Après plusieurs mois de fortes tensions diplomatiques, Paris et Alger renouent progressivement leurs échanges opérationnels. La rencontre du 1er juin entre les ministres de l’Intérieur français et algérien a permis de remettre sur la table plusieurs dossiers sensibles : immigration, lutte contre les trafics, terrorisme, criminalité organisée et accord migratoire de 1968.
Le réchauffement entre la France et l’Algérie franchit une nouvelle étape. Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a reçu à Paris son homologue algérien Saïd Sayoud, le 1er juin 2026, pour une nouvelle réunion consacrée aux principaux dossiers de sécurité et de coopération entre les deux pays.
Selon Euronews, cette rencontre constituait le deuxième échange ministériel de ce type en six mois et intervient après la visite de Laurent Nuñez à Alger en février. Les deux parties ont notamment abordé la sécurité intérieure, la criminalité organisée, l’immigration et la sécurité civile.
Une reprise des mécanismes opérationnels
Le ministère français de l’Intérieur a confirmé la volonté des deux pays de reconstruire progressivement des mécanismes de travail entre leurs services.
Les discussions doivent notamment permettre de renforcer la coopération contre le narcotrafic, le blanchiment d’argent, les drogues de synthèse, les réseaux de criminalité organisée et la fraude documentaire. Des états des lieux conjoints doivent également être établis afin d’identifier les menaces et les filières considérées comme prioritaires.
Paris et Alger ont également décidé de réactiver certains mécanismes institutionnels entre leurs forces de police et de gendarmerie.
Le ministère français annonce par ailleurs la mise en place d’un attaché de sécurité intérieure adjoint, issu de la gendarmerie nationale, afin de renforcer le fonctionnement du dispositif français de sécurité intérieure à Alger.
L’immigration au cœur des discussions
La question migratoire constitue l’un des principaux dossiers de cette reprise de coopération.
Selon Euronews, la France souhaite notamment accroître les retours de ressortissants algériens faisant l’objet d’une mesure d’éloignement. Paris affirme que la coopération consulaire a repris et souhaite désormais augmenter le nombre de laissez-passer permettant l’organisation de ces retours.
Le ministère français indique de son côté que les deux pays veulent renforcer les canaux de communication opérationnels autour des mobilités légales, des retours et de la lutte contre l’immigration irrégulière.
Cette coopération migratoire s’inscrit donc dans une approche plus large, combinant circulation légale, contrôle des flux et éloignement des personnes concernées par des décisions administratives.
L’accord franco-algérien de 1968 rouvert
Autre dossier sensible : l’accord franco-algérien de 1968 relatif à la circulation et au séjour des ressortissants algériens en France.
Selon le communiqué français, Paris et Alger ont convenu de travailler sur la base de propositions concrètes qui seront présentées par la France afin de faire évoluer cet accord.
Le sujet est particulièrement sensible dans le débat politique français sur l’immigration, compte tenu du régime spécifique dont bénéficient les ressortissants algériens dans certains domaines par rapport au droit commun applicable aux autres étrangers.
Pour l’heure, aucune modification précise de l’accord n’a toutefois été annoncée à l’issue de cette réunion.
La lutte antiterroriste reprend également
Les échanges portent également sur la lutte contre le terrorisme.
Le ministère français affirme que les échanges d’informations entre les services compétents ont repris et doivent encore être renforcés, notamment face à l’apparition de risques communs.
Cette dimension sécuritaire constitue un autre volet de la normalisation progressive des relations institutionnelles entre Paris et Alger.
Après une période durant laquelle plusieurs mécanismes de coopération avaient été fortement ralentis, les deux capitales cherchent désormais à rétablir des contacts réguliers entre leurs administrations.
Le dossier Christophe Gleizes
La question du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis juin 2025, a également été abordée.
Selon Euronews, Gleizes est détenu pour « apologie du terrorisme ». Le gouvernement français a indiqué que son dossier avait fait l’objet d’une attention particulière lors de la rencontre entre les deux ministres. Aucune annonce concernant son éventuel retour en France n’a cependant été faite à l’issue des discussions.
Le dossier reste donc un point sensible dans les relations bilatérales.
Après une crise diplomatique majeure
Cette reprise de coopération intervient après une période de dégradation particulièrement importante des relations franco-algériennes.
La crise s’était notamment aggravée après la décision de Paris, à l’été 2024, de soutenir le plan d’autonomie marocain pour le Sahara Occidental, une orientation qui avait provoqué une réaction forte d’Alger. Euronews rappelle que cette décision avait conduit l’Algérie à rappeler son ambassadeur en France.
Depuis le début de 2026, plusieurs signaux indiquent cependant une volonté de rétablir progressivement les échanges.
La visite de Laurent Nuñez à Alger en février, la reprise de contacts judiciaires entre les deux pays en mai, puis la venue de Saïd Sayoud à Paris constituent différentes étapes de ce processus.
Une normalisation encore progressive
La rencontre de Beauvau ne signifie pas pour autant que tous les différends entre Paris et Alger ont été réglés.
Elle marque surtout la reprise de mécanismes de coopération sur des dossiers où les intérêts des deux pays convergent : lutte contre les réseaux criminels, terrorisme, trafic de stupéfiants, sécurité civile et gestion des questions migratoires.
Le ministère français insiste sur une coopération fondée sur des bases « pragmatiques », « graduelles » et orientées vers des résultats concrets.
Pour Paris comme pour Alger, l’enjeu consiste désormais à transformer cette reprise du dialogue en mécanismes durables entre administrations.
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