Les coupures et perturbations de l’approvisionnement en eau potable se multiplient en Tunisie sous l’effet conjugué de la chaleur, du stress hydrique et de réseaux vieillissants. Dans une analyse publiée par Révolution Permanente, la crise de l’eau est présentée comme le symptôme d’un malaise social plus large, marqué par les inégalités territoriales et les difficultés économiques.
La question de l’eau s’impose une nouvelle fois parmi les principales préoccupations sociales en Tunisie. Durant l’été 2026, plusieurs régions du pays ont connu des interruptions de distribution, alors que les températures exceptionnellement élevées ont accentué la pression sur les ressources et les infrastructures.
Dans son analyse consacrée à la crise de l’eau, Révolution Permanente considère que ces difficultés ne peuvent pas être réduites à un simple problème climatique. Le média établit un lien entre le stress hydrique, l’état des infrastructures publiques et une situation sociale déjà fragilisée.
Cette interprétation s’inscrit toutefois dans une lecture politique assumée par le média. Les données disponibles auprès des autorités et des organismes spécialisés permettent, elles, de distinguer plusieurs facteurs objectifs à l’origine des perturbations.
Une pression hydrique qui demeure importante
La Tunisie reste particulièrement exposée au stress hydrique. Les ressources disponibles sont soumises à la sécheresse, à l’augmentation des températures et à une demande croissante, notamment dans l’agriculture.
L’été 2026 a toutefois présenté une situation contrastée. Les précipitations de la saison précédente avaient permis une amélioration sensible du niveau des barrages. À la fin du mois de juin, leur taux moyen de remplissage avoisinait 59 %, contre environ 41 % à la même période de 2025.
Cette amélioration ne signifie pas pour autant que les difficultés d’approvisionnement ont disparu. Certaines régions, notamment dans le Sahel, restent fortement dépendantes d’ouvrages dont les réserves demeurent faibles.
Le barrage de Nebhana constitue ainsi l’un des principaux points de tension pour l’approvisionnement de plusieurs zones du centre-est du pays.
La chaleur accélère les pertes
L’un des facteurs aggravants de l’été 2026 a été la succession de vagues de chaleur.
Selon les données citées par La Presse de Tunisie, l’évaporation des réserves hydriques a dépassé un million de mètres cubes par jour lors des périodes de forte chaleur, contre environ 500 000 à 600 000 mètres cubes durant les périodes estivales habituelles. Sur une période de dix jours fin juillet, les pertes par évaporation auraient dépassé sept millions de mètres cubes.
Cette situation illustre la vulnérabilité d’un pays où les ressources hydriques sont déjà limitées.
Le changement climatique ne constitue toutefois qu’une partie du problème. L’état des réseaux de distribution joue également un rôle important dans les difficultés rencontrées par les usagers.
Des infrastructures vieillissantes
Le réseau tunisien d’eau potable repose sur des infrastructures dont une partie est ancienne.
Selon des données communiquées par la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (SONEDE), le réseau de canalisations s’étend sur environ 59 000 kilomètres, dont une grande partie a plus de 40 ans. Les pannes, les travaux de maintenance et les fuites peuvent donc perturber régulièrement la distribution.
À cela s’ajoutent les problèmes d’alimentation électrique.
La SONEDE exploite près de 1 500 stations de pompage ainsi qu’environ 1 200 puits profonds dépendant du réseau électrique. Les coupures de courant peuvent donc provoquer indirectement des interruptions de distribution d’eau.
Cette interaction entre les réseaux électrique et hydraulique constitue l’une des caractéristiques importantes de la crise actuelle.
Le rationnement touche certaines régions
Dans plusieurs territoires, les difficultés ont conduit à la mise en place de mesures de rationalisation.
Dans le Sahel, notamment à Sousse, Monastir et Mahdia, un système de distribution nocturne a été appliqué durant certaines périodes afin de préserver les réserves disponibles et d’assurer l’approvisionnement pendant les heures de forte consommation.
Ces mesures ont une conséquence directe sur les populations. Les interruptions répétées compliquent les activités quotidiennes, particulièrement dans les quartiers périphériques et les zones où la pression du réseau est déjà faible.
La question de l’accès à l’eau prend ainsi une dimension sociale et territoriale : les conséquences ne sont pas identiques selon les régions, les infrastructures disponibles et la proximité des principales ressources.
Une crise qui nourrit les mobilisations sociales
La multiplication des perturbations a également entraîné des protestations locales.
Selon l’Observatoire tunisien de l’eau, 608 signalements ont été enregistrés au mois de juillet 2026, dont 549 concernant des coupures non annoncées ou des perturbations de l’approvisionnement en eau potable. L’organisme a également recensé 34 mouvements de protestation liés à la crise de l’eau durant le mois, contre 23 en juin.
Ces chiffres donnent une indication de l’importance prise par la question dans le débat social.
