Maroc, Algérie et monarchies du Golfe : les nouveaux équilibres qui redessinent le Maghreb

Les relations entre le Maroc, l’Algérie et les monarchies du Golfe connaissent de nouvelles inflexions. Dans une analyse publiée par L’Éco austral, l’historien Bernard Lugan décrit un rééquilibrage régional où les rivalités entre Riyad, Abou Dhabi et Doha se combinent avec la compétition maghrébine entre Rabat et Alger.

La géopolitique du Maghreb ne se joue plus uniquement entre les deux principales puissances d’Afrique du Nord. Elle est également influencée par les stratégies des monarchies du Golfe, dont les investissements, les alliances politiques et les positions diplomatiques pèsent de plus en plus sur les équilibres régionaux.

Voir l’article↗

Dans une analyse publiée le 9 mai 2026, L’Éco austral estime que les relations entre l’Algérie, le Maroc et les pays arabes connaissent actuellement un « rééquilibrage stratégique ». L’article, signé par Bernard Lugan, place notamment cette évolution dans le contexte des rivalités entre le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Le Maroc et ses partenaires du Golfe

Selon l’analyse de L’Éco austral, le Maroc conserve des relations particulièrement étroites avec les monarchies du Golfe.

Les Émirats arabes unis occupent une place importante dans cette architecture. Les deux pays entretiennent depuis plusieurs années un partenariat stratégique qui couvre notamment l’immobilier, les infrastructures, la finance et les énergies renouvelables. L’Éco austral souligne également une convergence entre Rabat et Abou Dhabi sur plusieurs dossiers régionaux.

Cette relation dépasse donc le cadre strictement économique. Les investissements émiratis constituent un élément important de la présence du Golfe dans l’économie marocaine, tandis que les relations politiques permettent aux deux pays de coordonner certaines de leurs positions sur les questions régionales.

Riyad, un partenaire traditionnel mais des relations en évolution

L’Arabie saoudite constitue un autre partenaire historique du Maroc.

L’Éco austral rappelle que Riyad soutient la position marocaine sur le dossier du Sahara Occidental. Le soutien des monarchies du Golfe à l’initiative marocaine d’autonomie est présenté comme l’un des éléments de leur proximité avec Rabat.

Mais l’article relève parallèlement des signes de distanciation dans les relations maroco-saoudiennes. Cette évolution est replacée dans un contexte régional où Riyad et Abou Dhabi ne poursuivent pas systématiquement les mêmes priorités, malgré leur proximité historique.

Cette nuance est importante : le partenariat entre le Maroc et les monarchies du Golfe demeure significatif, mais les intérêts des différents États du Golfe ne sont pas nécessairement identiques.

Doha conserve une position distincte

Le Qatar occupe une position différente.

D’après L’Éco austral, Doha n’a jamais reconnu la République arabe sahraouie démocratique (RASD), mais sa position sur le dossier sahraoui est décrite comme moins directement alignée sur celle du Maroc que celle de l’Arabie saoudite ou des Émirats arabes unis.

Cette différence n’a cependant pas empêché le développement des relations entre Rabat et Doha.

Lors de la crise du Golfe de 2017, le Maroc avait adopté une position présentée comme équilibrée entre le Qatar et le groupe constitué autour de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Selon l’analyse publiée par L’Éco austral, cette attitude a contribué à préserver les relations politiques et économiques maroco-qataries.

L’Algérie cherche à tirer parti des nouvelles lignes de fracture

Face à ces évolutions, l’Algérie apparaît comme un autre acteur de cette recomposition.

L’Éco austral présente Alger comme cherchant à profiter des changements dans les relations entre les pays du Golfe afin de réduire son isolement diplomatique et de diversifier ses partenariats.

Cette stratégie s’inscrit dans une rivalité persistante avec le Maroc, dont l’un des principaux points de désaccord demeure le dossier du Sahara Occidental.

Depuis la rupture des relations diplomatiques en août 2021, Alger et Rabat développent leurs propres réseaux de partenariats et cherchent chacun à consolider leurs positions en Afrique et dans le monde arabe.

Le poids croissant des investissements du Golfe

L’un des aspects importants de cette nouvelle géopolitique est économique.

Les monarchies du Golfe disposent de capacités financières considérables qui leur permettent d’investir dans des secteurs stratégiques au Maghreb. Infrastructures, énergie, immobilier, finance et logistique constituent autant de domaines où leurs intérêts peuvent se croiser avec ceux du Maroc ou de l’Algérie.

Dans le cas marocain, la présence émiratie est particulièrement visible. Selon L’Éco austral, les investissements des Émirats couvrent notamment l’immobilier, les infrastructures, la finance et les énergies renouvelables.

Cette dimension économique donne aux relations diplomatiques une profondeur supplémentaire : les alliances politiques peuvent être accompagnées par des engagements financiers de long terme.

Une rivalité maghrébine désormais connectée au Golfe

La principale évolution décrite par l’analyse est donc l’imbrication croissante de deux espaces géopolitiques.

D’un côté, le Maghreb reste marqué par la compétition entre l’Algérie et le Maroc. De l’autre, le Golfe est traversé par les stratégies distinctes de Riyad, Abou Dhabi et Doha.

Les deux dynamiques se rencontrent désormais sur plusieurs dossiers : Sahara Occidental, sécurité régionale, investissements, accès aux marchés africains et influence diplomatique.

Pour Rabat, conserver des relations étroites avec les différentes monarchies du Golfe permet de diversifier ses soutiens et ses sources d’investissement. Pour Alger, le rapprochement avec certains acteurs arabes peut contribuer à élargir son réseau diplomatique.

Vers un nouvel équilibre régional ?

L’analyse de Bernard Lugan dans L’Éco austral décrit ainsi une région où les anciennes alliances ne disparaissent pas, mais deviennent plus complexes.

Le Maroc demeure un partenaire important des monarchies du Golfe, tandis que l’Algérie cherche à renforcer ses propres relations avec les États arabes. Dans le même temps, les divergences entre Riyad, Abou Dhabi et Doha empêchent de considérer « le Golfe » comme un bloc parfaitement homogène.

Cette recomposition pourrait avoir des conséquences sur les équilibres du Maghreb, notamment parce que les rivalités politiques sont désormais accompagnées d’une compétition pour les investissements, les infrastructures, les partenariats énergétiques et l’influence en Afrique.

La nouvelle géopolitique régionale apparaît donc moins comme une simple opposition entre Rabat et Alger que comme un jeu d’alliances multiples, dans lequel les puissances du Golfe jouent un rôle de plus en plus visible.

#Maroc #Algérie #monarchies_Golfe #Maghreb

Visited 4 times, 1 visit(s) today

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*