La Tunisie figure toujours parmi les pays accusant un retard important dans la réalisation de leur consultation au titre de l’Article IV du FMI. Pour Sadok Rouai, ancien cadre de la Banque centrale de Tunisie et ancien conseiller auprès du conseil d’administration du Fonds, cette situation dépasse désormais le simple retard administratif et constitue un signal sur l’état des relations entre Tunis et l’institution financière internationale.
La publication par le Fonds monétaire international de sa « liste négative » a relancé le débat sur les relations entre la Tunisie et l’institution de Washington.
Dans une tribune publiée le 2 septembre 2026 par Business News, Sadok Rouai analyse la présence prolongée de la Tunisie sur cette liste et estime qu’elle doit être considérée comme davantage qu’un indicateur administratif. Selon lui, l’évolution de cette liste peut fournir des indications sur la profondeur de la rupture entre certains États et le FMI.
L’auteur précise toutefois lui-même que cette liste ne constitue pas un indicateur mécanique de la situation politique d’un pays. Son analyse relève donc d’une interprétation de l’évolution des relations entre les États concernés et le Fonds.
Une consultation de l’Article IV toujours en attente
La consultation au titre de l’Article IV constitue un mécanisme régulier par lequel le FMI examine la situation économique et financière de ses pays membres.
Selon les données rappelées par Sadok Rouai, la dernière consultation de la Tunisie a été conclue par le conseil d’administration du FMI le 17 février 2021.
La consultation suivante aurait normalement dû être conclue au plus tard en mai 2022, après prise en compte du délai de grâce prévu par le Fonds.
Au 30 juin 2026, date de référence de la liste publiée en août, la Tunisie accusait ainsi un retard de 49 mois par rapport à cette échéance. Depuis la dernière consultation effectivement conclue, plus de cinq ans s’étaient écoulés.
C’est cette durée qui constitue le principal élément mis en avant par l’ancien responsable de la Banque centrale.
Une « liste négative » qui n’est pas un classement économique
La dénomination de « liste négative » pourrait laisser penser à un classement des pays connaissant les situations économiques les plus difficiles. Il n’en est rien.
Le dispositif du FMI concerne les pays dont la consultation au titre de l’Article IV accuse un retard particulièrement important.
Sadok Rouai rappelle qu’il a participé en 2012 aux discussions ayant conduit à la création de cette politique. L’objectif était alors d’éviter une forme de « name and shame » systématique des États membres et de ne rendre publics que les cas présentant des retards particulièrement longs.
La présence d’un pays sur cette liste ne signifie donc pas, à elle seule, qu’il traverse une crise économique plus grave qu’un autre État.
Elle indique avant tout que le cycle normal de surveillance avec le FMI n’a pas été respecté pendant une période particulièrement longue.
La Tunisie dans une situation particulière
C’est précisément la situation tunisienne qui retient l’attention de Sadok Rouai.
L’auteur compare la Tunisie à plusieurs autres pays figurant ou ayant figuré récemment sur la liste, notamment le Venezuela, la Syrie et le Yémen.
Ces États présentent des situations politiques, économiques et institutionnelles très différentes. Certains ont néanmoins connu récemment une reprise progressive des contacts avec le FMI après plusieurs années d’interruption.
Le Venezuela, par exemple, a repris ses relations avec le Fonds en 2026 après une interruption particulièrement longue. La Syrie a également vu les contacts avec l’institution reprendre progressivement, tandis que le Yémen a pu achever une nouvelle consultation au titre de l’Article IV en mars 2026.
Ces évolutions montrent que la présence sur la liste n’est pas nécessairement définitive et qu’un État peut en sortir lorsque les conditions permettant de renouer avec le FMI sont réunies.
Des évolutions dans les deux sens
La composition de la liste évolue régulièrement.
Selon les informations rapportées par Business News, le Liban y est entré tandis que l’Argentine et le Yémen en sont sortis entre les différentes éditions examinées.
