Dans des déclarations rapportées par l’agence de presse turque Anadolu Agency, le président algérien Abdelmadjid Tebboune est revenu de manière appuyée sur le bilan humain de la colonisation française en Algérie (1830–1962). Il a affirmé que les crimes commis durant plus d’un siècle de domination coloniale avaient coûté la vie à plus de 5,6 millions d’Algériens.
1. Un bilan humain revisité au nom de la mémoire nationale
Alors que la rhétorique officielle faisait traditionnellement référence au chiffre de « un million et demi de martyrs » tombés spécifiquement durant la guerre de Libération nationale (1954–1962), le discours présidentiel englobe l’ensemble de la période coloniale :
- Un bilan étendu à 132 ans : Le chiffre de 5,6 millions de victimes couvre la totalité de la présence coloniale française, incluant les campagnes de pacification du XIXe siècle, les enfumades, les déportations, les famines induites ainsi que les répressions des massacres de mai 1945.
- Le devoir de mémoire comme pilier : Alger continue de faire du dossier mémoriel une condition préalable indispensable à l’assainissement durable des relations bilatérales avec Paris, exigeant la reconnaissance explicite des crimes coloniaux.
2. Les dossiers mémoriels sensibles toujours en attente
Cette déclaration s’inscrit dans un contexte où plusieurs questions historiques majeures restent au centre des discussions diplomatiques entre l’Algérie et la France :
- La restitution des archives : L’Algérie réclame la restitution intégrale des archives nationales et coloniales emportées par la France en 1962.
- Les essais nucléaires au Sahara : La prise en charge des indemnisations et la décontamination des sites d’essais nucléaires menés par la France à Reggane et In Ekker dans les années 1960 demeurent un point de friction persistant.
- Les disparus de la guerre d’Algérie : Le traitement des dossiers des disparus des deux côtés de la Méditerranée continue de mobiliser historiens et familles de victimes.
3. Des relations franco-algériennes sous haute tension mémorielle
La résurgence régulière de ces déclarations historiques témoigne des difficultés récurrentes à bâtir un partenariat apaisé entre les deux rives :
- Usage politique de la mémoire : La question mémorielle demeure un vecteur de mobilisation politique interne en Algérie et un instrument de pression diplomatique vis-à-vis de la France.
- Impasse des commissions mixtes : Malgré la création de commissions d’historiens franco-algériennes chargées de travailler sur le passé colonial, les divergences d’interprétation et de calendrier ralentissent la concrétisation des gestes symboliques attendus.
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