Réunis à Brazzaville à l’occasion des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement, les responsables de l’institution mettent en avant le rôle que l’Algérie pourrait jouer dans l’intégration économique du continent. Sa position géographique, ses infrastructures, ses ressources énergétiques et plusieurs grands projets transsahariens sont présentés comme des atouts pour renforcer les échanges entre l’Afrique du Nord, le Sahel et l’Afrique subsaharienne.
L’Algérie pourrait occuper une place centrale dans la dynamique d’intégration économique africaine. C’est l’analyse avancée par un responsable de la Banque africaine de développement (BAD) dans un entretien accordé à l’Algérie Presse Service (APS), en marge des Assemblées annuelles de la BAD organisées à Brazzaville du 25 au 29 mai 2026.
Selon Abdoulkader Dileita, responsable du bureau pays du Groupe de la BAD pour l’Algérie, plusieurs facteurs convergent pour faire du pays un point de connexion important à l’échelle continentale. Il cite notamment sa situation géographique, son poids économique, ses ressources énergétiques ainsi que son engagement dans différents projets d’infrastructures régionales.
Des infrastructures au cœur de l’intégration
Parmi les projets mis en avant figure le gazoduc transsaharien (TSGP), destiné à renforcer les connexions énergétiques entre l’Afrique subsaharienne, l’Afrique du Nord et, à terme, les marchés européens.
Le responsable de la BAD cite également la Route de l’Unité africaine et la dorsale transsaharienne à fibre optique. Ces infrastructures sont présentées comme des instruments susceptibles de favoriser à la fois la circulation des marchandises, l’interconnexion numérique et les échanges économiques entre plusieurs régions du continent.
Cette approche rejoint la stratégie plus large de développement des corridors africains, dans laquelle les infrastructures routières, ferroviaires, énergétiques et numériques occupent une place déterminante.
La Route transsaharienne constitue notamment l’un des projets structurants associés à cette logique d’interconnexion. Les autorités algériennes ont depuis longtemps défendu son développement comme un moyen de faciliter les échanges commerciaux entre les pays concernés.
Un poids important au sein de la BAD
L’Algérie dispose également d’un poids institutionnel au sein de la Banque africaine de développement.
Abdoulkader Dileita rappelle qu’elle est le troisième actionnaire africain de la BAD. Il souligne également l’importance de la coopération financière entre l’institution et les pays africains, la BAD ayant mobilisé plus de 26 milliards de dollars dans le cadre de ses partenariats avec le continent, selon les données citées dans l’entretien.
L’Algérie a par ailleurs participé aux mécanismes de financement du développement africain. Sa contribution de 15 millions de dollars au Fonds africain de développement (FAD) a notamment été saluée par le président du Groupe de la BAD, Sidi Ould Tah.
Pour le responsable de la BAD, ces engagements témoignent d’une relation qui dépasse le simple cadre financier et repose également sur une coopération institutionnelle développée dans la durée.
Énergie et sécurité alimentaire
Le rôle potentiel de l’Algérie ne se limite pas aux infrastructures.
Ses ressources en gaz naturel lui confèrent également une place particulière dans les discussions sur la sécurité énergétique régionale. Le pays dispose d’importantes infrastructures d’exportation et développe plusieurs projets d’interconnexion énergétique avec ses voisins africains.
La question de la sécurité alimentaire constitue un autre domaine identifié par le responsable de la BAD.
L’Algérie dispose notamment d’une expérience dans la mise en valeur agricole des régions sahariennes. Selon M. Dileita, cette expérience pourrait présenter un intérêt pour d’autres pays africains confrontés aux contraintes climatiques et à la nécessité d’accroître leurs capacités agricoles.
Les capacités algériennes dans la production d’engrais phosphatés et azotés sont également citées comme un élément susceptible de contribuer à la sécurité alimentaire africaine, en diversifiant les sources d’approvisionnement du continent.
Une approche fondée sur la coopération Sud-Sud
Le responsable de la BAD met par ailleurs en avant la coopération Sud-Sud et la coopération triangulaire défendues par Alger.
Cette approche repose, selon lui, sur une logique privilégiant les priorités définies par les États africains, les projets structurants et le renforcement des capacités nationales.
L’Algérie entend ainsi renforcer ses relations économiques avec les pays africains à travers différents instruments, notamment l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement.
Cette politique s’inscrit dans une stratégie plus large de présence africaine qui combine diplomatie, coopération économique, infrastructures et énergie.
Le défi de la concrétisation
Si les infrastructures constituent un levier majeur d’intégration, leur efficacité dépend toutefois de leur réalisation effective, de leur interconnexion et de leur capacité à générer des flux commerciaux réguliers.
Le développement de corridors transsahariens suppose notamment des investissements importants, une coordination entre plusieurs États et la mise en place de conditions favorables au commerce régional.
La BAD considère néanmoins que la position géographique de l’Algérie peut lui permettre de jouer un rôle de liaison entre plusieurs espaces économiques : la Méditerranée, le Maghreb, le Sahel et l’Afrique subsaharienne.
Cette dimension géographique est renforcée par le développement progressif de grands projets routiers, ferroviaires, énergétiques et numériques.
Une position appelée à prendre de l’importance
L’analyse présentée par la BAD intervient alors que l’intégration économique africaine demeure confrontée à plusieurs défis : insuffisance des infrastructures, faiblesse des échanges intra-africains, dépendance à l’égard des marchés extérieurs et difficultés de financement des grands projets.
Dans ce contexte, les pays disposant d’importantes capacités énergétiques, financières et logistiques peuvent jouer un rôle dans la construction de corridors régionaux.
Pour Abdoulkader Dileita, les caractéristiques de l’Algérie lui donnent précisément cette possibilité. Il estime que le pays constitue un « pont naturel » entre différentes régions du continent et l’Europe.
L’enjeu sera désormais de transformer ces atouts géographiques et économiques en infrastructures pleinement opérationnelles et en échanges commerciaux durables.
À travers le TSGP, la Route transsaharienne, les réseaux numériques, les projets ferroviaires et la coopération énergétique, l’Algérie cherche ainsi à renforcer son insertion économique dans son environnement africain. Une dynamique que la BAD considère comme susceptible de contribuer plus largement aux objectifs d’intégration et de développement du continent.
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