En visite à Alger le 18 mai, le ministre français de la Justice Gérald Darmanin a été reçu pendant près de deux heures et demie par le président Abdelmadjid Tebboune. Au cœur des échanges : la volonté de rétablir la confiance entre les deux pays, mais aussi la relance de la coopération judiciaire et sécuritaire après près de deux années de fortes tensions.
La relation entre la France et l’Algérie semble entrer dans une nouvelle phase. Après plusieurs mois marqués par une crise diplomatique profonde, Paris et Alger multiplient désormais les signaux de rapprochement. Dernier épisode en date : la visite de Gérald Darmanin à Alger, où le garde des Sceaux a rencontré son homologue algérien Lotfi Boudjemaa avant d’être reçu par le président Abdelmadjid Tebboune.
Selon Le Monde, l’entretien avec le chef de l’État algérien a duré environ deux heures et demie. À l’issue de cette rencontre, Gérald Darmanin a évoqué « le travail que nous devons continuer à faire pour renouer la confiance » entre les deux pays.
Un dialogue politique progressivement rétabli
Cette visite s’inscrit dans une série de déplacements de responsables français à Alger. Gérald Darmanin est ainsi devenu, selon Le Monde, le troisième membre du gouvernement français à se rendre en Algérie en l’espace de quelques mois.
Avant lui, le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez avait effectué une visite à Alger en février afin de travailler à la reprise de la coopération sécuritaire. Le 8 mai, Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, avait également représenté Emmanuel Macron lors des commémorations des événements du 8 mai 1945 à Sétif.
Ces déplacements interviennent après une période de crise qui avait considérablement réduit les échanges entre Paris et Alger.
La dégradation des relations avait notamment été accélérée par la décision française de juillet 2024 de reconnaître la « marocanité » du Sahara Occidental, une position qui avait provoqué une réaction particulièrement vive des autorités algériennes.
La justice comme terrain de rapprochement
Le déplacement de Gérald Darmanin avait d’abord une dimension judiciaire. Paris et Alger cherchent à remettre en marche une coopération qui avait été fortement ralentie pendant la crise diplomatique.
La lutte contre la criminalité organisée transnationale figure parmi les priorités. Les autorités françaises souhaitent notamment améliorer les échanges d’informations concernant des réseaux de trafic de stupéfiants et des organisations criminelles opérant entre les deux rives de la Méditerranée.
Le dossier des « biens mal acquis » constitue également un volet important des discussions. Le Monde rapporte que les autorités algériennes ont transmis à la France de nombreuses demandes concernant des procédures de saisies et de confiscations visant notamment des avoirs liés à d’anciens responsables algériens poursuivis pour corruption.
Les deux parties ont convenu de poursuivre ces échanges. Des responsables judiciaires algériens doivent notamment se rendre à Paris au début du mois de juin afin d’approfondir les discussions et d’accélérer certains dossiers.
Le dossier Christophe Gleizes
La question des ressortissants français détenus en Algérie a également été abordée.
Gérald Darmanin a notamment évoqué le cas du journaliste Christophe Gleizes, condamné en Algérie et détenu depuis 2025. Le journaliste avait été poursuivi notamment pour « apologie du terrorisme » après avoir réalisé des entretiens avec des personnalités proches du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, organisation classée terroriste par les autorités algériennes depuis 2021. Sa condamnation avait été confirmée en appel en décembre 2025.
Le ministre français a indiqué que le président Tebboune était sensible à la demande française concernant une éventuelle grâce présidentielle.
Ce dossier demeure néanmoins particulièrement délicat dans le contexte des relations bilatérales.
Alger demande également davantage de coopération
Le rapprochement engagé ne se limite pas aux demandes françaises.
Les autorités algériennes souhaitent également obtenir une coopération accrue de la France sur plusieurs procédures judiciaires. Parmi les sujets évoqués figurent les dossiers de biens et d’avoirs susceptibles d’avoir été transférés en France.
Le Monde souligne qu’Alger réclame depuis plusieurs années une coopération plus importante de la part des autorités françaises dans ce domaine. La question de l’ancien ministre algérien de l’Industrie Abdeslam Bouchouareb, dont l’extradition a été refusée à plusieurs reprises par la justice française, fait notamment partie des dossiers sensibles.
La reprise de la coopération judiciaire apparaît ainsi comme un processus à double sens : Paris cherche à obtenir davantage de coopération sur la criminalité organisée, tandis qu’Alger demande des avancées sur les procédures liées aux avoirs et aux biens.
Vers une normalisation prudente
Au-delà des dossiers techniques, la rencontre entre Gérald Darmanin et Abdelmadjid Tebboune revêt une dimension politique.
Le chef de l’État algérien n’avait plus eu d’échange téléphonique avec Emmanuel Macron depuis mars 2025, selon Le Monde. Dans ce contexte, l’audience accordée au ministre français de la Justice constitue un signal supplémentaire de la reprise du dialogue institutionnel.
De son côté, Emmanuel Macron a lui-même déclaré le 12 mai que les relations franco-algériennes connaissaient une nouvelle dynamique, après plusieurs épisodes de tension et des décisions difficiles prises de part et d’autre.
La prochaine étape pourrait être la venue en France du ministre algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud, annoncée par Laurent Nuñez. Le ministre algérien de la Justice pourrait également se rendre à Paris à l’invitation de son homologue français.
Une détente encore fragile
Le rapprochement entre Paris et Alger ne signifie toutefois pas que les différends qui ont empoisonné la relation bilatérale depuis 2024 ont disparu.
Les questions migratoires, judiciaires, mémorielles et diplomatiques demeurent sensibles. Le dossier du Sahara Occidental continue également de peser sur la relation entre les deux capitales.
Mais la multiplication des contacts ministériels et la relance annoncée des mécanismes de coopération montrent que les deux gouvernements cherchent désormais à rétablir des canaux de dialogue réguliers.
La rencontre entre Gérald Darmanin et Abdelmadjid Tebboune illustre ainsi cette nouvelle séquence : après près de deux années de crise, Paris et Alger tentent de reconstruire progressivement une relation fondée sur des coopérations concrètes, sans que les différends politiques de fond soient pour autant définitivement réglés.
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