Le Makhzen à Gaza : Sous-traitance sécuritaire ou mercenariat géopolitique ?

Par la rédactionÀ la tribune de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations Unies, la diplomatie marocaine a franchi un cap stratégique majeur. En officialisant l’engagement du Royaume au sein de la future « force internationale de stabilisation » dans la bande de Gaza, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a confirmé ce que plusieurs observateurs pressentaient : l’alignement sécuritaire du régime de Rabat sur l’axe Washington-Tel Aviv s’incarne désormais sur le terrain opérationnel.

En revendiquant la direction d’un « programme de lutte contre l’extrémisme » à Gaza, le Makhzen ne se contente plus de jouer les médiateurs diplomatiques. Il s’impose comme un acteur central du dispositif sécuritaire post-conflit.Un déploiement inédit dans le monde arabe

Le Maroc devient ainsi le premier État arabe à engager ouvertement des moyens humains et logistiques d’envergure dans la gestion sécuritaire de l’après-guerre à Gaza. Dès le début de l’année 2024, Rabat posait les jalons de cette présence en évoquant l’envoi de forces de police et de cadres militaires.

La déclaration à l’ONU acte l’opérationnalisation de ce plan : * Déploiement d’officiers de haut rang au sein des structures de commandement de la force internationale. * Formation et encadrement des nouvelles forces de police locales. *

Soutien médical et logistique via l’installation d’un hôpital militaire de campagne

.Si la communication officielle vante une contribution à la paix et à la reconstruction, les critiques y voient une prise en charge directe du maintien de l’ordre sous supervision internationale et israélienne.

L’expertise sécuritaire comme produit d’exportationL’annonce d’un programme ciblé de « lutte contre l’extrémisme » soulève de vives inquiétudes quant à la nature des méthodes qui seront appliquées. En exportant son savoir-faire en matière de contrôle social, de fichage et de surveillance territoriale, le régime marocain met à disposition un appareil sécuritaire rodé à la neutralisation des contestations internes.

Pour les détracteurs de cette initiative, l’objectif affiché de « stabilisation » masque mal une volonté d’encadrer étroitement la population gazaouie et d’étouffer toute forme de résistance politique ou armée.

Le grand écart du Comité Al-QodsCe positionnement crée un contraste saisissant avec le rôle historique revendiqué par la monarchie marocaine. Présidé par le roi Mohammed VI, le Comité Al-Qods est censé préserver le statut de Jérusalem et soutenir les droits des Palestiniens.

Aujourd’hui, le double jeu diplomatique atteint ses limites : * Sur le plan symbolique : Des discours de solidarité envers la cause palestinienne et une aide humanitaire ponctuelle. * Sur le plan stratégique : Une intégration poussée aux architectures de sécurité régionales définies par les États-Unis et Israël.

Cette dualité montre que la cause palestinienne est désormais intégrée à une logique de négociation globale.

La doctrine du « Sahara d’abord »Au cœur de cette trajectoire se trouve une priorité absolue pour le Trône : la consolidation de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Depuis la signature des accords d’Abraham sous l’administration Trump, la diplomatie marocaine applique une doctrine pragmatique où chaque concession sécuritaire au Proche-Orient trouve sa contrepartie : * Acquisition de matériel militaire de pointe (drones de reconnaissance et d’attaque, systèmes de défense aérienne).

Renforcement des partenariats stratégiques avec les membres de l’OTAN. *

Consolidation des reconnaissances internationales de la marocanité du Sahara.

Dans cette équation géopolitique, l’engagement à Gaza apparaît comme la monnaie d’échange nécessaire pour pérenniser ces acquis sécuritaires et diplomatiques.Une fracture historiqueEn choisissant la tribune des Nations Unies pour officialiser son rôle de « gendarme » de la stabilisation à Gaza, le régime marocain assume publiquement un basculement historique. En s’insérant directement dans l’administration des conséquences de la guerre, Rabat lie durablement son avenir géopolitique aux orientations sécuritaires de ses alliés occidentaux. Une décision pragmatique pour les partisans du régime, un reniement stratégique aux conséquences lourdes pour ses opposants.

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