Le Maghreb traverse une période de fortes turbulences géopolitiques. Porté par une rivalité exacerbée entre Alger et Rabat, l’instabilité s’étend désormais au Sahel et ravive les frictions diplomatiques sur la rive méditerranéenne, notamment avec l’Espagne.
Une rivalité maroco-algérienne en pleine surenchère
L’atmosphère stratégique en Afrique du Nord n’a rarement été aussi tendue. Au cœur de cette instabilité se trouve l’antagonisme historique entre le Maroc et l’Algérie, réactivé depuis la fin de l’année 2020 par le conflit du Sahara occidental. La normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv — favorisée par les accords d’Abraham — a profondément modifié l’équilibre des forces. Fort de cette alliance sécuritaire avec Israël, le Maroc a renforcé son emprise sur le territoire sahraoui.
Face à ce qu’elle perçoit comme une menace directe à ses frontières, l’Algérie a rompu ses liens diplomatiques avec son voisin à l’été 2021 et s’est engagée dans un réarmement massif, doublant ses dépenses militaires en dix ans. Témoin d’un durcissement politique et d’un sentiment d’encerclement, Alger a également rompu ses relations avec les Émirats arabes unis en septembre 2026, accusant Abou Dhabi d’alignement avec la coalition maroco-israélienne.
Le Sahel : nouveau théâtre de projection algérienne
Cette confrontation ne se limite plus aux seules frontières des deux nations. L’Algérie opère une rupture historique dans sa doctrine diplomatique : abandonnant son principe traditionnel de non-intervention extérieure, elle a déployé fin août un détachement aérien au Niger pour soutenir la junte militaire face aux menaces d’instabilité.
Ce retour en force au Sahel vise à sécuriser le futur gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Europe, tout en collaborant avec la Russie sur la gestion sécuritaire régionale. Toutefois, cette projection suscite des risques de contre-offensives diplomatiques et indirectes de la part du tandem Maroc-Émirats, très actif au Mali, au Chad et en Libye.
Frictions en Méditerranée : l’ombre de Ceuta et Melilla
À ces tensions régionales s’ajoute une dimension européenne. La crise migratoire survenue à la fin de juillet 2026 autour de l’enclave espagnole de Ceuta — marquée par le passage simultané de dizaines de milliers de personnes — a ravivé le spectre d’une « guerre hybride » orchestrée par Rabat.
Si le gouvernement espagnol opte pour la retenue, l’opposition politique à Madrid dénonce une instrumentalisation de la pression migratoire par le Maroc, qui réactive en parallèle ses revendications de souveraineté sur Ceuta et Melilla.
En l’absence d’organismes régionaux fonctionnels capable de réguler ces crises — l’Union du Maghreb arabe restant inopérante —, ces foyers d’instabilité multiples dessinent un horizon particulièrement opaque pour l’ensemble du bassin méditerranéen.
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