Cinq ans après le tournant politique du 25 juillet 2021, la Tunisie traverse une nouvelle période d’incertitude. Dans une enquête publiée le 4 août 2026, Mondafrique estime que les difficultés économiques, les tensions sociales et les interrogations autour de la succession de Kaïs Saïed fragilisent désormais le système politique instauré depuis cette date. Plusieurs des scénarios évoqués par le média restent toutefois hypothétiques et ne constituent pas des faits établis.
Le 25 juillet 2021 constitue toujours une date charnière dans l’histoire récente de la Tunisie. Ce jour-là, le président Kaïs Saïed avait annoncé la suspension des travaux du Parlement et le gel de ses activités, avant de concentrer progressivement les principaux pouvoirs exécutifs et institutionnels entre les mains de la présidence.
Cinq ans plus tard, Mondafrique dresse un bilan particulièrement critique de cette période. Dans son enquête signée par Sélim Jaziri, le média estime que les difficultés rencontrées durant l’été 2026 auraient ravivé les interrogations sur l’efficacité du système mis en place depuis 2021.
De la crise sanitaire à la crise des infrastructures
Pour comprendre le soutien dont Kaïs Saïed avait bénéficié au début de son tournant institutionnel, Mondafrique revient sur la situation de juillet 2021.
La Tunisie était alors confrontée à une grave crise sanitaire liée au Covid-19. Le système hospitalier connaissait de fortes tensions et une partie de la population exprimait son exaspération face aux difficultés économiques et à l’inefficacité perçue du gouvernement de l’époque.
Dans ce contexte, l’annonce du 25 juillet avait été accueillie favorablement par une partie de la population, qui voyait dans le président une possibilité de rupture avec une classe politique jugée incapable de répondre aux problèmes du pays. Mondafrique considère que cette période avait constitué le point de départ de la concentration progressive du pouvoir présidentiel.
Cinq ans plus tard, le média établit un parallèle avec une autre crise : celle des infrastructures essentielles confrontées aux conséquences d’un été marqué par des températures extrêmement élevées.
Les fortes chaleurs mettent les réseaux sous pression
Selon l’enquête de Mondafrique, les épisodes de chaleur de l’été 2026 ont mis en évidence plusieurs fragilités des infrastructures tunisiennes.
La hausse de la demande d’électricité liée notamment à l’utilisation massive des climatiseurs s’est produite alors que le système énergétique connaissait déjà des difficultés. Le média rapporte des délestages importants et des perturbations ayant affecté l’activité économique et certains services.
Les coupures d’électricité ont également eu des conséquences sur le réseau d’eau, les équipements de pompage de la SONEDE dépendant de l’alimentation électrique. Mondafrique rapporte ainsi des interruptions de l’approvisionnement en eau dans plusieurs régions.
Le média évoque également les incendies ayant touché plusieurs zones forestières du pays et les difficultés rencontrées par les autorités pour répondre simultanément aux différents épisodes de crise.
La colère sociale réapparaît
Ces difficultés ont, selon Mondafrique, contribué à une montée de la contestation dans plusieurs régions.
Le média fait notamment état de rassemblements nocturnes de jeunes et de barrages routiers improvisés dans certaines localités. Il cite également la situation de Gabès, où les habitants réclament depuis plusieurs années une réponse aux problèmes environnementaux liés aux installations du Groupe chimique tunisien.
Cette mobilisation illustre, selon l’analyse publiée par Mondafrique, l’écart entre les attentes suscitées par le changement politique de 2021 et les résultats obtenus cinq ans plus tard.
L’enquête cite notamment les difficultés rencontrées par les habitants de Gabès autour des émissions industrielles et du projet de déplacement de certaines installations. Ces éléments doivent toutefois être distingués de l’interprétation politique que le média en tire.
La question de la succession s’impose
L’un des principaux axes de l’article concerne surtout la succession de Kaïs Saïed.
Mondafrique rapporte qu’au mois de juillet des rumeurs avaient circulé concernant une éventuelle hospitalisation du président et son état de santé. Le chef de l’État est ensuite réapparu publiquement.
Ces rumeurs n’ont pas été confirmées officiellement et le média ne fournit pas d’élément permettant d’établir qu’une incapacité présidentielle aurait effectivement eu lieu. Elles ont néanmoins, selon Mondafrique, suffi à remettre au premier plan une question institutionnelle : que se passerait-il en cas de vacance du pouvoir ?
Cette interrogation est d’autant plus importante que la Constitution tunisienne de 2022 prévoit un mécanisme de succession présidentielle qui dépend notamment de la Cour constitutionnelle. Or, comme le souligne l’article, cette institution n’a pas été mise en place.
Plusieurs scénarios évoqués à Tunis
Mondafrique présente plusieurs hypothèses circulant dans les milieux politiques tunisiens.
