frontières et la protection des droits fondamentaux des personnes migrantes.

Des témoignages qui soulèvent des interrogations

Les récits d’Ousmane et d’Amadou Mangane constituent avant tout des témoignages individuels. Ils ne permettent pas, à eux seuls, d’établir la réalité de chaque accusation ni d’attribuer systématiquement les faits à l’ensemble des forces chargées du contrôle frontalier.

Ils documentent néanmoins les conditions dans lesquelles certains migrants affirment avoir vécu leur arrestation et leur éloignement.

Le reportage d’InfoMigrants, également relayé par RFI Afrique, met ainsi en lumière une autre dimension de la frontière de Melilla : derrière les clôtures, les dispositifs de surveillance et les politiques de contrôle migratoire se trouvent des personnes dont les parcours peuvent se terminer par la détention, le déplacement forcé ou l’abandon dans des régions particulièrement difficiles d’accès.

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