Les données communiquées par le gouvernement espagnol au Congrès des députés révèlent l’importance des échanges judiciaires entre Madrid et Rabat. Depuis 2018, l’Espagne a exécuté 98 extraditions vers le Maroc, deuxième pays hors Union européenne destinataire de ces remises, derrière les États-Unis. Mais Rabat figure également en tête des demandes d’extradition refusées par Madrid.
Le Maroc figure parmi les principaux pays bénéficiaires des procédures d’extradition exécutées par l’Espagne à destination d’États situés hors de l’Union européenne. Selon des données transmises par le gouvernement espagnol au Congrès des députés et rapportées par LeBrief, 98 personnes recherchées ont été remises aux autorités marocaines depuis 2018.
Sur la période étudiée, l’Espagne a exécuté 838 extraditions vers 57 pays non membres de l’UE. Avec 98 remises, le Maroc arrive au deuxième rang, derrière les États-Unis, qui totalisent 105 extraditions.
Plus de 24 % des extraditions concentrées sur deux pays
Les chiffres espagnols montrent une concentration importante des procédures. À eux seuls, les États-Unis et le Maroc représentent plus de 24 % des 838 extraditions exécutées vers des pays situés hors de l’Union européenne depuis 2018.
La Suisse arrive ensuite avec 90 extraditions, suivie du Pérou, de l’Argentine, du Brésil, de la Serbie et de l’Albanie.
Ces statistiques concernent exclusivement les extraditions vers des États tiers. Les remises effectuées entre pays membres de l’Union européenne dans le cadre du mandat d’arrêt européen ne sont donc pas comptabilisées dans ce bilan.
Cette distinction est importante : les procédures d’extradition avec les pays extérieurs à l’UE répondent à un cadre juridique différent de celui applicable entre États membres.
Une relation judiciaire encadrée par une convention bilatérale
Les relations entre Madrid et Rabat en matière d’extradition reposent notamment sur une convention bilatérale entre les deux pays.
Le texte prévoit le principe de remise réciproque des personnes recherchées lorsqu’elles font l’objet de poursuites ou ont été condamnées par les autorités judiciaires de l’autre État, sous réserve des conditions prévues par la convention.
Le traité fixe également des seuils de gravité des faits pouvant donner lieu à extradition. Il prévoit notamment l’extradition pour des faits passibles d’une peine d’au moins deux ans d’emprisonnement, ainsi que dans certains cas de condamnation à une peine d’au moins six mois.
2025, année particulièrement active
Les statistiques communiquées au Parlement espagnol font également apparaître de fortes variations selon les années.
2025 a été l’année la plus active, avec 158 extraditions exécutées vers des pays situés hors de l’Union européenne. Les années 2018 et 2023 figurent également parmi les périodes les plus importantes selon les données citées par LeBrief.
À l’inverse, seulement deux extraditions avaient été enregistrées en 2026 au moment de l’établissement du bilan présenté dans l’article.
Cette faible valeur pour 2026 doit toutefois être interprétée avec prudence, puisque les données disponibles ne couvrent pas nécessairement une année complète.
Le Maroc également en tête des refus
Le bilan révèle une autre particularité des relations judiciaires entre les deux pays.
Si le Maroc fait partie des principaux destinataires des extraditions espagnoles, il arrive également en première position parmi les pays dont les demandes d’extradition ont été rejetées par l’Espagne.
Entre 2018 et 2025, Madrid a refusé 574 demandes d’extradition émanant de pays tiers. Parmi elles, 92 concernaient le Maroc, devant le Pérou et le Mexique.
Les autorités espagnoles n’ont toutefois pas fourni, dans les données communiquées au Congrès, le détail des motifs ayant conduit à ces refus.
Il n’est donc pas possible, sur la seule base de ces statistiques, de déterminer pourquoi chacune des 92 demandes marocaines n’a pas abouti.
Des chiffres qui ne disent pas tout sur les infractions
Autre limite relevée dans les données : les statistiques espagnoles ne précisent pas les infractions à l’origine des extraditions ni la nationalité des personnes remises.
Le chiffre de 98 personnes extradées vers le Maroc ne permet donc pas, à lui seul, d’établir une répartition entre les différentes catégories d’affaires judiciaires.
Il constitue avant tout un indicateur du volume de coopération judiciaire entre l’Espagne et le Maroc sur les procédures d’extradition.
Une coopération judiciaire qui s’inscrit dans une relation plus large
Ces échanges interviennent dans un contexte de coopération étroite entre Madrid et Rabat sur plusieurs dossiers liés à la sécurité et à la justice.
L’Espagne et le Maroc coopèrent notamment dans la lutte contre les réseaux criminels, le trafic de stupéfiants, l’immigration irrégulière et le terrorisme. En mars 2026, le ministère espagnol de l’Intérieur indiquait que la coopération entre la Police nationale espagnole et la DGST marocaine avait permis, depuis 2014, l’arrestation de 150 personnes dans des affaires liées au terrorisme djihadiste.
Cette coopération comprend également des opérations conjointes contre les trafics. En juin 2026, la Guardia Civil espagnole et la Gendarmerie royale marocaine ont par exemple coordonné une opération ayant permis la saisie de près de 4,8 tonnes de haschich dans le détroit de Gibraltar.
Extradition : un indicateur parmi d’autres
Les chiffres publiés par le gouvernement espagnol montrent donc une relation judiciaire active entre les deux pays, mais ils doivent être replacés dans leur contexte.
Le Maroc est à la fois l’un des principaux destinataires des extraditions espagnoles hors UE et le pays ayant enregistré le plus grand nombre de demandes refusées par Madrid sur la période considérée.
Ces deux données ne sont pas contradictoires : elles illustrent simplement que la coopération judiciaire fonctionne sur la base de demandes examinées individuellement et soumises aux conditions prévues par le droit espagnol et les accords bilatéraux.
Au-delà du classement statistique, le bilan met surtout en évidence l’importance prise par la coopération judiciaire entre l’Espagne et le Maroc dans leurs relations bilatérales.
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