Le président de l’Assemblée des représentants du peuple, Brahim Bouderbala, et la cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani, sont cités parmi les personnalités qui pourraient théoriquement jouer un rôle dans une période de transition.
Le média évoque également Mustapha Ferjani, ministre de la Santé et médecin militaire, ainsi que l’hypothèse d’une implication plus importante de responsables militaires dans une éventuelle période de transition.
Ces scénarios sont toutefois présentés par Mondafrique comme des hypothèses et des informations circulant à Tunis, et non comme des décisions arrêtées ou annoncées par les institutions tunisiennes.
Le média cite aussi le nom de Kamel Ghribi, homme d’affaires italo-tunisien, qui aurait été évoqué par certains médias italiens comme une personnalité susceptible de jouer un rôle dans une éventuelle transition. Là encore, aucune nomination ou désignation officielle n’est rapportée.
Le rôle des partenaires étrangers
La question tunisienne ne serait par ailleurs pas uniquement déterminée par les acteurs politiques nationaux.
Mondafrique estime que plusieurs partenaires étrangers ont des intérêts directs dans l’évolution du pays. L’Italie est notamment présentée comme particulièrement attentive à la coopération migratoire et aux perspectives d’investissement.
Le média évoque également le rôle de l’Algérie, qui chercherait avant tout à préserver la stabilité de son voisin, ainsi que les intérêts des États-Unis en Méditerranée et en Libye.
Les positions attribuées par Mondafrique à ces différents pays relèvent toutefois de l’analyse du média et ne doivent pas être présentées comme des décisions officielles concernant une éventuelle succession présidentielle.
Une équation économique particulièrement difficile
Au-delà de la succession politique, l’enquête insiste sur l’ampleur des défis économiques auxquels serait confrontée toute future équipe dirigeante.
Mondafrique cite notamment l’évolution de la dette publique, l’endettement des entreprises publiques et la situation financière de la STEG.
Le média reprend notamment des données selon lesquelles l’endettement des entreprises publiques représenterait une part considérable du PIB lorsqu’il est additionné aux engagements de l’État. Il souligne également les difficultés financières de la compagnie nationale d’électricité et le poids croissant des subventions énergétiques.
Ces problèmes ne sont pas nouveaux et dépassent largement le seul mandat de Kaïs Saïed. Ils constituent cependant, selon l’analyse publiée par Mondafrique, l’un des principaux obstacles auxquels serait confrontée toute transition politique.
Le dilemme des réformes
Pour le média, la future équipe dirigeante devrait simultanément s’attaquer aux entreprises publiques, aux subventions, à la fiscalité, au système bancaire, à l’investissement et au modèle agricole.
Or, plusieurs de ces réformes risqueraient d’avoir un coût social important à court terme.
La restructuration des entreprises publiques pourrait notamment entraîner des suppressions de postes, tandis qu’une réduction des subventions énergétiques ou une modification des prix administrés pèserait sur le pouvoir d’achat.
Mondafrique pose ainsi une question centrale : quel responsable politique disposerait à la fois de la légitimité et des capacités nécessaires pour mener des réformes aussi impopulaires ?
Une opposition affaiblie
Cette interrogation se pose également dans un contexte où l’opposition politique apparaît fragmentée.
Dans un autre volet de sa série consacrée à la Tunisie, Mondafrique estime que les formations politiques ont été affaiblies à la fois par les poursuites judiciaires engagées depuis 2023 et par le discrédit accumulé au cours de la décennie ayant suivi la révolution de 2011.
Selon cette analyse, même une éventuelle réouverture du jeu politique ne garantirait donc pas automatiquement l’émergence d’une alternative structurée.
Le problème serait ainsi double : une crise du système politique actuel et une difficulté à identifier une force capable de proposer un projet institutionnel et économique alternatif.
Cinq ans après, une nouvelle phase d’incertitude
L’analyse de Mondafrique aboutit finalement à un constat : les événements de l’été 2026 auraient replacé au centre du débat tunisien deux questions longtemps distinctes, celle de la capacité de l’État à répondre aux crises et celle de l’avenir du pouvoir présidentiel.
Les coupures d’électricité et d’eau, les difficultés économiques et les tensions sociales constituent des problèmes concrets. Les scénarios concernant la succession de Kaïs Saïed restent, eux, largement hypothétiques.
Le point commun entre ces deux dimensions est cependant la question de la capacité des institutions tunisiennes à assurer la continuité de l’État face à une crise majeure.
Cinq ans après le 25 juillet 2021, le débat tunisien ne porte donc plus seulement sur le bilan de cette rupture politique. Il concerne également les conditions d’une éventuelle transition et la capacité du pays à répondre simultanément à ses défis institutionnels, économiques et sociaux.
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