La question du Sahara occidental s’est retrouvée au centre de plusieurs échanges diplomatiques à New York à l’occasion de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Les discussions entre le Maroc et la Russie, d’une part, et les déclarations du conseiller américain Massad Boulos, d’autre part, témoignent d’une intensification des consultations internationales autour d’un conflit qui demeure sans règlement définitif après plusieurs décennies.
Le 25 septembre, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, s’est entretenu à New York avec son homologue russe Sergueï Lavrov. Selon le ministère russe des Affaires étrangères, les discussions ont porté sur le renforcement des relations bilatérales et sur la coordination diplomatique des deux pays, notamment concernant les efforts visant à résoudre la question du Sahara occidental.
Deux jours plus tard, Morocco World News a publié un compte rendu d’une interview accordée à France 24 par Massad Boulos, conseiller principal du président américain Donald Trump. Celui-ci a déclaré que Washington attendait toujours une réponse du Front Polisario concernant le plan d’autonomie proposé par le Maroc et a estimé que l’absence de progrès entravait le processus politique conduit sous l’égide des Nations unies.
Ces deux développements, bien que provenant de cadres diplomatiques différents, interviennent alors que le dossier saharien connaît une activité internationale particulièrement intense.
Washington met l’accent sur la poursuite des négociations
Dans son entretien avec France 24, Massad Boulos a souligné la nécessité de poursuivre le processus politique. Selon le compte rendu de Morocco World News, il a indiqué que les États-Unis attendaient une réaction du Polisario au plan d’autonomie marocain et qu’en l’absence d’avancée, il était difficile de parvenir à une solution mutuellement acceptable.
Boulos a toutefois adopté un ton plus nuancé lorsqu’il a été interrogé directement sur le rôle de l’Algérie. Il a qualifié le gouvernement algérien de « bon partenaire » des États-Unis et a déclaré que l’Algérie ne pouvait pas imposer une solution au Sahara, tout en ajoutant qu’elle pouvait encourager les parties à avancer dans le processus.
Cette nuance est importante dans la lecture de la position américaine. Washington exerce simultanément une pression diplomatique en faveur de la poursuite des négociations tout en maintenant des relations avec les différents acteurs régionaux.
Quelques jours avant ces déclarations, le secrétaire d’État adjoint américain Christopher Landau avait également réaffirmé à New York le soutien de Washington au développement du Sahara sous souveraineté marocaine. Morocco World News rapporte que Landau a évoqué une vision commune entre Washington et Rabat concernant le développement de la région et la coopération sous souveraineté marocaine.
La résolution 2797, nouveau cadre de référence
Une grande partie de la dynamique diplomatique actuelle s’articule autour de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée en octobre 2025.
Selon les informations publiées par Morocco World News, cette résolution demande que le processus politique avance en prenant comme base la proposition marocaine d’autonomie et qualifie l’autonomie véritable de résultat particulièrement faisable. La résolution a également prolongé le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026.
Cette évolution a modifié le contexte dans lequel les négociations se déroulent. Washington affirme vouloir utiliser ce cadre pour accélérer les discussions, tandis que le Maroc considère son initiative d’autonomie comme la base d’un règlement politique définitif.
Le Front Polisario, de son côté, continue de défendre une solution fondée sur le droit à l’autodétermination et l’indépendance. Dans une déclaration publiée en septembre, son secrétariat national a réaffirmé que toute solution devait garantir, selon sa position, le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance.
Cette divergence demeure l’un des principaux obstacles politiques aux négociations.
Le rôle de l’Algérie reste un point sensible
Les déclarations de Boulos ont également remis au premier plan la question du rôle de l’Algérie.
Morocco World News soutient, dans son article, que l’Algérie apporte un soutien politique, financier et militaire au Polisario et estime que ce soutien contribue au blocage du processus. Ces formulations correspondent à l’analyse éditoriale du média et doivent être distinguées des déclarations directes de Boulos.
Le responsable américain n’a cependant pas publiquement accusé l’Algérie d’être à l’origine du refus du Polisario de répondre au plan d’autonomie. Interrogé précisément sur cette question, il a plutôt souligné le rôle que pourrait jouer Alger pour encourager les parties à avancer.
La question de la participation algérienne au processus reste par conséquent particulièrement sensible. Alger maintient traditionnellement qu’il n’est pas une partie au conflit mais un pays voisin et observateur, tandis que Rabat considère que son implication est indispensable au règlement du différend.
