Dans une analyse publiée en septembre 2026 sur ResearchGate, le professeur Carlos Ruiz Miguel défend une rupture avec ce qu’il considère comme la politique espagnole de rapprochement avec le Maroc. Il présente les tensions autour de Ceuta, du Sahara Occidental, de l’immigration et des relations économiques comme les symptômes d’une stratégie qu’il juge défavorable aux intérêts espagnols.
Dans une contribution intitulée « Marruecos contra España: la necesaria decisión política », publiée le 22 septembre 2026 sur ResearchGate, le juriste et professeur Carlos Ruiz Miguel livre une analyse particulièrement sévère des relations entre Madrid et Rabat.
Dès le début de son texte, l’auteur pose sa thèse centrale : « Le Royaume du Maroc est un ennemi de l’Espagne », estimant que la politique extérieure espagnole menée à l’égard de Rabat depuis plusieurs décennies aurait été négative pour les intérêts espagnols. Il appelle ainsi à un changement profond de l’approche de Madrid.
Ceuta au cœur du raisonnement
Carlos Ruiz Miguel fait de la crise de Ceuta de juillet 2026 le point de départ de son analyse. Il qualifie les événements du 30 juillet d’attaque contre le territoire espagnol et les interprète comme une forme de « guerre hybride », estimant que les flux migratoires peuvent, dans certaines circonstances, être utilisés comme instrument de pression politique.
L’auteur établit également un parallèle avec la crise migratoire de mai 2021 à Ceuta. Selon lui, les événements de 2026 auraient combiné une pression sur Ceuta et une action de diversion autour de Melilla.
Cette interprétation constitue toutefois une lecture politique de l’auteur et ne doit pas être confondue avec une attribution officiellement établie par les autorités espagnoles.
Une critique de trois décennies de politique espagnole
L’analyse remonte ensuite aux années 1980. Ruiz Miguel situe sous les gouvernements de Felipe González le début de ce qu’il décrit comme une politique espagnole de rapprochement avec Rabat.
Il cite notamment le traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération signé entre l’Espagne et le Maroc en 1991, entré en vigueur en 1993, ainsi que la stratégie d’interdépendance économique développée entre les deux pays.
Selon son analyse, cette politique aurait favorisé l’implantation d’entreprises espagnoles au Maroc et certaines délocalisations industrielles. Il cite notamment les secteurs du textile, de l’agriculture, du transport et de l’automobile.
Ruiz Miguel établit également un lien avec le dossier du Sahara Occidental. Il revient sur les accords de Madrid de novembre 1975 et sur la question de Fosbucraa, avant de critiquer ce qu’il considère comme les conséquences à long terme des choix effectués par Madrid à l’époque.
Le tournant de 2022 sur le Sahara Occidental
L’auteur s’inscrit également dans le débat sur le changement de position espagnole concernant le Sahara Occidental.
En mars 2022, le gouvernement de Pedro Sánchez avait affirmé que la proposition marocaine d’autonomie constituait la base « la plus sérieuse, crédible et réaliste » pour résoudre le différend. Cette évolution avait marqué une rupture avec la position traditionnelle de Madrid sur le processus de décolonisation du territoire.
Pour Ruiz Miguel, ce changement s’inscrit dans une politique plus large de rapprochement avec Rabat qu’il remet aujourd’hui en question.
Immigration, économie et dépendance
Une partie importante de l’article est consacrée à l’immigration. Ruiz Miguel soutient que les flux migratoires peuvent constituer, dans certaines circonstances, un instrument de « guerre hybride ». Il évoque également les conséquences économiques, sociales et sécuritaires qu’il associe à l’immigration marocaine en Espagne.
Certaines de ses affirmations, notamment celles concernant la criminalité, les prestations sociales ou l’utilisation de l’immigration comme instrument organisé par l’État marocain, relèvent cependant de son interprétation et nécessiteraient des données indépendantes pour être établies comme des faits.
L’auteur critique également la politique commerciale et industrielle espagnole, estimant que l’ouverture économique avec le Maroc aurait contribué à une concurrence accrue pour certains secteurs de l’économie espagnole, notamment l’agriculture, l’industrie, le tourisme et l’élevage.
Une remise en cause de la stratégie de Madrid
Au-delà de la polémique sur Ceuta ou de la question migratoire, l’étude de Carlos Ruiz Miguel pose donc une question plus large : l’interdépendance économique et diplomatique avec Rabat constitue-t-elle réellement une garantie de stabilité pour l’Espagne ?
L’auteur répond négativement et plaide pour une réorientation complète de la politique espagnole envers le Maroc.
Son texte intervient dans un contexte particulièrement sensible pour les relations hispano-marocaines, marqué à la fois par la coopération économique, la question migratoire, les enjeux liés à Ceuta et Melilla et le changement de position de Madrid sur le Sahara Occidental.
L’article constitue ainsi une contribution clairement engagée au débat espagnol sur la relation avec Rabat. Ses conclusions et plusieurs de ses interprétations appartiennent à son auteur et doivent être distinguées des faits officiellement établis ou documentés par les autorités espagnoles et les organisations internationales.
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