Ceuta et Melilla : le Maroc réaffirme ses revendications tout en qualifiant l’Espagne de partenaire essentiel

La crise migratoire qui a secoué Ceuta à la fin juillet 2026 continue de produire des effets sur les relations entre le Maroc et l’Espagne. Dans ce contexte tendu, le ministre marocain de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a réaffirmé la position de Rabat sur Ceuta et Melilla, tout en soulignant l’importance stratégique de l’Espagne pour le Maroc.

Lors d’une rencontre organisée à Rabat le 29 août, le responsable marocain a déclaré que l’Espagne constituait un « partenaire fondamental » pour son pays, tout en affirmant que le Maroc ne reculerait pas sur ce qu’il considère comme son territoire national. Ces propos ont été rapportés par Anadolu Agency.

Un message à double dimension

La déclaration de Nizar Baraka repose sur deux éléments qui peuvent sembler contradictoires mais que Rabat présente comme compatibles : maintenir une coopération étroite avec Madrid et conserver ses revendications territoriales sur Ceuta et Melilla.

Le ministre a présenté l’Espagne comme un partenaire essentiel, notamment dans le contexte géopolitique et économique actuel. Dans le même temps, il a estimé que les événements récents à Ceuta avaient montré que des divergences pouvaient subsister entre les deux pays.

Selon Anadolu Agency, Baraka a ainsi évoqué la réaction espagnole lors de la crise migratoire de juillet, lorsque Madrid avait considéré que sa sécurité nationale était menacée.

Cette formulation intervient alors que les deux pays cherchent à préserver une relation bilatérale importante, malgré la persistance du différend concernant les deux enclaves espagnoles.

Ceuta et Melilla : une revendication maintenue

Ceuta et Melilla sont administrées par l’Espagne et font partie des territoires les plus sensibles des relations entre Madrid et Rabat.

Le Maroc maintient une revendication sur les deux villes ainsi que sur plusieurs îlots situés au large de ses côtes. Anadolu Agency rappelle que Rabat considère ces territoires comme des « présides marocains occupés », tandis qu’ils restent sous administration espagnole.

La déclaration de Nizar Baraka confirme donc que la coopération avec Madrid ne signifie pas, pour le gouvernement marocain, l’abandon de cette revendication.

Quelques jours auparavant, le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, avait également évoqué le « droit historique et géographique » du Maroc sur Ceuta et Melilla et appelé à maintenir le dialogue avec l’Espagne sur leur avenir.

La crise migratoire de juillet en toile de fond

Les déclarations du ministre marocain interviennent quelques semaines après l’importante tentative de franchissement de la frontière de Ceuta.

Entre le 29 et le 31 juillet, des dizaines de milliers de personnes se sont dirigées vers l’enclave espagnole depuis la zone de Fnideq. La majorité est ensuite retournée du côté marocain.

Les chiffres restent toutefois différents selon les autorités. Anadolu Agency rapporte que les autorités marocaines avaient évalué le nombre de personnes ayant franchi la frontière à environ 40 000, tandis que les autorités espagnoles évoquaient plus de 70 000 passages.

Le bilan humain fait également l’objet de différences selon les sources. Le Conseil national des droits de l’homme marocain avait fait état de 14 morts au 7 août, tandis que des données espagnoles mentionnaient environ 80 décès.

Ces écarts montrent pourquoi les chiffres de la crise doivent être attribués aux autorités ou organismes qui les communiquent plutôt que présentés comme un bilan définitif unique.

Une relation stratégique malgré le contentieux territorial

Le discours de Nizar Baraka illustre une ligne régulièrement mise en avant par Rabat : la revendication de Ceuta et Melilla n’empêche pas le Maroc de considérer l’Espagne comme un partenaire stratégique.

Les deux pays entretiennent des relations importantes dans les domaines économique, commercial, sécuritaire et migratoire. La proximité géographique rend notamment la coopération sur les flux migratoires particulièrement importante.

La crise de juillet a néanmoins rappelé la fragilité de cet équilibre. Un épisode migratoire majeur peut rapidement devenir une question diplomatique, notamment lorsque les responsabilités et les motivations des différents acteurs font l’objet d’interprétations divergentes.

Une nouvelle étape dans le débat sur Ceuta

Les déclarations marocaines interviennent également dans un contexte où Ceuta et Melilla sont redevenues très présentes dans le débat public espagnol et marocain.

La crise migratoire a ravivé les discussions sur la sécurité des frontières, la coopération migratoire et le statut des deux villes. Elle a également alimenté les interrogations sur le rôle des autorités marocaines lors des événements de juillet.

Sur ce dernier point, plusieurs hypothèses ont circulé dans les médias, allant d’un éventuel relâchement des contrôles à une crise principalement liée aux facteurs sociaux, géographiques et aux réseaux sociaux. Ces interprétations ne constituent pas toutes des faits établis et doivent être distinguées des déclarations officielles.

La position exprimée par Nizar Baraka porte, elle, sur un autre niveau : malgré les tensions provoquées par la crise, Rabat affirme vouloir maintenir le partenariat avec Madrid tout en refusant de renoncer à ses revendications territoriales.

Le difficile équilibre entre coopération et revendication

La question de Ceuta et Melilla résume ainsi une partie des contradictions de la relation maroco-espagnole.

D’un côté, les deux pays ont intérêt à maintenir une coopération étroite sur la sécurité, les migrations et les échanges économiques. De l’autre, Rabat continue de considérer les deux villes comme relevant de son intégrité territoriale, tandis que Madrid maintient leur administration espagnole.

La déclaration de Nizar Baraka ne marque donc pas un changement de position sur le fond. Elle souligne plutôt la volonté affichée par le Maroc de dissocier, autant que possible, la coopération avec l’Espagne du différend territorial.

Après la crise migratoire de juillet, cette distinction pourrait être déterminante pour la poursuite du dialogue entre Rabat et Madrid.

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