Tunisie-France : faciliter la mobilité des compétences pour répondre aux besoins des deux pays

Alors que le vieillissement de la population européenne accentue les besoins de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs, la Tunisie cherche à mieux valoriser son vivier de compétences. La France constitue l’une des principales destinations, mais la mobilité professionnelle entre les deux pays reste freinée par des contraintes administratives, fiscales et réglementaires.

La mobilité des compétences entre la Tunisie et la France pourrait connaître une nouvelle dynamique dans les prochaines années. Dans un contenu consacré à cette question, RFI souligne que le vieillissement démographique en Europe et les besoins de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs rendent la Tunisie particulièrement intéressante en matière de recrutement et de mobilité professionnelle.

Selon Hélène Hammouda, cheffe du projet TAM à l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), plusieurs dispositifs existent déjà pour permettre aux travailleurs tunisiens d’exercer temporairement une activité en France tout en conservant leur résidence dans leur pays d’origine.

Des contrats adaptés à une mobilité temporaire

Parmi ces dispositifs figure le contrat saisonnier. Hélène Hammouda explique, dans l’entretien rapporté par RFI, que ce type de contrat permet à une même personne de travailler jusqu’à six mois par an en France tout en conservant sa résidence et sa vie en Tunisie.

Le contrat jeune professionnel constitue un autre mécanisme évoqué par la responsable de l’OFII. Celui-ci offre un accès facilité au marché du travail français, avec toutefois une particularité importante : l’obligation de retour en Tunisie à l’issue de la période prévue.

Cette différence est essentielle dans la réflexion sur la mobilité circulaire. Certains dispositifs permettent en effet aux travailleurs de développer une expérience professionnelle en France tout en maintenant leurs attaches économiques et familiales en Tunisie.

Comme le souligne RFI, les autres formes de contrats de travail ne comportent pas nécessairement la même obligation de retour.

Environ 10 000 professionnels déjà concernés

La circulation des compétences entre les deux pays n’est pas nouvelle. RFI rapporte qu’environ 10 000 professionnels circulent actuellement entre la Tunisie et la France.

L’objectif des autorités et organismes concernés est désormais d’élargir cette mobilité à des secteurs dans lesquels les parcours professionnels entre les deux pays sont encore peu structurés.

Hélène Hammouda explique que l’OFII cherche notamment à identifier des domaines dans lesquels il existe simultanément une demande de main-d’œuvre en France et des compétences disponibles en Tunisie.

Deux secteurs sont particulièrement ciblés : le transport et la logistique, ainsi que les métiers du soin.

Dans le domaine de la santé, le travail porte notamment sur la mobilité des aides-soignants, avec l’objectif de mettre en place des parcours davantage structurés entre les deux pays.

Le chômage des jeunes diplômés pousse à rechercher de nouvelles solutions

Cette réflexion intervient alors que la Tunisie reste confrontée à un chômage important, particulièrement parmi les jeunes diplômés.

L’accès au marché du travail international représente donc une possibilité supplémentaire pour une partie de cette population. Selon Hatem Dahmen, directeur général de l’Agence nationale pour l’emploi et le travail indépendant (ANETI), l’agence accompagne plus de 200 000 demandeurs d’emploi.

La Tunisie a par ailleurs développé des accords de partenariat avec plusieurs pays afin de faciliter la mobilité professionnelle. Hatem Dahmen cite notamment l’Italie, la France, l’Allemagne et, plus récemment, la Libye, dans les propos rapportés par RFI.

Ces accords peuvent permettre de mieux organiser les recrutements internationaux et d’éviter que les départs à l’étranger ne se limitent à des démarches individuelles.

Pour la Tunisie, l’enjeu consiste également à transformer la mobilité internationale en un instrument de valorisation des compétences plutôt qu’en une simple perte de main-d’œuvre qualifiée.

Le télétravail, une autre piste entre la Tunisie et la France

La mobilité ne concerne toutefois pas uniquement les travailleurs qui s’installent temporairement en France.

Une partie des Tunisiens déjà établis dans l’Hexagone souhaite pouvoir maintenir une activité professionnelle avec des entreprises françaises tout en passant davantage de temps en Tunisie. Le développement du télétravail pourrait, dans cette perspective, offrir une nouvelle forme de mobilité.

