Maroc : Abdelmalek Alaoui face au « défi de la puissance »

Dans son nouvel ouvrage, Maroc, le défi de la puissance, l’économiste et essayiste Abdelmalek Alaoui retrace les transformations du Royaume depuis l’indépendance et s’interroge sur sa capacité à convertir ses acquis économiques, diplomatiques et stratégiques en une puissance durable. Pour Revue Conflits, cette trajectoire repose notamment sur la continuité institutionnelle, la souveraineté et une stratégie de projection internationale.

Le Maroc cherche depuis plusieurs décennies à modifier sa place dans les équilibres régionaux et internationaux. Dans son livre Maroc, le défi de la puissance, publié en avril 2026 aux éditions Cherche Midi, Abdelmalek Alaoui propose une lecture de cette transformation à partir de l’histoire politique, du développement économique et de la stratégie internationale du Royaume. L’ouvrage compte 405 pages et entend analyser à la fois les réussites, les vulnérabilités et les contradictions du modèle marocain.

Dans un article publié le 1er mai 2026, Revue Conflits revient sur cette analyse et présente le Maroc comme un pays engagé dans une construction progressive de sa puissance, sans rupture majeure avec les structures historiques de l’État.

La monarchie au centre du système

Pour Abdelmalek Alaoui, la monarchie constitue le principal élément de continuité du système marocain.

Revue Conflits souligne que l’auteur considère la monarchie non seulement comme une institution politique, mais comme un principe d’organisation autour duquel s’articulent les différentes composantes de l’État.

Cette lecture conduit Alaoui à attribuer à la continuité monarchique un rôle important dans la capacité du Maroc à engager des transformations successives tout en maintenant une forte stabilité institutionnelle. Il ne s’agit donc pas, dans son analyse, d’opposer tradition et modernisation, mais d’étudier la manière dont les deux peuvent être combinées.

Tanger Med, symbole d’une stratégie économique

L’un des exemples privilégiés dans cette lecture est celui de Tanger Med.

Le complexe portuaire illustre, selon Revue Conflits, la volonté marocaine de se positionner au croisement des grands flux commerciaux reliant l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique.

Le port s’inscrit dans une stratégie plus large associant infrastructures, zones industrielles et attractivité des investissements.

Pour Alaoui, cette politique traduit une méthode fondée sur des investissements ciblés et sur une progression par étapes. Le Maroc cherche ainsi à transformer sa position géographique en avantage économique.

Une puissance construite progressivement

L’ouvrage ne présente pas le développement marocain comme une trajectoire linéaire.

Selon Revue Conflits, Alaoui insiste plutôt sur une évolution faite d’« inflexions successives ». Cette notion permet de rendre compte d’un modèle dans lequel les réformes et les orientations stratégiques sont progressivement adaptées aux contraintes internes et aux transformations internationales.

Cette approche concerne aussi bien l’économie que les infrastructures, la diplomatie ou les relations avec les partenaires étrangers.

Le livre revient ainsi sur plusieurs décennies d’évolution du Maroc, depuis l’indépendance jusqu’aux transformations accélérées observées sous Mohammed VI. La présentation éditoriale souligne notamment l’industrialisation, l’insertion dans l’économie mondialisée, les tensions sociales et les vulnérabilités du pays.

La souveraineté comme fil conducteur

La souveraineté constitue un autre thème central de l’ouvrage.

Dans la lecture présentée par Revue Conflits, le Maroc cherche à renforcer progressivement son autonomie stratégique tout en multipliant les partenariats internationaux. Cette combinaison permettrait à Rabat de défendre ses intérêts nationaux tout en restant intégré aux réseaux économiques et diplomatiques internationaux.

La stratégie consiste donc moins à rechercher une autonomie complète qu’à accroître la capacité du pays à choisir ses partenaires et à diversifier ses relations.

Cette logique apparaît notamment dans la politique africaine du Maroc, dans ses relations avec l’Europe et dans le développement de nouveaux partenariats économiques.

La relation avec la France évolue

La relation franco-marocaine occupe également une place importante dans cette réflexion.

