Législatives au Maroc : après le scrutin, les signes d’un désenchantement politique

Elections Maroc
Un autre chiffre retient l’attention : le taux de participation s'est établi à 38,02 %, un niveau particulièrement faible au Maroc. Pour Thierry Oberlé, journaliste et auteur de Mohammed VI, le mystère, interrogé par Mondafrique, ce résultat traduit moins un désintérêt complet pour la politique qu'une forme de désenchantement à l'égard du système partisan.

Au Maroc, les élections législatives marocaines du 23 septembre 2026 ont profondément recomposé les rapports de force entre les partis, sans pour autant provoquer de rupture majeure dans le paysage politique. La progression du PAM, le recul du RNI, le retour du PJD et surtout la faiblesse de la participation témoignent toutefois d’un climat de désenchantement.

Les Marocains ont renouvelé, le 23 septembre, les 395 sièges de la Chambre des représentants. À l’issue du scrutin, le Parti authenticité et modernité (PAM) s’est imposé comme la première force parlementaire avec 97 sièges, devant le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui en obtient 66, et l’Istiqlal avec 65. Le Parti de la justice et du développement (PJD), qui avait subi une lourde défaite en 2021, remonte à 54 députés.

Mais au-delà de cette recomposition, un autre chiffre retient l’attention : le taux de participation s’est établi à 38,02 %, un niveau particulièrement faible. Pour Thierry Oberlé, journaliste et auteur de Mohammed VI, le mystère, interrogé par Mondafrique, ce résultat traduit moins un désintérêt complet pour la politique qu’une forme de désenchantement à l’égard du système partisan.

Le RNI sanctionné, le PAM en progression

Le scrutin constitue d’abord un revers électoral pour le RNI du chef du gouvernement sortant, Aziz Akhannouch. Le parti, qui disposait de 102 sièges après les élections de 2021, en obtient désormais 66. Le PAM, à l’inverse, progresse et devient la première formation de la nouvelle Chambre.

Pour Thierry Oberlé, cette évolution doit être replacée dans les tensions apparues au sein de la majorité et dans le transfert de plusieurs personnalités vers le PAM. Il cite notamment le cas de Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football, qui a quitté le RNI pour rejoindre le PAM avant le scrutin.

L’analyste interrogé par Mondafrique considère également que le bilan économique et social du gouvernement Akhannouch a contribué à son recul. Il évoque notamment les questions liées au coût de la vie, aux hydrocarbures, aux finances publiques et aux inégalités sociales. Ces critiques s’inscrivent dans un contexte où les trois partis de la majorité sortante restent néanmoins en mesure de conserver ensemble une majorité parlementaire.

Une recomposition davantage qu’une alternance

La nouvelle configuration parlementaire ne signifie donc pas nécessairement une rupture avec la politique menée depuis 2021. Le PAM, le RNI et l’Istiqlal disposent ensemble de 228 sièges, soit davantage que la majorité absolue de 198 députés. Une recomposition de la coalition gouvernementale reste ainsi possible.

Cette situation conduit Thierry Oberlé à évoquer, dans son entretien avec Mondafrique, l’hypothèse d’un changement de Premier ministre davantage que d’un changement profond d’orientation politique.

Plusieurs personnalités sont évoquées dans l’article, notamment Fatima Ezzahra El Mansouri et Fouzi Lekjaa. Mondafrique cite également Mohamed Cheikh Biadillah parmi les noms susceptibles d’être considérés. À ce stade, ces possibilités relèvent toutefois de l’analyse et des hypothèses avancées dans l’entretien, et non d’une décision officielle annoncée par le Palais.

Le retour du PJD

Autre enseignement du scrutin : le redressement du Parti de la justice et du développement. Après être passé de 125 sièges en 2016 à seulement 13 en 2021, le parti islamiste revient à 54 députés.

Selon Thierry Oberlé, cette remontée pourrait permettre au PJD de retrouver une place plus importante dans l’opposition parlementaire. Il souligne notamment la campagne menée par Abdelilah Benkirane, qui a abordé certaines questions sensibles, dont la crise migratoire autour de Ceuta.

Le PJD reste toutefois loin de son niveau de 2016. Sa progression constitue donc davantage un retour dans le jeu parlementaire qu’une restauration de sa position dominante d’autrefois.

L’abstention, principal signal du scrutin

La participation de 38,02 % constitue l’un des principaux enseignements de cette élection. Pour Mondafrique, cette faible mobilisation traduit une distance croissante entre une partie de la population et les formations politiques traditionnelles.

La question de la jeunesse est particulièrement mise en avant. Selon l’analyse publiée par le média, les jeunes Marocains seraient nombreux à se détourner des mécanismes électoraux tout en restant fortement concernés par les questions politiques et sociales.

Cette situation intervient alors que les frustrations liées au chômage, au coût de la vie, aux services publics et aux inégalités sociales occupent une place importante dans le débat public marocain. Le scrutin intervient également après plusieurs mobilisations et débats autour des aspirations de la jeunesse marocaine.

Une gauche qui tente de se reconstruire

Le scrutin fait également apparaître une progression de l’Alliance de gauche, qui obtient huit sièges selon l’analyse de Mondafrique. Cette formation entend se positionner en dehors des grands partis traditionnels et défend notamment l’idée d’une monarchie parlementaire ainsi qu’un programme à dimension sociale.

Cette percée reste limitée à l’échelle de la Chambre, mais elle constitue, selon Thierry Oberlé, un signe de la persistance d’un espace politique à gauche malgré l’affaiblissement historique des formations progressistes traditionnelles.

Le défi social derrière les résultats électoraux

Au-delà de la bataille entre partis, l’analyse publiée par Mondafrique insiste surtout sur la question de la fracture sociale. Les investissements considérables liés aux grands projets, notamment dans la perspective de la Coupe du monde 2030, sont mis en regard des besoins persistants dans le logement, la santé et les services sociaux.

Le débat porte ainsi sur la capacité du modèle économique marocain à faire bénéficier une part plus large de la population de la croissance et des investissements engagés.

Les élections du 23 septembre ne semblent donc pas avoir bouleversé le fonctionnement institutionnel du royaume. Elles ont cependant fait apparaître plusieurs signaux : recul du parti du chef du gouvernement, progression du PAM, retour du PJD, maintien possible de la coalition sortante et surtout faible mobilisation électorale.

Pour Mondafrique, ces évolutions traduisent la fin d’un cycle politique et un certain désenchantement. Le véritable enjeu de la prochaine législature sera désormais de déterminer si la recomposition parlementaire permettra de répondre aux frustrations sociales qui se sont exprimées, notamment à travers l’abstention.

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