Walid Belhaj Amor, membre du conseil d’administration de l’Association tunisienne des grandes écoles (ATUGE), estime qu’un cadre spécifique pour le télétravail transfrontalier pourrait être envisagé.

Selon lui, de nombreuses entreprises européennes ont déjà adopté des formes de travail à distance, mais il n’existe pas actuellement de véritable accord transfrontalier permettant d’organiser cette pratique entre la Tunisie et la France.

L’idée défendue consiste donc à réfléchir à un cadre juridique permettant à certains travailleurs de conserver une activité professionnelle liée à la France tout en résidant, au moins une partie du temps, en Tunisie.

Des obstacles administratifs et fiscaux persistants

Cette évolution se heurte cependant à plusieurs difficultés.

La mobilité professionnelle entre les deux rives de la Méditerranée implique des questions liées aux titres de séjour, au droit du travail, à la fiscalité, à la protection sociale et aux obligations administratives.

Le développement du télétravail transfrontalier soulève également des interrogations supplémentaires : dans quel pays les revenus doivent-ils être déclarés ? Quel régime fiscal s’applique ? Quelle législation sociale couvre le salarié ? Et comment déterminer les responsabilités de l’employeur lorsque son salarié travaille depuis un autre pays ?

Ces questions sont d’autant plus importantes que les travailleurs concernés peuvent souhaiter conserver des liens économiques avec les deux pays.

Selon RFI, ces contraintes administratives et fiscales continuent de limiter la mobilité des compétences alors même que celle-ci pourrait représenter un intérêt économique pour la Tunisie.

Un enjeu économique pour Tunis

Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse la seule question de l’emploi.

Les travailleurs tunisiens installés temporairement ou durablement à l’étranger participent à l’économie nationale notamment par les transferts financiers adressés à leurs familles. Mais la mobilité peut également favoriser le transfert de compétences, la création d’entreprises et le développement de nouveaux réseaux économiques.

Une personne qui travaille temporairement en France peut ainsi acquérir une expérience professionnelle et technique susceptible d’être réinvestie en Tunisie.

Le développement du télétravail pourrait également permettre à certains professionnels de conserver leur emploi auprès d’une entreprise française tout en contribuant davantage à l’économie tunisienne.

Vers une mobilité plus organisée

Le débat présenté par RFI met donc en évidence une volonté de passer progressivement d’une logique de migration professionnelle à une logique de mobilité organisée des compétences.

La France peut y trouver une réponse partielle à ses besoins de main-d’œuvre dans certains secteurs, notamment les soins, la logistique et le transport. La Tunisie, de son côté, peut chercher à offrir davantage de débouchés à ses diplômés et à valoriser les compétences acquises à l’étranger.

La réussite d’une telle approche dépendra toutefois de la capacité des deux pays à simplifier les procédures et à construire des mécanismes permettant aux travailleurs de circuler plus facilement entre les deux marchés.

Le développement de parcours professionnels clairement définis pourrait également réduire les incertitudes liées aux démarches individuelles et favoriser des recrutements répondant aux besoins précis des entreprises.

Un modèle fondé sur la circulation plutôt que sur l’installation définitive

La question posée par RFI est finalement celle de la possibilité de construire un modèle dans lequel la mobilité ne signifie pas nécessairement une installation définitive à l’étranger.

Le contrat saisonnier constitue déjà un exemple de cette logique : un professionnel peut travailler plusieurs mois en France avant de retourner en Tunisie. Le développement de dispositifs similaires dans les secteurs du soin, du transport ou de la logistique pourrait élargir ce modèle.

Le télétravail transfrontalier constitue une autre piste, mais nécessite des évolutions réglementaires et fiscales importantes.

Pour la Tunisie comme pour la France, l’enjeu est donc de parvenir à mieux organiser une circulation des compétences qui existe déjà, mais qui demeure encore largement freinée par les contraintes administratives.

Selon les éléments présentés par RFI, la mobilité entre les deux pays pourrait ainsi évoluer vers un modèle davantage fondé sur la circulation temporaire des professionnels, le transfert de compétences et le maintien de liens économiques avec la Tunisie.

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