Dans un entretien accordé au Nouvel Obs à l’occasion de la publication de son livre « Maroc – Fin de règne », le journaliste et universitaire Omar Brouksy analyse les transformations qu’il dit observer au sein du pouvoir marocain. Il évoque une atmosphère de transition autour du palais, tout en estimant que l’essentiel du pouvoir demeure concentré entre les mains du monarque.
Une atmosphère particulière entourerait aujourd’hui le sommet de l’État marocain. C’est en tout cas l’analyse développée par Omar Brouksy, journaliste et universitaire marocain, dans son nouvel ouvrage Maroc – Fin de règne, publié aux éditions Nouveau Monde.
Dans un entretien publié par Le Nouvel Obs le 16 mai 2026, Brouksy affirme observer, à travers certains mouvements au sein du makhzen, les signes d’une préparation à une nouvelle phase politique. Il prend toutefois soin de distinguer cette atmosphère d’une succession imminente : selon lui, son livre ne prétend pas annoncer une date de passation du pouvoir.
Une « ambiance de fin de règne »
Le titre du livre pourrait laisser penser que l’auteur anticipe une succession prochaine de Mohammed VI. Mais son propos, tel qu’il est présenté dans Le Nouvel Obs, est plus nuancé.
Interrogé sur le fait que le roi n’a que 62 ans, Omar Brouksy répond qu’il décrit avant tout une « ambiance » et une « atmosphère » susceptibles de faire penser à la fin d’un cycle politique.
Son analyse repose notamment sur l’observation des mouvements qui affectent les différents rouages du pouvoir marocain. Le journaliste estime que certaines évolutions au sein du makhzen peuvent être interprétées comme les signes d’une préparation à une nouvelle étape.
Cette lecture relève cependant de son analyse personnelle et ne constitue pas l’annonce officielle d’une succession.
Un pouvoir toujours concentré autour du monarque
L’un des principaux arguments développés par Brouksy est que l’éventualité d’une transition ne signifie pas, selon lui, une transformation fondamentale du système politique marocain.
Dans l’entretien accordé au Nouvel Obs, il insiste au contraire sur la concentration du pouvoir autour du souverain. Il décrit le système marocain comme un pouvoir fortement centralisé, dans lequel le monarque conserve la position déterminante.
Cette distinction est au cœur de son ouvrage : derrière les changements de personnes, les réorganisations et les rivalités internes, les structures fondamentales du pouvoir resteraient, selon lui, largement inchangées.
Les rouages du « makhzen » sous observation
Omar Brouksy consacre une partie de son livre aux mécanismes du makhzen, terme couramment utilisé pour désigner l’appareil de pouvoir gravitant autour de la monarchie marocaine.
Son enquête s’intéresse notamment aux relations entre les différents cercles qui entourent le palais, aux responsables sécuritaires et aux personnalités disposant d’une influence auprès du souverain.
Selon la présentation du livre reprise par Le Nouvel Obs, Brouksy revient également sur les relations personnelles du roi et sur certaines rivalités au sein de son entourage.
L’auteur entend ainsi décrypter le fonctionnement du pouvoir à travers les personnes qui l’exercent ou l’influencent, plutôt qu’à travers les seules institutions officielles.
Mohammed VI et la question de la succession
La succession constitue naturellement l’un des thèmes centraux de l’entretien.
Mohammed VI règne depuis 1999 et son fils, le prince héritier Moulay El Hassan, est appelé à lui succéder conformément à l’ordre dynastique.
Brouksy s’intéresse notamment à la personnalité du futur souverain et aux conditions dans lesquelles une éventuelle transition pourrait s’effectuer.
Il ne présente cependant pas la succession comme un événement nécessairement immédiat. Son propos porte davantage sur les signaux qu’il estime percevoir dans l’organisation actuelle du pouvoir.
Cette nuance est importante : l’expression « fin de règne » utilisée dans le titre de son ouvrage constitue avant tout une grille de lecture politique proposée par l’auteur, et non une confirmation institutionnelle d’une succession prochaine.
La santé du roi au cœur des interrogations
Le livre aborde également la santé de Mohammed VI, sujet régulièrement commenté dans la presse et sur les réseaux sociaux.
Dans son entretien avec Le Nouvel Obs, Brouksy rattache cette question à sa réflexion plus générale sur l’évolution du pouvoir marocain.
Il convient toutefois de distinguer les informations médicales officiellement communiquées des interprétations ou hypothèses développées dans les commentaires politiques. L’état de santé d’un chef d’État ne permet pas, à lui seul, de déterminer le calendrier ou les modalités d’une éventuelle succession.
Le journaliste préfère ainsi parler de climat politique et de préparation des structures du pouvoir plutôt que d’annoncer une échéance précise.
Le rôle de l’appareil sécuritaire
Autre élément important de l’analyse : le poids de l’appareil sécuritaire.
Brouksy présente celui-ci comme l’un des piliers du système marocain et s’intéresse à la manière dont il pourrait participer à la stabilité du pouvoir lors d’une éventuelle période de transition.
Cette dimension renvoie à l’importance historique des services de sécurité dans le fonctionnement de l’État marocain.
Pour l’auteur de Fin de règne, la question n’est donc pas uniquement de savoir qui succédera à Mohammed VI, mais également de comprendre comment les différents appareils institutionnels, sécuritaires et économiques accompagneraient cette évolution.
Une monarchie confrontée à une nouvelle génération
L’arrivée progressive du prince héritier dans la vie publique constitue un autre élément de réflexion.
La génération de Moulay El Hassan n’a pas le même parcours historique que celle de son père. Une éventuelle accession au trône se produirait dans un Maroc confronté à des enjeux différents : transformation démographique, chômage des jeunes, pression sur les ressources en eau, mutations économiques et nouvelles attentes sociales.
Brouksy s’interroge donc également sur la personnalité du futur souverain et sur la manière dont il pourrait exercer le pouvoir.
Mais là encore, l’analyse ne permet pas de préjuger de décisions futures. La trajectoire politique d’un éventuel règne dépendrait de circonstances qui ne sont pas encore connues.
Une transition ne signifierait pas nécessairement une rupture
L’un des enseignements majeurs de l’entretien est précisément cette distinction entre transition dynastique et transformation politique.
Même si une nouvelle génération arrivait à la tête de la monarchie, cela ne signifierait pas automatiquement une modification du fonctionnement institutionnel du Royaume.
C’est précisément sur ce point que Brouksy insiste : dans sa lecture du système marocain, la question essentielle demeure celle de la concentration du pouvoir autour de la monarchie.
Ainsi, la préparation éventuelle d’une nouvelle phase ne serait pas nécessairement synonyme de changement de régime ou de redistribution profonde des pouvoirs.
Une analyse qui ouvre le débat sur l’après-Mohammed VI
Avec Maroc – Fin de règne, Omar Brouksy propose donc une lecture centrée sur les coulisses du pouvoir marocain et sur les transformations qu’il estime observer autour du palais.
Son entretien avec Le Nouvel Obs met surtout en évidence une interrogation : comment le système marocain évoluera-t-il lorsque la génération actuelle du pouvoir laissera progressivement place à la suivante ?
La réponse ne peut pas encore être apportée. Aucune échéance officielle de succession n’est annoncée dans les éléments fournis par l’entretien.
Le livre pose néanmoins la question de la préparation du futur pouvoir et du rôle que pourraient jouer les différents cercles de la monarchie dans cette nouvelle phase.
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