Sahara occidental : du texte à l’exécution, le fossé qui inquiète l’ONU

Sur le rôle de l'Algérie, Massad Boulos a choisi une formulation mesurée, écartant toute idée d'attribution de responsabilité dans l'impasse actuelle au Sahara Occidental. Il a qualifié Alger de « très bon partenaire » des États-Unis, tout en précisant que son influence a des limites : elle peut contribuer à rapprocher les positions, mais ne saurait imposer une solution au Front Polisario.

À l’occasion de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, l’émissaire américain Massad Boulos a précisé, sur les ondes de France 24, les contours actuels de la position de Washington sur le dossier du Sahara occidental. Un discours qui, loin de clore le débat, met en lumière la complexité persistante d’un processus onusien désormais engagé dans une phase décisive.

Une doctrine américaine inchangée, une issue toujours incertaine

Boulos a réaffirmé sans ambiguïté la ligne fixée par la proclamation présidentielle de 2020 : la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara demeure intacte, tout comme le soutien de Washington à une autonomie véritable sous souveraineté marocaine comme voie de règlement.

Mais l’émissaire américain a immédiatement tempéré cette clarté doctrinale par un constat plus prudent : en dépit de plusieurs cycles de discussions jugés « constructifs et fructueux », aucun accord n’a été trouvé à ce stade. Près d’un an après l’adoption de la résolution 2797, Boulos reconnaît qu’il reste « beaucoup de travail à accomplir ».

Le Polisario face à une attente sans échéance

Point notable de son intervention : Washington attend toujours une réponse du Polisario sur le plan d’autonomie marocain pour permettre la poursuite des négociations. Aucun calendrier n’a été fixé, aucune échéance rendue publique — une situation qui interroge sur les limites structurelles d’un processus diplomatique dont l’avancée dépend du temps que chaque partie choisit de s’accorder.

L’Algérie, partenaire ménagé plutôt que désigné responsable

Sur le rôle de l’Algérie, Boulos a choisi une formulation mesurée, écartant toute idée d’attribution de responsabilité dans l’impasse actuelle. Il a qualifié Alger de « très bon partenaire » des États-Unis, tout en précisant que son influence a des limites : elle peut contribuer à rapprocher les positions, mais ne saurait imposer une solution au Polisario.

Cette diplomatie d’équilibre s’est illustrée concrètement lors de la semaine de l’UNGA81 : Boulos a rencontré le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita pour évoquer le partenariat stratégique bilatéral, avant de recevoir, le lendemain, son homologue algérien Ahmed Attaf. Selon le communiqué algérien, les deux parties ont convenu de poursuivre « la concertation et la coordination » sur le dossier — signe que Washington entend maintenir ouverts ses deux canaux diplomatiques, avec Rabat comme avec Alger.

La Russie, un acteur qui conserve sa propre grammaire

En parallèle, Moscou a également multiplié les contacts avec les deux capitales rivales, Ahmed Attaf rencontrant Sergueï Lavrov tandis que Nasser Bourita maintenait le dialogue avec la diplomatie russe. La position russe reste toutefois ancrée dans une doctrine distincte, fondée sur le droit international, la Charte des Nations unies et le processus mené sous l’égide de l’ONU — sans s’aligner sur la reconnaissance américaine.

Le paradoxe de la diplomatie américaine

L’analyse relève ici un paradoxe structurant : reconnaissance de la souveraineté marocaine, Accords d’Abraham, approfondissement du partenariat stratégique et rapprochement maroco-israélien poussé plus loin d’un côté ; mais retour, dès que le dossier revient dans l’enceinte onusienne, à une grammaire nécessairement multilatérale. Washington reconnaît d’un côté, négocie de l’autre.

La résolution 2797, nouvelle charnière du dossier

Adoptée le 31 octobre 2025, la résolution 2797 constitue désormais le pivot du processus. Elle appelle les parties à participer aux discussions sans conditions préalables, sur la base du plan d’autonomie marocain, en vue d’une solution politique définitive et mutuellement acceptable. Le texte affirme qu’une « autonomie véritable » pourrait représenter l’issue la plus réaliste, tout en maintenant le principe d’autodétermination. Il prolonge par ailleurs le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026.

De l’orientation diplomatique au règlement effectif : la question qui demeure

Près de vingt ans après la présentation, en 2007, de l’initiative marocaine d’autonomie, le dossier semble buter sur une question plus redoutable que celle du contenu de la solution elle-même. Il existe un plan, Washington le soutient, et la résolution 2797 en fait la base officielle des négociations. Mais une résolution du Conseil de sécurité ne s’applique pas d’elle-même sur le terrain.

La véritable interrogation devient alors : qui transformera cette orientation diplomatique en règlement effectif ? Qui parviendra à faire converger des protagonistes toujours en désaccord ? Et quels instruments le Conseil de sécurité serait-il prêt à mobiliser en cas de blocage persistant ? Une problématique qui dépasse le seul cas du Sahara occidental et renvoie à une difficulté plus générale de l’ONU : l’écart entre l’adoption d’un texte et la convergence politique nécessaire à sa mise en œuvre.

Rendez-vous d’octobre : un test pour la résolution 2797

Le prochain examen du dossier, prévu en octobre, ne se limitera donc pas à dresser un état des lieux du Sahara occidental. Il permettra surtout de mesurer ce qu’il reste, un an après son adoption, de la promesse politique portée par la résolution 2797.

Entre reconnaître, soutenir, négocier et appliquer, quatre degrés distincts de puissance diplomatique subsistent. Et c’est précisément sur la distance entre le texte adopté et son exécution effective que se jouera, selon cette analyse, la prochaine étape du dossier du Sahara occidental.

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