La Banque africaine de développement (BAD) estime que l’économie marocaine conserve une dynamique relativement robuste, portée par l’investissement, la consommation et plusieurs secteurs productifs. Mais derrière ces indicateurs favorables, l’institution souligne plusieurs vulnérabilités, notamment le chômage des jeunes, le déficit courant, les besoins de financement et les risques climatiques.
Selon les dernières données publiées par la Banque africaine de développement, la croissance économique du Maroc s’est accélérée en 2025 pour atteindre 4,7 %, contre 3,8 % en 2024. Cette progression s’explique notamment par le dynamisme de l’investissement et de la consommation des ménages, tandis que l’agriculture, l’industrie manufacturière, la construction et le tourisme ont contribué à soutenir l’activité.
L’institution panafricaine relève également une nette modération de l’inflation, revenue à 0,8 % en 2025. Les finances publiques ont parallèlement enregistré une amélioration, avec un déficit budgétaire ramené à 3,5 % du PIB, contre 3,8 % en 2024.
Une croissance appelée à ralentir
Malgré ces résultats, la BAD anticipe un ralentissement de l’activité. Dans ses projections, la croissance marocaine devrait atteindre 4,2 % en 2026, puis 4,3 % en 2027.
La consommation des ménages et les investissements dans les infrastructures devraient continuer à soutenir l’économie. L’agriculture, l’industrie, la construction et le tourisme resteraient les principaux moteurs de l’activité.
L’inflation devrait toutefois remonter progressivement, à 2,4 % en 2026 puis 2,3 % en 2027, selon les projections de la BAD.
Le chômage demeure un point de tension
L’un des principaux sujets de préoccupation concerne le marché du travail. Le taux de chômage global a légèrement reculé, passant de 13,3 % en 2024 à 13 % en 2025.
Mais cette moyenne masque des écarts importants. Le chômage atteint 37,2 % chez les jeunes, 19,1 % chez les diplômés et 20,5 % chez les femmes, selon les données reprises par la BAD.
L’institution souligne parallèlement les efforts déployés dans le domaine de la protection sociale. L’assurance maladie obligatoire couvre désormais environ 88 % de la population, tandis que le programme d’aide sociale directe vise à réduire les vulnérabilités des ménages les plus exposés.
Le déficit courant devrait se creuser
La BAD attire également l’attention sur l’évolution du compte courant. Après un déficit de 1,2 % du PIB en 2024, celui-ci s’est établi à 2 % du PIB en 2025.
Selon les projections de l’institution, le déficit courant pourrait atteindre 3,5 % du PIB en 2026, avant de revenir légèrement à 3,4 % en 2027.
Cette dégradation serait notamment liée à l’augmentation des importations de biens d’équipement ainsi qu’à la hausse des coûts énergétiques. Les recettes touristiques et les transferts des Marocains résidant à l’étranger constituent toutefois des facteurs d’atténuation.
Des risques liés à l’énergie et au climat
Les perspectives économiques restent par ailleurs exposées à plusieurs facteurs externes.
La BAD souligne notamment le risque d’une nouvelle hausse des prix de l’énergie dans un contexte marqué par les tensions au Moyen-Orient. Pour une économie dépendante des importations énergétiques, cette évolution pourrait peser sur les comptes extérieurs et les coûts de production.
Les conditions météorologiques constituent un autre facteur de risque majeur. Les variations climatiques peuvent affecter directement la production agricole et, par conséquent, l’activité économique et les revenus ruraux.
La BAD estime ainsi qu’une gestion proactive des risques climatiques, associée à une diversification commerciale, pourrait contribuer à réduire ces vulnérabilités.
Le défi du financement du développement
Dans son analyse, la Banque africaine de développement insiste également sur la nécessité pour le Maroc de mobiliser davantage de ressources financières pour accompagner ses investissements.
Le pays dispose d’un système financier développé et d’un accès relativement favorable aux marchés internationaux. La capitalisation boursière représentait 47,1 % du PIB en 2024.
Mais la BAD identifie plusieurs limites : poids dominant du secteur bancaire, marché obligataire largement concentré sur la dette souveraine et nombre relativement réduit de sociétés cotées.
L’institution recommande notamment de renforcer les partenariats public-privé, de diversifier les instruments financiers et de développer davantage les financements verts.
Casablanca veut renforcer son rôle financier en Afrique
La BAD considère également que l’intégration financière régionale constitue une opportunité pour le Maroc.
L’expansion des groupes bancaires panafricains et le développement de Casablanca Finance City pourraient permettre au royaume de renforcer son rôle de plateforme financière régionale et d’attirer davantage de capitaux.
Dans le même temps, l’institution préconise de renforcer les investissements dans les infrastructures hydroagricoles, l’industrie et la logistique, tout en facilitant l’accès des petites et moyennes entreprises au financement.
Une trajectoire favorable, mais sous surveillance
L’analyse de la Banque africaine de développement dessine ainsi un tableau contrasté de l’économie marocaine.
La croissance demeure soutenue et les indicateurs macroéconomiques se sont améliorés sur plusieurs fronts. Mais les tensions sur le marché du travail, les déficits extérieurs, la dépendance énergétique, les risques climatiques et les besoins croissants de financement constituent autant de défis pour les prochaines années.
Pour la BAD, l’enjeu sera donc moins de maintenir uniquement un rythme de croissance élevé que de parvenir à transformer cette dynamique en une croissance davantage créatrice d’emplois, résiliente face aux chocs extérieurs et capable de financer durablement les investissements du pays.
Source : Banque africaine de développement, « Morocco Economic Outlook », données de l’African Economic Outlook 2026, mises à jour le 8 juin 2026.
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