France-Algérie : comment sortir d’une crise devenue structurelle ?

Les relations entre Paris et Alger traversent une période de fortes tensions, marquée par les désaccords diplomatiques, les questions migratoires et le dossier du Sahara occidental. Pour RFI, cette crise ne pourra être dépassée qu’en revenant aux sujets de fond et en sortant d’une logique de réactions successives.

Les relations entre la France et l’Algérie restent confrontées à une crise profonde. Dans son émission Géopolitique, diffusée le 19 septembre 2026, RFI a consacré un débat à la question : « France-Algérie : comment sortir du blocage ? ». L’émission réunissait l’historien Pierre Vermeren et l’ancien ambassadeur Michel Duclos, conseiller spécial à l’Institut Montaigne.

Selon RFI, les tensions actuelles s’inscrivent dans une relation bilatérale marquée à la fois par le poids de l’histoire coloniale, les difficultés de la réconciliation mémorielle et une succession de crises diplomatiques depuis 2024. Parmi les dossiers évoqués figurent notamment les visas, les échanges économiques, les questions migratoires et la décision française de reconnaître la position marocaine concernant le Sahara occidental.

Une relation bilatérale sous tension

L’émission rappelle que les relations entre Paris et Alger ont connu plusieurs phases depuis l’indépendance algérienne en 1962. Après une période de coopération étroite dans les années 1960 et 1970, les relations se sont progressivement complexifiées, notamment à partir des années 1990.

Pour Pierre Vermeren, cette relation conserve une dimension particulière en raison du poids de l’histoire et de la difficulté des deux États à solder certains contentieux. L’historien estime que les efforts français successifs en faveur d’une réconciliation n’ont pas permis de stabiliser durablement la relation.

Michel Duclos adopte une lecture différente. Plutôt que de parler d’une relation « pathologique », il considère qu’il s’agit surtout d’une relation fortement marquée par l’émotion et par des choix stratégiques divergents. Selon lui, Alger a notamment cherché à diversifier ses partenariats politiques, économiques et stratégiques.

Cette différence d’analyse constitue l’un des principaux intérêts du débat proposé par RFI : les deux intervenants constatent la profondeur de la crise, mais ne l’expliquent pas exactement de la même manière.

Le Sahara occidental au cœur du contentieux

Le dossier du Sahara occidental constitue l’un des principaux points de rupture entre Paris et Alger.

La décision française de reconnaître la position marocaine sur le territoire a profondément affecté les relations avec l’Algérie. Dans l’émission de RFI, Pierre Vermeren estime que cette évolution s’inscrit dans une bataille diplomatique menée depuis plusieurs décennies par Rabat pour obtenir davantage de soutiens internationaux à sa position.

Michel Duclos apporte une autre lecture. Il rappelle que la France avait traditionnellement soutenu le Maroc sur ce dossier sans aller jusqu’à une reconnaissance explicite de la souveraineté marocaine. Selon lui, l’évolution française doit également être replacée dans le contexte du rapprochement progressif de plusieurs puissances occidentales avec Rabat.

Le dossier saharien dépasse ainsi largement le cadre franco-algérien. Il touche aux relations entre le Maroc et l’Algérie, mais également aux équilibres diplomatiques au sein de l’Union européenne et du Conseil de sécurité des Nations unies.

Migration et coopération : les dossiers les plus sensibles

Au-delà du Sahara occidental, plusieurs dossiers concrets continuent de peser sur les relations bilatérales.

RFI cite notamment la question des obligations de quitter le territoire français (OQTF), les discussions autour de l’accord franco-algérien de 1968 et le rôle de la Grande Mosquée de Paris dans les relations entre les deux pays. Ces questions se trouvent au croisement des considérations diplomatiques, migratoires et politiques françaises.

La migration occupe une place particulière dans cette relation. Les liens humains entre les deux pays restent considérables, tandis que la communauté algérienne et franco-algérienne constitue un élément important de la relation bilatérale.

Cette interdépendance contraste avec la dégradation des relations politiques. Elle explique également pourquoi les crises diplomatiques ont des répercussions qui dépassent les seuls gouvernements.

Sortir de la logique de confrontation

Pour Michel Duclos, l’un des enjeux consiste précisément à éviter que chaque nouvel incident ne provoque une nouvelle détérioration de la relation.

L’ancien ambassadeur défend, dans le débat retranscrit par RFI, l’idée d’une approche davantage centrée sur les dossiers de fond. Il estime que Paris devrait éviter de répondre systématiquement aux événements au coup par coup et chercher plutôt à identifier quelques domaines dans lesquels une coopération reste possible.

Cette approche supposerait notamment de distinguer les désaccords stratégiques des domaines où les intérêts des deux pays peuvent converger.

Car malgré les tensions, la France et l’Algérie restent liées par des intérêts économiques, humains, sécuritaires et diplomatiques importants. Les deux pays ont également intérêt à préserver des canaux de dialogue, notamment sur les questions régionales.

Une relation appelée à rester complexe

Le débat diffusé par RFI montre finalement que la sortie de crise ne dépend pas uniquement d’une décision diplomatique ponctuelle. Elle implique également de traiter plusieurs contentieux accumulés au fil des années.

L’histoire, le Sahara occidental, les migrations, les visas, les échanges économiques et les relations avec les autres puissances du Maghreb constituent autant de dossiers susceptibles de provoquer de nouvelles tensions.

Pour RFI, la question n’est donc pas seulement de savoir comment rétablir le dialogue entre Paris et Alger, mais aussi comment construire une relation suffisamment stable pour que chaque désaccord ne débouche pas sur une nouvelle crise.

L’émission du 19 septembre 2026 souligne ainsi une contradiction centrale : alors que les intérêts communs demeurent nombreux, les deux États continuent d’entretenir une relation diplomatique fragile, dans laquelle les questions historiques et les choix géopolitiques pèsent lourdement sur les dossiers bilatéraux.

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