Sahel : l’Algérie mise sur sa puissance militaire et ses ressources énergétiques pour renforcer son influence

Après quinze mois de fortes tensions avec le Mali, Alger et Bamako semblent amorcer une nouvelle phase de dialogue. Dans un entretien accordé à RFI, l’historien Pierre Vermeren analyse cette évolution et estime que l’Algérie cherche à s’appuyer principalement sur sa puissance militaire, sa position géographique et ses ressources énergétiques pour consolider son influence au Sahel.

Les relations entre l’Algérie et le Mali connaissent un début d’apaisement après une période de crise particulièrement tendue. Dans son émission « Le grand invité Afrique », diffusée le 12 août 2026, RFI a consacré un entretien à cette nouvelle dynamique avec Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine du Maghreb et du Moyen-Orient à la Sorbonne.

Cette évolution intervient après environ quinze mois de crise diplomatique entre Alger et Bamako. Selon RFI, le Premier ministre algérien a invité son homologue malien à Alger le 10 août, quelques semaines après le retour de l’ambassadeur malien dans la capitale algérienne au début du mois de juillet. Ces gestes sont présentés comme les premiers signes d’un réchauffement après la grave crise déclenchée en 2025 par la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne.

Le Mali au cœur du nouveau dialogue

Pour Pierre Vermeren, interrogé par RFI, ce rapprochement doit être replacé dans le contexte de la compétition d’influence qui traverse actuellement le Sahel.

L’Algérie entretient avec les pays de son environnement sahélien des relations historiques, sécuritaires et économiques. Mais son approche diffère, selon l’historien, de celle d’autres acteurs régionaux qui disposent de leviers religieux ou culturels importants.

RFI rappelle notamment que le Maroc dispose d’un réseau d’influence religieuse ancien dans la région, tandis que les monarchies du Golfe et la Turquie disposent également de différents réseaux d’influence. Dans cette configuration, Pierre Vermeren estime qu’Alger privilégie d’autres instruments : sa puissance militaire, sa position géostratégique et ses ressources énergétiques.

Une puissance militaire importante dans la région

L’un des principaux arguments développés au cours de l’entretien concerne le poids de l’armée algérienne.

Selon Pierre Vermeren, l’Algérie dispose d’une puissance militaire nettement supérieure à celle de ses voisins méridionaux. Cette situation lui permettrait, selon son analyse, de se présenter comme un acteur capable de contribuer à la stabilisation et à la sécurisation de certains États sahéliens confrontés à d’importantes difficultés sécuritaires.

L’historien cite notamment le Niger. Il évoque la fourniture récente d’hélicoptères par Alger à Niamey comme un exemple concret de cette politique de coopération sécuritaire.

Cette dimension militaire constitue ainsi, dans l’analyse présentée sur RFI, l’un des principaux instruments dont dispose Alger pour renforcer ses relations avec les gouvernements du Sahel.

Le pétrole comme levier économique

La puissance algérienne ne repose cependant pas uniquement sur ses capacités militaires. Le pays dispose également de ressources énergétiques importantes, notamment dans le domaine des hydrocarbures.

Dans l’entretien diffusé par RFI, Pierre Vermeren évoque ainsi le pétrole parmi les moyens susceptibles d’être utilisés par Alger pour renforcer son influence régionale. L’énergie peut constituer un instrument de coopération économique, notamment avec des pays sahéliens confrontés à des besoins importants en matière d’approvisionnement et d’infrastructures.

Cette dimension économique complète donc la coopération sécuritaire dans la stratégie régionale décrite par l’historien.

Une concurrence avec d’autres modèles d’influence

L’entretien de RFI replace également la stratégie algérienne dans un environnement régional marqué par la présence de plusieurs puissances.

Pierre Vermeren oppose notamment l’approche algérienne à celle du Maroc, dont l’influence dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest repose également sur des liens religieux et confrériques. Les monarchies du Golfe et la Turquie disposent, elles aussi, de réseaux et de relais dans la région.

Dans cette compétition, Alger chercherait donc à valoriser les atouts dont elle dispose directement : une armée importante, une position géographique stratégique et des ressources énergétiques.

Il s’agit toutefois d’une lecture géopolitique formulée par Pierre Vermeren dans l’entretien, et non d’une déclaration officielle des autorités algériennes présentant explicitement ces éléments comme une stratégie d’« influence ».

Le rapprochement avec Bamako

La reprise du dialogue avec le Mali constitue un élément particulièrement important de cette nouvelle séquence.

La crise entre les deux pays avait atteint un niveau élevé en 2025, notamment après la destruction d’un drone malien par les forces algériennes. L’incident avait considérablement détérioré les relations entre les deux voisins.

Le retour de l’ambassadeur malien à Alger, suivi de l’invitation adressée au Premier ministre malien, marque donc une évolution notable.

Pour Alger comme pour Bamako, la reprise du dialogue peut répondre à plusieurs préoccupations : sécurité des frontières, lutte contre les groupes armés, circulation transfrontalière et gestion des relations politiques dans un espace sahélien en pleine recomposition.

L’Algérie veut-elle redevenir un acteur central du Sahel ?

La question posée par RFI est finalement celle du rôle que l’Algérie entend jouer dans son environnement méridional.

L’Algérie partage des frontières avec plusieurs pays sahéliens et occupe une position géographique particulière entre la Méditerranée, le Sahara et l’Afrique de l’Ouest. Cette situation lui donne une importance stratégique dans les questions de sécurité régionale.

Dans son analyse, Pierre Vermeren considère que la puissance militaire algérienne peut être utilisée par Alger comme un moyen de peser davantage dans les équilibres régionaux. Il évoque également les ressources énergétiques du pays comme un autre levier disponible.

Le rapprochement avec Bamako et la coopération évoquée avec Niamey pourraient ainsi constituer les manifestations d’une politique régionale plus active.

Une influence qui passe par la sécurité et l’énergie

L’analyse présentée sur RFI dessine donc un modèle d’influence différent de celui fondé principalement sur les réseaux religieux ou culturels.

Selon Pierre Vermeren, Alger dispose avant tout de deux atouts majeurs : une capacité militaire importante et des ressources énergétiques considérables, auxquels s’ajoute sa position géographique au contact direct du Sahel.

Le réchauffement avec le Mali intervient ainsi à un moment où les équilibres régionaux évoluent rapidement. Pour l’Algérie, la question consiste désormais à transformer ses capacités militaires, énergétiques et géographiques en instruments de coopération durable avec ses voisins du Sud.

Le rapprochement avec Bamako constitue une première indication de cette nouvelle dynamique, tandis que les relations avec le Niger et les autres pays sahéliens permettront de mesurer, dans les prochains mois, l’ampleur réelle du rôle que souhaite jouer Alger dans la région.

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