Moscou maintient le dialogue avec Rabat
Dans ce contexte, la rencontre entre Nasser Bourita et Sergueï Lavrov revêt une importance particulière.
Le ministère russe des Affaires étrangères a indiqué que les deux responsables avaient discuté du développement des relations russo-marocaines ainsi que de la coordination de leurs positions sur différents dossiers internationaux, y compris les efforts visant à résoudre la question du Sahara occidental.
La Russie cherche depuis plusieurs années à maintenir une position qui lui permette de conserver un dialogue avec les différents acteurs du dossier. Moscou entretient parallèlement des relations étroites avec l’Algérie, ce qui donne à sa diplomatie saharienne une dimension particulière.
Dans un autre épisode diplomatique rapporté en 2025, Sergueï Lavrov avait déclaré que le plan d’autonomie marocain pourrait constituer une solution au conflit s’il recueillait l’accord des parties et était mis en œuvre sous supervision des Nations unies. Morocco World News rappelle cette déclaration dans son compte rendu de la rencontre de septembre 2026.
La rencontre Bourita-Lavrov montre ainsi que Rabat souhaite maintenir un dialogue ouvert avec Moscou alors que les équilibres diplomatiques autour du Sahara continuent d’évoluer.
Une diplomatie américaine plus directement engagée
L’un des éléments les plus significatifs de la séquence actuelle est l’implication croissante des États-Unis dans les discussions.
Selon Morocco World News, Boulos a indiqué que trois cycles de négociations avaient eu lieu depuis l’adoption de la résolution 2797 et les a qualifiés de constructifs et productifs, tout en reconnaissant qu’aucune solution n’était encore en vue.
Cette appréciation rejoint une information publiée séparément par le média algérien TSA, selon laquelle Boulos a déclaré qu’il n’existait pas, à ce stade, de « solution imminente » au conflit malgré les différents cycles de discussions organisés sous l’impulsion américaine et onusienne.
Il existe donc un contraste entre, d’une part, l’intensification des efforts diplomatiques et, d’autre part, l’absence de règlement concret à court terme.
Le prochain rendez-vous : le renouvellement de la MINURSO
Le calendrier des Nations unies ajoute une dimension supplémentaire à cette séquence diplomatique.
Le mandat actuel de la MINURSO arrive à échéance le 31 octobre 2026. Le Conseil de sécurité devra donc se prononcer sur son renouvellement dans un contexte marqué par les nouvelles négociations et par la volonté américaine de faire progresser le processus politique.
Les prochaines semaines pourraient ainsi être déterminantes pour préciser la manière dont le Conseil de sécurité entend poursuivre le processus.
Pour Rabat, l’objectif est de consolider la reconnaissance de son initiative d’autonomie comme base de règlement. Pour le Polisario, l’enjeu reste de maintenir la question de l’autodétermination au centre du processus. L’Algérie, quant à elle, continue de défendre sa position d’acteur voisin et non de partie au conflit, tandis que la Russie cherche à préserver ses relations avec les différents protagonistes.
Un processus toujours ouvert, malgré des positions divergentes
Les récents échanges montrent finalement une situation paradoxale.
Jamais les consultations diplomatiques autour du Sahara occidental ne semblent avoir été aussi nombreuses : discussions maroco-américaines, échanges entre Washington et Alger, négociations impliquant les différentes parties, coordination au sein des Nations unies et dialogue entre Rabat et Moscou.
Mais cette activité diplomatique accrue ne signifie pas qu’un accord soit proche.
Les déclarations de Massad Boulos constituent à cet égard un indicateur important. Le responsable américain a reconnu l’existence d’un blocage tout en affirmant la volonté de Washington de poursuivre les efforts.
Parallèlement, le dialogue entre le Maroc et la Russie montre que Rabat cherche à maintenir des canaux diplomatiques avec une puissance qui entretient des relations stratégiques avec Alger. La question du Sahara s’inscrit ainsi dans un réseau de relations internationales beaucoup plus large, où les considérations régionales, économiques et géopolitiques se croisent.
À l’approche du renouvellement du mandat de la MINURSO, l’enjeu principal sera donc de déterminer si cette multiplication des initiatives diplomatiques permettra de réduire les divergences entre les parties ou si celles-ci continueront à empêcher l’émergence d’un accord politique.
Pour l’heure, une chose ressort des déclarations publiques des différents acteurs : le processus diplomatique se poursuit, mais aucune solution définitive n’est encore acquise.
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