Pour Révolution Permanente, ces mobilisations traduisent plus largement une contestation des inégalités dans l’accès aux services publics. Le média établit un lien entre la crise hydrique et les difficultés sociales auxquelles sont confrontées certaines catégories de la population.
Cette lecture relève cependant de l’analyse éditoriale du média et ne constitue pas, en elle-même, une conclusion établie sur les causes politiques des perturbations.
Le monde rural particulièrement exposé
La question de l’eau est également étroitement liée à l’agriculture tunisienne.
Une grande partie des ressources hydriques du pays est consacrée à l’irrigation, tandis que les agriculteurs doivent faire face à des périodes de sécheresse plus fréquentes et à une augmentation des températures.
Cette situation crée une tension entre plusieurs usages : eau potable, agriculture, industrie et activités touristiques.
Les difficultés sont particulièrement sensibles dans les régions intérieures et rurales, où l’accès aux infrastructures hydrauliques peut être plus limité. La question de l’eau devient ainsi également une question d’aménagement du territoire.
Le dessalement au cœur de la stratégie gouvernementale
Face à ces difficultés, les autorités tunisiennes misent notamment sur le dessalement et le transfert des ressources entre régions.
Un conseil ministériel consacré à l’eau en juin 2026 a annoncé plusieurs mesures visant à renforcer l’approvisionnement, développer les ressources non conventionnelles, améliorer les réseaux et accélérer les projets de transfert d’eau.
La station de dessalement de Sfax, inaugurée en juin, doit notamment contribuer à renforcer l’approvisionnement de la région. Sa capacité initiale est annoncée à 100 000 mètres cubes par jour, avec une possibilité d’extension à 250 000 mètres cubes.
D’autres projets concernent le transfert d’eau depuis les régions du Nord vers le Centre ainsi que la modernisation des réseaux de distribution.
Ces investissements montrent que les autorités reconnaissent le caractère structurel du problème, même si leur réalisation et leur efficacité dépendront de leur calendrier de mise en œuvre.
L’eau en bouteille, autre symptôme de la crise
La crise hydrique a également eu des répercussions sur le marché de l’eau minérale.
Durant l’été, la demande d’eau conditionnée a fortement augmenté sous l’effet des températures élevées. La Chambre nationale syndicale des producteurs de boissons non alcoolisées a expliqué que cette hausse avait contribué à réduire les stocks disponibles. Les perturbations de l’électricité et de la production ont également compliqué l’approvisionnement.
Cette situation a parfois donné lieu à des comportements de stockage ou à des tensions dans les points de vente.
La pénurie ponctuelle d’eau en bouteille ne doit toutefois pas être confondue avec une pénurie généralisée des ressources hydriques : les deux phénomènes répondent à des mécanismes différents, même s’ils peuvent être aggravés simultanément par les épisodes de chaleur.
Une crise climatique, mais aussi une question de modèle
L’analyse publiée par Révolution Permanente met finalement l’accent sur une dimension politique et sociale de la crise. Selon le média, les difficultés d’accès à l’eau révèlent les limites d’un modèle dans lequel les infrastructures publiques doivent répondre à une pression croissante sur les ressources.
Les données disponibles permettent de constater, indépendamment de cette lecture politique, que la Tunisie doit faire face simultanément à plusieurs défis : raréfaction des ressources, épisodes de chaleur extrême, vieillissement des réseaux, consommation agricole importante et fortes disparités territoriales.
La crise de l’eau apparaît donc comme un problème à plusieurs dimensions.
Elle est environnementale parce que le changement climatique accentue la pression sur les ressources. Elle est technique en raison de l’état de certaines infrastructures. Elle est économique en raison du coût considérable des investissements nécessaires. Elle est enfin sociale lorsque les interruptions d’approvisionnement touchent de manière répétée les populations.
Vers une crise durable ?
L’été 2026 montre surtout que l’amélioration temporaire du niveau des barrages ne suffit pas à régler durablement le problème.
Même lorsque les réserves augmentent, les fortes chaleurs peuvent accélérer l’évaporation et les défaillances des réseaux peuvent empêcher une distribution régulière.
La réponse tunisienne repose désormais sur plusieurs axes : dessalement, transfert d’eau, rénovation des canalisations, réduction des pertes, mobilisation des eaux non conventionnelles et amélioration de la gestion des ressources.
Mais derrière ces projets se pose une question plus large : comment garantir durablement l’accès à l’eau dans un pays confronté à une pression climatique croissante tout en réduisant les inégalités entre régions ?
C’est sur ce terrain que la crise hydrique rejoint la crise sociale. L’eau n’est plus seulement une question environnementale ou technique. Elle devient un enjeu quotidien de pouvoir d’achat, de santé, d’activité économique et d’égalité territoriale.
#Tunisie #Tunisie_eau
Soyez le premier à commenter