Tunisie : la guerre des clans s’installe autour de Kaïs Saïed et prépare déjà l’après

À Carthage, les rivalités au sein de l’entourage présidentiel prennent une nouvelle dimension. Dans une enquête publiée dans le cadre de sa série consacrée à la Tunisie, Mondafrique décrit une compétition entre plusieurs réseaux autour de la succession, des nominations stratégiques et du contrôle des dossiers judiciaires sensibles. Des affirmations que le média présente lui-même, pour certaines, comme difficiles à vérifier indépendamment.

La bataille pour l’après-Kaïs Saïed aurait-elle déjà commencé au sein même du palais de Carthage ? C’est l’analyse développée par Mondafrique dans le septième volet de sa série consacrée à la Tunisie, publié le 23 août 2026.

Selon le média, deux pôles familiaux concentreraient aujourd’hui une partie des rivalités autour du chef de l’État : d’un côté, le frère du président, Naoufel Saïed, avocat et ancien directeur de campagne de Kaïs Saïed ; de l’autre, l’entourage de son épouse Ichraf Chebil, notamment sa sœur Atika Chebil, magistrate et avocate.

Mondafrique estime que ces deux réseaux ne s’opposeraient pas principalement sur la nature du système politique, mais sur le contrôle de ses principaux leviers et, surtout, sur la question de la succession.

La primature au cœur des calculs

L’un des principaux enjeux identifiés par Mondafrique est celui de la présidence du gouvernement. Le média rappelle que la Constitution tunisienne de 2022 confère au chef du gouvernement un rôle particulier en cas de vacance temporaire de la présidence.

Dans ce contexte, le contrôle de la primature pourrait devenir un élément central des rapports de force autour de l’après-Saïed.

Selon l’enquête, Naoufel Saïed soutiendrait la ministre de la Justice, Leïla Jaffel, considérée par plusieurs observateurs cités par le média comme une personnalité importante de l’appareil présidentiel.

À l’inverse, Mondafrique affirme que le clan associé à la famille de la première dame défendrait la candidature du ministre de la Santé, Mustapha Ferjani. Celui-ci est présenté comme un médecin militaire ayant également occupé des fonctions de conseiller présidentiel.

Ces scénarios relèvent toutefois largement d’informations et d’analyses attribuées par Mondafrique à des sources et observateurs tunisiens. Le média souligne lui-même que certaines informations circulant dans les milieux politiques et judiciaires ne peuvent pas être confirmées de manière indépendante.

Les dossiers judiciaires, autre terrain de confrontation

La deuxième ligne de fracture concernerait les procédures de « règlement pénal », mécanisme officiellement destiné à récupérer des fonds issus de faits de corruption et à favoriser leur restitution à l’État.

Mondafrique affirme que ce dispositif serait devenu un instrument important dans les rapports de force entre les différents réseaux du pouvoir. Le média évoque notamment le cas de l’homme d’affaires Abdelaziz Makhloufi, arrêté en 2024 dans une affaire liée à la gestion d’une ferme domaniale et libéré en 2025 contre une importante caution.

Le site cite également d’autres dossiers impliquant des entrepreneurs et rapporte des accusations de pressions financières. Ces affirmations sont présentées comme provenant de récits recueillis dans les milieux judiciaires et économiques tunisiens et ne constituent pas, en elles-mêmes, des conclusions judiciaires établies.

Cette dimension judiciaire serait particulièrement importante dans le fonctionnement interne du pouvoir, chaque camp pouvant, selon Mondafrique, disposer de dossiers susceptibles de fragiliser ses adversaires.

Les nominations comme instrument de pouvoir

La bataille se jouerait également autour des nominations dans les ministères, les administrations et les entreprises publiques.

Le ministère de la Justice apparaît, dans le récit de Mondafrique, comme l’un des principaux points de tension. Le média évoque notamment une tentative attribuée à Atika Chebil de promouvoir l’avocat Hatem Belahmer à la tête du ministère, en remplacement de Leïla Jaffel.

Dans le même temps, Mondafrique rapporte qu’une procédure visant Atika Chebil aurait été engagée puis suspendue. Là encore, les éléments avancés reposent principalement sur des informations attribuées à des sources tunisiennes et ne doivent pas être assimilés à des faits judiciairement établis.

Cette situation est décrite par le média comme une forme d’équilibre précaire : chaque réseau disposerait de moyens de pression sur l’autre, ce qui compliquerait les arbitrages au sommet de l’État.

Une succession devenue une question politique centrale

Au-delà des rivalités personnelles, l’enquête de Mondafrique pose une question institutionnelle : que se passerait-il si une vacance du pouvoir présidentiel intervenait ?

Le média rapproche la situation actuelle de la fin du règne d’Habib Bourguiba, lorsque la question de la succession avait également été dominée par les interrogations sur la capacité du chef de l’État à exercer ses fonctions.

Cette comparaison doit cependant être maniée avec prudence. Les institutions tunisiennes, la Constitution et l’environnement politique de 2026 diffèrent profondément de ceux de 1987.

Mondafrique avance néanmoins l’idée que les rivalités actuelles pourraient être liées à la préparation de plusieurs scénarios pour l’après-Saïed : un arrangement entre les différents réseaux, une transition institutionnelle ou une aggravation des tensions sociales et politiques.

Les interrogations autour de la présidence

L’article revient également sur les périodes durant lesquelles Kaïs Saïed s’est fait plus discret publiquement. Mondafrique évoque notamment plusieurs apparitions présidentielles brèves en juillet 2026, tout en précisant que les informations faisant état d’une éventuelle incapacité du chef de l’État n’ont fait l’objet d’aucune confirmation officielle.

Ces spéculations sont donc à distinguer des faits établis concernant l’activité institutionnelle du président.

Pour Mondafrique, cependant, ces périodes d’absence et les interrogations qu’elles suscitent renforceraient les calculs au sein de son entourage.

Une question qui dépasse les clans

La principale conclusion de cette enquête est que la succession de Kaïs Saïed ne serait plus seulement une hypothèse institutionnelle à long terme, mais serait devenue un sujet de compétition au sein de son propre entourage.

La question dépasse ainsi les personnes citées. Elle renvoie au fonctionnement des institutions tunisiennes depuis le tournant politique de juillet 2021, aux relations entre le pouvoir exécutif et l’appareil judiciaire, au rôle de l’administration et des forces de sécurité, ainsi qu’à la capacité des institutions à organiser une éventuelle transition.

Selon Mondafrique, l’affrontement entre les différents réseaux pourrait donc constituer l’un des principaux facteurs d’incertitude politique en Tunisie dans la période à venir.

Il convient toutefois de rappeler que plusieurs des accusations et scénarios évoqués dans cette enquête reposent sur des témoignages, des informations de milieux politiques ou judiciaires et des analyses du média, et ne correspondent pas nécessairement à des faits définitivement établis par les autorités compétentes.

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