France-Algérie : malgré les tensions politiques, les échanges énergétiques continuent

Alors que les relations politiques entre Paris et Alger ont connu plusieurs épisodes de tension, les échanges énergétiques entre les deux pays continuent de fonctionner sur une logique essentiellement commerciale. Dans un entretien publié par Areion24, le chercheur Francis Perrin souligne la persistance des contrats gaziers et des partenariats industriels entre la France et l’Algérie.

Les relations franco-algériennes ont connu une période particulièrement difficile depuis 2024, notamment après l’évolution de la position française sur le dossier du Sahara Occidental. Pourtant, dans le secteur énergétique, les mécanismes commerciaux ont continué à fonctionner.

C’est l’un des principaux constats formulés par Francis Perrin, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), dans un entretien publié le 29 juillet 2026 par Areion24. Le chercheur résume cette situation par une formule : en matière d’énergie, entre Paris et Alger, c’est « business as usual ».

L’Algérie, un fournisseur gazier important de l’Europe

Francis Perrin rappelle que l’Algérie figure parmi les principaux acteurs mondiaux du gaz naturel. Selon les données citées dans l’entretien, le pays était en 2024 le dixième producteur mondial de gaz naturel, avec une production de 103 milliards de mètres cubes.

L’Algérie occupait également la huitième place mondiale pour les exportations de gaz naturel liquéfié et la sixième pour les exportations par gazoduc. Son infrastructure repose notamment sur le TransMed, qui relie l’Algérie à l’Italie via la Tunisie, et le Medgaz, qui dessert directement l’Espagne.

Cette position donne à Sonatrach un rôle important sur le marché européen, même si l’Algérie reste confrontée à un défi structurel : maintenir ses capacités d’exportation alors que la consommation intérieure de gaz augmente.

La France représente une partie limitée mais significative des exportations algériennes

Selon les chiffres présentés par Francis Perrin, le gaz algérien représentait en 2024 environ 11 % des importations françaises de gaz naturel. La Norvège occupait la première place avec 40 %, devant les États-Unis avec 21 % et la Russie avec 18 %.

Du côté algérien, la France représentait la même année 29 % des exportations de GNL de Sonatrach et 11 % de ses exportations gazières totales, selon l’analyse publiée par Areion24.

Ces chiffres montrent une relation énergétique importante pour les deux partenaires, mais qui ne constitue pas une dépendance exclusive.

La diversification du marché européen permet en effet à la France de disposer d’autres fournisseurs, tandis que l’Algérie commercialise ses hydrocarbures auprès de plusieurs marchés.

TotalEnergies reste présente en Algérie

Malgré les tensions diplomatiques, les relations entre les entreprises énergétiques françaises et algériennes se poursuivent.

Francis Perrin rappelle notamment le rôle de TotalEnergies comme partenaire de Sonatrach dans plusieurs projets pétroliers et gaziers. En juin 2025, le groupe français a rejoint un nouveau permis d’exploration baptisé Ahara, aux côtés de Sonatrach et de QatarEnergy.

Ce permis couvre environ 14 900 kilomètres carrés dans le sud-est de l’Algérie, à la jonction des bassins de Berkine et d’Illizi, au nord d’In Amenas.

Cette coopération constitue l’un des exemples avancés par le chercheur pour illustrer la séparation entre les tensions politiques et les intérêts énergétiques de long terme.

Les hydrocarbures dominent toujours les échanges commerciaux

L’importance de l’énergie apparaît également dans les échanges commerciaux globaux.

Selon l’entretien publié par Areion24, les hydrocarbures représentaient 92 % des exportations algériennes en 2024. La France exporte pour sa part vers l’Algérie des produits industriels, des équipements mécaniques, électriques et électroniques, des matériels de transport ainsi que des produits agricoles et alimentaires.