Le cas du Yémen est particulièrement significatif dans l’analyse de Sadok Rouai. Sa sortie ne signifie pas que les problèmes politiques ou sécuritaires du pays ont disparu. Elle résulte plutôt de la reprise progressive de la coopération avec le FMI et de l’amélioration des capacités institutionnelles et statistiques permettant de réaliser une nouvelle consultation.
Cette distinction est importante : sortir de la liste ne signifie pas nécessairement que la situation générale d’un pays est redevenue normale.
Une dimension politique selon l’auteur
C’est sur ce terrain que la tribune prend une dimension politique.
Sadok Rouai estime que la durée du retard tunisien ne peut plus être considérée comme un simple problème technique. Il considère que l’absence prolongée de consultation traduit une rupture durable avec le Fonds et relève principalement d’un choix politique.
Cette conclusion appartient à l’auteur de la tribune et ne constitue pas une position officiellement exprimée par le FMI.
Le FMI, de son côté, utilise la consultation de l’Article IV comme un mécanisme de surveillance prévu dans le cadre de ses statuts. La durée du retard constitue donc un fait institutionnel, tandis que son interprétation politique fait l’objet d’analyses différentes.
Le contexte de la relation Tunisie-FMI
La question intervient dans un contexte particulier.
La Tunisie avait conclu en octobre 2022 un accord préliminaire avec le FMI portant sur un programme de financement de près de 1,9 milliard de dollars. Cet accord n’a toutefois pas abouti à un programme effectivement mis en œuvre, dans un contexte de désaccords sur les réformes envisagées et de changements dans la position des autorités tunisiennes.
Depuis, Tunis a privilégié une approche davantage fondée sur ses propres ressources et sur le financement intérieur.
Cette évolution a contribué à éloigner progressivement les autorités tunisiennes du cadre de coopération financière envisagé avec le FMI.
Une relation qui dépasse la question du financement
La consultation de l’Article IV ne doit toutefois pas être confondue avec un programme de prêt.
Un pays peut faire l’objet d’une consultation au titre de l’Article IV sans demander de financement au FMI.
C’est justement pourquoi la situation actuelle attire l’attention : le problème ne concerne pas seulement l’absence d’un nouveau programme financier, mais également l’interruption prolongée d’un mécanisme institutionnel de dialogue et de surveillance économique.
Pour Sadok Rouai, cette distinction renforce la portée symbolique de la présence de la Tunisie sur la liste.
Un signal à interpréter avec prudence
La tribune publiée par Business News invite donc à considérer la « liste négative » comme un indicateur indirect de la relation entre un État et le FMI.
Mais plusieurs précautions sont nécessaires.
La liste ne mesure ni la santé économique d’un pays, ni sa stabilité politique, ni son niveau de développement. Elle mesure principalement le retard accumulé dans la réalisation des consultations prévues par les statuts du Fonds.
La comparaison entre les pays doit également être maniée avec prudence. Le Venezuela, la Syrie, le Yémen ou la Tunisie connaissent des trajectoires politiques et économiques très différentes.
La présence simultanée de ces pays sur une même liste ne signifie donc pas qu’ils connaissent des situations comparables.
Pour Tunis, la question reste ouverte
La principale interrogation concerne désormais la durée de cette situation.
Si aucune reprise de la consultation de l’Article IV n’intervient, le retard de la Tunisie continuera mécaniquement à augmenter.
Selon l’analyse de Sadok Rouai, cette prolongation pourrait progressivement donner davantage de visibilité politique à une situation initialement conçue comme un mécanisme administratif.
La question est donc moins celle d’un éventuel « classement » de la Tunisie que celle de la persistance d’un éloignement institutionnel avec le FMI.
Pour les autorités tunisiennes, l’enjeu consiste désormais à déterminer si elles souhaitent renouer avec ce mécanisme de dialogue, indépendamment de la question d’un éventuel programme de financement.
La « liste négative » apparaît ainsi comme le symptôme d’une relation institutionnelle qui demeure en suspens depuis plusieurs années. Sa portée économique reste limitée en tant que telle, mais sa durée donne au dossier une dimension politique et diplomatique que les autorités tunisiennes devront tôt ou tard prendre en considération.
#Tunisie #TunisieFMI
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