Après plusieurs mois de tensions, Alger et Bamako ont engagé depuis juillet 2026 une séquence de rapprochement diplomatique. Les visites croisées des Premiers ministres, le retour des ambassadeurs et la reprise des échanges placent désormais la coopération sécuritaire, le bon voisinage et les intérêts économiques au centre de la relation.
L’amélioration des relations entre l’Algérie et le Mali s’est accélérée au cours de l’été 2026. Le 10 juillet, les deux pays ont annoncé le retour de leurs ambassadeurs respectifs ainsi que la réouverture de leurs espaces aériens. Cette décision a marqué la reprise des principaux canaux du dialogue bilatéral après plusieurs mois de crise.
C’est dans ce contexte que le journal L’Algérie Aujourd’hui revient, dans son article intitulé « Les messages d’Alger à Bamako », sur les orientations défendues par les autorités algériennes dans cette nouvelle phase.
Tebboune évoque la fin de la crise diplomatique
Le président Abdelmadjid Tebboune avait déjà évoqué publiquement les tensions avec Bamako, en estimant que les relations bilatérales avaient été affectées par ce qu’il qualifiait d’« intoxication ».
L’évolution enregistrée depuis juillet semble avoir permis aux deux capitales de privilégier de nouveau le dialogue direct. Le gouvernement malien a présenté le retour des ambassadeurs et la réouverture de l’espace aérien comme des mesures destinées à rétablir un dialogue fondé sur le respect mutuel, la confiance et la non-ingérence.
Le précédent de la crise de 2025
Le rapprochement intervient après une période particulièrement tendue.
La crise s’était aggravée à la suite de la destruction, fin mars-début avril 2025, d’un drone malien près de Tinzaouatène, dans la zone frontalière. Bamako avait accusé Alger d’avoir abattu l’appareil dans son espace aérien, tandis que l’Algérie avait défendu sa décision en invoquant la protection de son territoire.
Cette crise avait entraîné le rappel des ambassadeurs et la fermeture de l’espace aérien malien aux appareils algériens. Elle s’inscrivait elle-même dans un contexte de désaccords plus anciens, notamment après la décision malienne de mettre fin, en janvier 2024, à l’accord de paix issu du processus d’Alger de 2015.
Une nouvelle séquence diplomatique
La reprise du dialogue s’est matérialisée par plusieurs rencontres de haut niveau.
Le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga s’est rendu à Alger le 24 août 2026, porteur d’un message du président de la transition malienne, Assimi Goïta, à Abdelmadjid Tebboune. La visite avait été précédée d’un entretien téléphonique entre les deux Premiers ministres le 9 août.
Trois semaines plus tard, le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb s’est à son tour rendu à Bamako, le 14 septembre, à l’invitation de son homologue malien. Il était également porteur d’un message du président algérien à Assimi Goïta. Le gouvernement malien a présenté cette visite comme une étape destinée à élargir les perspectives de coopération bilatérale.
La sécurité au cœur des préoccupations
La proximité géographique donne une importance particulière à la question sécuritaire. L’Algérie et le Mali partagent plus de 1 300 kilomètres de frontière, dans une région confrontée à la persistance de groupes armés et à l’instabilité du Sahel.
La visite de Sifi Ghrieb à Bamako a notamment porté sur la sécurisation des frontières, le renforcement des échanges commerciaux et la coopération entre les deux pays. Deutsche Welle souligne que cette rencontre constituait la première visite d’un Premier ministre algérien au Mali depuis 2016.
Pour Alger, la stabilisation de son voisinage méridional constitue un enjeu directement lié à sa sécurité nationale. Pour Bamako, le dialogue avec un voisin disposant d’une longue frontière commune ouvre également un canal supplémentaire de coopération régionale.
Le développement économique s’invite dans le rapprochement
La nouvelle dynamique ne se limite pas aux questions diplomatiques et sécuritaires.
Les discussions entre les délégations algérienne et malienne ont également porté sur les investissements, les échanges commerciaux, l’énergie, les infrastructures, l’agro-industrie, les ressources minières et l’enseignement supérieur. Des médias spécialisés ont notamment évoqué la perspective de relancer certains projets structurants, dont le corridor transsaharien reliant l’Algérie au Mali et, au-delà, à l’Afrique de l’Ouest.
Cette dimension économique pourrait constituer l’un des instruments de consolidation de la détente entre les deux pays.
La question de l’Accord d’Alger reste sensible
Malgré le rapprochement diplomatique, plusieurs dossiers demeurent ouverts.
La question du nord du Mali et l’avenir de l’Accord d’Alger de 2015 constituent notamment des sujets sensibles. Bamako avait annoncé en janvier 2024 la fin de cet accord, après plusieurs années de mise en œuvre difficile.
Le retour au dialogue ne signifie donc pas automatiquement un règlement de ces divergences. Les deux pays semblent plutôt avoir choisi de rétablir les mécanismes de communication afin de traiter leurs désaccords dans un cadre bilatéral.
Vers une nouvelle architecture des relations algéro-maliennes ?
La séquence ouverte en juillet connaît désormais une accélération. Après le retour des ambassadeurs, la réouverture des espaces aériens et les deux visites successives des Premiers ministres, Alger et Bamako cherchent à donner un contenu concret à leur rapprochement.
Le gouvernement malien parle d’une « nouvelle dynamique » des relations bilatérales et d’un élargissement des perspectives de coopération.
Du côté algérien, le message mis en avant est celui du dialogue, de la coopération et de la prise en compte des intérêts communs. Les prochains travaux de la coopération bilatérale permettront notamment de mesurer la portée concrète de cette nouvelle phase.
Au-delà de la relation entre Alger et Bamako, cette évolution intervient dans un Sahel profondément transformé par la création de l’Alliance des États du Sahel, le renforcement des partenariats avec la Russie et la multiplication des initiatives régionales.
Le rapprochement algéro-malien s’inscrit ainsi dans un environnement régional où la sécurité des frontières, les infrastructures, les échanges économiques et les équilibres diplomatiques sont étroitement liés.
#Algérie #Mali #Sahel #Azawad #Russie #accorddAlger #AlgérieMali
Soyez le premier à commenter