Les données françaises indiquent par ailleurs que les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint 9,4 milliards d’euros en 2025, contre 11,1 milliards en 2024. La France a importé 5,2 milliards d’euros de biens algériens en 2025 et en a exporté 4,2 milliards.

Le gaz algérien dans la stratégie européenne

La place de l’Algérie a également gagné en importance dans le contexte de la réduction progressive des importations européennes d’hydrocarbures russes.

Francis Perrin souligne que l’Algérie représentait environ 14,4 % des approvisionnements gaziers de l’Union européenne en 2024, derrière plusieurs autres fournisseurs, dont la Norvège et les États-Unis.

L’Algérie contribue ainsi à la diversification des approvisionnements européens, notamment grâce à ses infrastructures de transport par gazoduc et à ses capacités de production de GNL.

Mais cette position ne signifie pas que le gaz algérien puisse, à lui seul, remplacer les volumes russes disparus du marché européen. La stratégie européenne repose sur la multiplication des fournisseurs et des infrastructures.

Le précédent du gazoduc Maghreb-Europe

L’entretien revient également sur l’arrêt du gazoduc Maghreb-Europe (GME), intervenu le 1er novembre 2021 après la décision algérienne de ne pas renouveler le contrat d’exploitation.

Le GME permettait auparavant d’acheminer du gaz algérien vers l’Espagne en passant par le Maroc. Sa fermeture est intervenue dans le contexte de la rupture des relations diplomatiques entre Alger et Rabat.

Selon Francis Perrin, les trois pays ont depuis trouvé des solutions alternatives. L’Algérie a notamment augmenté les capacités du Medgaz et utilisé davantage ses capacités de liquéfaction. L’Espagne dispose également d’importantes infrastructures de réception et de regazéification de GNL.

Le Maroc a, de son côté, perdu les revenus liés au transit du gaz algérien, mais a pu utiliser le GME dans le sens inverse afin d’acheminer vers son territoire du gaz importé par l’Espagne.

Deux projets concurrents pour le gaz nigérian

Autre dossier abordé dans l’entretien : les projets de gazoducs reliant le Nigeria à l’Europe.

Francis Perrin distingue le gazoduc transsaharien (TSGP), soutenu notamment par l’Algérie, et le projet de gazoduc Afrique Atlantique, porté par le Nigeria et le Maroc.

Le TSGP prévoit un tracé passant par le Nigeria, le Niger et l’Algérie avant de rejoindre les infrastructures existantes permettant d’acheminer le gaz vers l’Europe.

Le projet Afrique Atlantique prévoit quant à lui une infrastructure principalement offshore longeant la façade ouest-africaine, avec le Maroc comme point de passage vers l’Europe.

Le chercheur estime que les questions de financement, de sécurité et de débouchés commerciaux restent déterminantes pour l’avenir de ces projets. Il souligne également les incertitudes liées à la situation politique et sécuritaire dans le Sahel.

Une relation énergétique qui résiste aux crises diplomatiques

L’entretien de Francis Perrin met finalement en évidence une caractéristique importante de la relation franco-algérienne : les crises politiques n’entraînent pas nécessairement une interruption des intérêts économiques de long terme.

La France et l’Algérie ont connu une détérioration significative de leurs relations diplomatiques depuis 2024. Pourtant, les contrats énergétiques continuent d’être exécutés et des entreprises françaises restent engagées dans des projets d’exploration en Algérie.

Cette continuité s’explique notamment par la nature stratégique des hydrocarbures, les intérêts économiques des entreprises concernées et la place de l’Algérie dans l’approvisionnement énergétique européen.

Le secteur de l’énergie apparaît ainsi comme l’un des domaines où la relation franco-algérienne conserve des mécanismes de coopération malgré les divergences politiques. Le rapprochement diplomatique engagé entre Paris et Alger en 2026 pourrait désormais déterminer si cette continuité énergétique reste cantonnée au domaine commercial ou contribue également à une reprise plus large des relations économiques bilatérales.

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