Selon Revue Conflits, Abdelmalek Alaoui estime que cette relation s’est progressivement transformée, passant d’une logique essentiellement fondée sur les échanges à une approche davantage orientée vers la coproduction de projets.

Cette évolution correspond à la montée en puissance économique du Maroc et à sa volonté de négocier ses partenariats sur une base plus équilibrée.

La France reste un partenaire important, mais Rabat cherche parallèlement à diversifier ses relations avec l’Union européenne, les États-Unis, les pays du Golfe, la Chine et les États africains.

L’Afrique comme espace de projection

La dimension africaine constitue un autre volet de la stratégie décrite dans l’ouvrage.

Depuis son retour au sein de l’Union africaine en 2017, le Maroc a renforcé ses relations politiques et économiques avec plusieurs pays du continent. Les banques, les télécommunications, les assurances, les infrastructures et l’énergie font notamment partie des secteurs concernés.

Dans l’analyse de Revue Conflits, cette politique contribue à faire du Maroc un pays situé à l’intersection de plusieurs espaces : européen, africain, méditerranéen et atlantique.

L’objectif est ainsi de transformer la géographie du pays en instrument d’influence économique et diplomatique.

Maroc et Algérie : deux approches différentes

La comparaison avec l’Algérie apparaît également en arrière-plan de l’analyse.

Revue Conflits présente, à partir de la lecture d’Alaoui, deux approches différentes de la politique régionale : Rabat privilégierait la diversification des partenariats et une construction progressive de son influence, tandis que l’Algérie serait davantage associée dans cette analyse à une logique de confrontation.

Cette comparaison constitue toutefois une lecture analytique et ne doit pas être confondue avec un constat consensuel sur les politiques des deux États.

La rivalité maroco-algérienne demeure néanmoins un élément structurant de la géopolitique du Maghreb, notamment autour du dossier du Sahara Occidental, des questions sécuritaires et de l’influence en Afrique.

Les vulnérabilités derrière les ambitions

L’un des intérêts de Maroc, le défi de la puissance est que l’ouvrage ne présente pas uniquement les réussites du Royaume.

La présentation éditoriale évoque explicitement un pays à la fois puissant et vulnérable, ambitieux mais confronté à des difficultés internes. Elle mentionne notamment les tensions sociales et les « impasses » rencontrées au cours de la trajectoire de développement.

Cette dimension est essentielle dans la réflexion sur la puissance.

La construction d’infrastructures modernes, la croissance industrielle et l’expansion diplomatique ne suffisent pas à garantir à elles seules une puissance durable. Le Maroc doit également répondre à des défis liés à l’emploi, aux inégalités territoriales, à la cohésion sociale et à la capacité de l’État à transformer ses investissements en bénéfices largement partagés.

Le véritable défi : transformer les acquis en puissance durable

L’interrogation centrale du livre est finalement formulée autour d’une question : le Maroc peut-il transformer la trajectoire engagée depuis son indépendance en une puissance durable ?

Cette question dépasse les seuls indicateurs économiques.

Elle renvoie à la capacité du Royaume à maintenir sa stabilité, à poursuivre son industrialisation, à renforcer son influence africaine, à diversifier ses partenariats et à répondre aux attentes d’une population confrontée à de nouveaux enjeux sociaux et économiques.

Pour Abdelmalek Alaoui, la réponse passe par une combinaison entre continuité institutionnelle, projection internationale et adaptation progressive.

Une puissance encore en construction

L’analyse présentée par Revue Conflits décrit donc un Maroc qui cherche à construire sa puissance par étapes plutôt qu’à travers une rupture spectaculaire.

Tanger Med, l’industrialisation, les relations avec la France, la politique africaine et la diversification des partenariats internationaux constituent différents éléments d’une même trajectoire.

Mais l’ouvrage rappelle également que la puissance ne se mesure pas uniquement à l’influence extérieure. Elle dépend aussi de la capacité d’un État à résoudre ses fragilités internes et à maintenir une cohésion sociale suffisante.

Le « défi de la puissance » posé par Abdelmalek Alaoui est ainsi autant économique et diplomatique que politique et social : faire du Maroc un acteur durablement influent tout en consolidant les fondations internes de cette ambition.

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