Face aux enjeux énergétiques et à la nécessité de diversifier ses approvisionnements, l’Union européenne regarde de plus en plus vers le sud de la Méditerranée. Dans sa nouvelle stratégie énergétique régionale, Bruxelles identifie l’Algérie comme l’un des territoires disposant du plus important potentiel pour développer l’électricité renouvelable et les futurs corridors énergétiques vers l’Europe.
L’Union européenne cherche de nouvelles voies pour renforcer sa sécurité énergétique tout en accélérant sa transition vers les énergies renouvelables. Dans cette stratégie, l’Algérie apparaît comme un partenaire particulièrement important.
Dans un article publié le 9 juin 2026, Le Journal du Dimanche (JDD) revient sur la nouvelle stratégie de la Commission européenne pour la Méditerranée et sur l’importance accordée au potentiel énergétique algérien.
Bruxelles entend notamment transformer le sud de la Méditerranée en une vaste zone de production d’électricité renouvelable destinée à répondre à une partie croissante des besoins européens.
Jusqu’à 25 milliards d’euros mobilisés
La stratégie européenne, baptisée T-MED, prévoit de mobiliser jusqu’à 25 milliards d’euros d’investissements d’ici 2035, selon le JDD.
L’objectif est de développer les capacités de production d’énergies renouvelables dans les pays du sud de la Méditerranée, tout en créant les infrastructures nécessaires pour acheminer cette énergie vers les marchés européens.
Cette initiative intervient dans un contexte marqué par la recherche d’une plus grande indépendance énergétique européenne et par la volonté de réduire progressivement la dépendance aux combustibles fossiles.
L’enjeu est donc double : augmenter la production d’énergie renouvelable et construire les connexions permettant de l’intégrer au système énergétique européen.
L’Algérie, un potentiel solaire et éolien considérable
Parmi les pays de la région MENA, l’Algérie dispose d’un potentiel particulièrement important en raison de l’immensité de son territoire et de ses conditions climatiques.
Le JDD cite une estimation régionale dépassant 2 300 GW de capacité technique potentielle en solaire et en éolien pour l’ensemble de la région MENA.
Un haut fonctionnaire européen, cité par Les Échos et repris par le JDD, résume l’ampleur du potentiel algérien par une formule particulièrement frappante : « Avec une portion du seul territoire algérien, vous pouvez couvrir tous les besoins énergétiques de l’Europe. »
Cette déclaration illustre l’importance accordée par certains responsables européens aux capacités de production renouvelable de l’Algérie.
Du gaz aux énergies renouvelables
Le partenariat énergétique entre l’Algérie et l’Europe ne se limite toutefois pas aux hydrocarbures.
L’Algérie est depuis longtemps un fournisseur important de gaz naturel pour plusieurs pays européens. Avec le développement des énergies renouvelables, la relation énergétique pourrait progressivement évoluer vers un modèle plus diversifié.
Le pays pourrait ainsi fournir non seulement des hydrocarbures, mais également de l’électricité produite à partir de sources renouvelables ou de l’hydrogène vert.
Cette évolution ouvrirait également à Alger des perspectives de diversification économique et industrielle.
Le rôle potentiel de l’hydrogène vert
Parmi les projets évoqués figure le South H2 Corridor, un corridor destiné à faciliter le transport d’hydrogène renouvelable entre l’Afrique du Nord et l’Europe.
L’objectif consiste notamment à exploiter une partie des infrastructures énergétiques existantes et à les adapter progressivement au transport de nouvelles formes d’énergie.
Pour l’Algérie, cette perspective pourrait constituer une opportunité de valoriser son potentiel solaire considérable et de développer une nouvelle filière industrielle tournée vers l’exportation.
Pour l’Europe, l’hydrogène renouvelable produit au sud de la Méditerranée pourrait contribuer à la décarbonation de secteurs industriels difficiles à électrifier directement.
Un potentiel qui reste à transformer en réalité
Le potentiel énergétique de la région est considérable, mais son exploitation nécessite d’importants investissements.
Le JDD souligne que les énergies renouvelables demeurent encore limitées dans plusieurs pays partenaires de la Méditerranée. Dans certaines zones, elles ne représentent que 1 à 3 % du mix énergétique.
Le problème ne réside donc pas uniquement dans la disponibilité des ressources naturelles.
Il faut également construire des centrales solaires et éoliennes, développer les réseaux électriques, renforcer les infrastructures de transport d’énergie et attirer des capitaux privés.
Bruxelles envisage pour cela de recourir davantage à des mécanismes de garanties publiques destinés à réduire les risques pour les investisseurs privés.
Un intérêt stratégique pour Alger
Pour l’Algérie, le développement de cette nouvelle relation énergétique avec l’Europe pourrait avoir des conséquences économiques importantes.
Le développement du solaire, de l’éolien et de l’hydrogène permettrait notamment de diversifier progressivement une économie encore fortement dépendante des hydrocarbures.
Il pourrait également favoriser l’émergence de nouvelles activités industrielles : fabrication d’équipements, ingénierie, maintenance, stockage énergétique et développement de nouvelles infrastructures.
L’Algérie pourrait ainsi chercher à utiliser son avantage géographique et climatique pour devenir un fournisseur énergétique diversifié de l’Europe.
L’Europe regarde vers le sud
La stratégie européenne traduit également une évolution géopolitique du marché de l’énergie.
Après plusieurs années marquées par la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement, l’Union européenne cherche désormais à construire des partenariats énergétiques de long terme avec ses voisins méridionaux.
La proximité géographique de l’Algérie constitue à cet égard un avantage. Les infrastructures énergétiques reliant déjà l’Afrique du Nord à l’Europe peuvent servir de base au développement de nouveaux échanges.
Le passage d’un modèle essentiellement fondé sur le gaz à un partenariat associant gaz, électricité renouvelable et hydrogène vert pourrait ainsi redessiner progressivement les relations énergétiques entre les deux rives de la Méditerranée.
Un partenariat encore à construire
La stratégie européenne constitue toutefois davantage un cadre d’action qu’une garantie de réalisation immédiate des projets.
La mobilisation des 25 milliards d’euros annoncés, la construction des infrastructures et la sécurisation des investissements nécessiteront des décisions politiques et économiques sur plusieurs années.
Pour l’Algérie, l’enjeu sera également de transformer son potentiel naturel en capacités industrielles concrètes et compétitives.
Mais une chose ressort clairement de la stratégie présentée par Bruxelles : l’Algérie occupe une place importante dans la réflexion européenne sur la future architecture énergétique méditerranéenne.
Après avoir longtemps été considérée principalement comme un fournisseur de gaz, elle est désormais également regardée comme un territoire disposant d’un potentiel majeur en matière de solaire, d’éolien et d’hydrogène renouvelable.
Cette évolution pourrait ouvrir une nouvelle étape des relations énergétiques entre l’Algérie et l’Union européenne, avec la transition énergétique appelée à compléter progressivement le partenariat gazier traditionnel.
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