Une déclaration portée par une centaine d’organisations et d’associations accuse les politiques migratoires menées par le Maroc et l’Europe autour de Ceuta et Melilla de favoriser des atteintes aux droits fondamentaux des migrants, des demandeurs d’asile et des mineurs. Le document appelle notamment à l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les événements de l’été 2026.
Une centaine d’organisations de défense des droits humains, associations de soutien aux migrants et collectifs militants ont signé une déclaration consacrée à la situation aux frontières de Ceuta, Melilla et du Maroc. Le texte, publié le 23 septembre 2026 et relayé notamment par FASTI, s’appuie sur un travail de documentation réalisé par Border Resistance et des activistes indépendants présents à Ceuta.
Dans cette déclaration, les signataires affirment vouloir documenter une série de violations présumées visant notamment les personnes migrantes, les demandeurs d’asile, les mineurs et les membres de la communauté LGBTIQ+. Ils mettent également en cause, de manière plus générale, les politiques d’externalisation du contrôle des frontières européennes et la coopération entre l’Espagne, le Maroc et l’Union européenne.
Les événements de juillet au centre des préoccupations
Le document revient longuement sur les événements des 30 et 31 juillet 2026 à Ceuta. Les organisations signataires évoquent un mouvement migratoire exceptionnel, qu’elles évaluent entre 50 000 et 70 000 personnes, principalement marocaines, auxquelles se seraient ajoutées des personnes originaires de plusieurs pays africains et du Moyen-Orient.
Selon le communiqué, cet épisode aurait fait plus de 120 morts. Ces chiffres et plusieurs des faits rapportés dans la déclaration sont présentés par les organisations signataires à partir de témoignages et de leurs propres travaux de documentation. Ils ne constituent pas, dans le texte, une conclusion judiciaire indépendante.
Les signataires affirment par ailleurs que des publications diffusées sur les réseaux sociaux auraient précédé les événements et incité spécifiquement des Marocains à se diriger vers Ceuta en laissant entendre que la frontière était ouverte. Ils demandent une enquête indépendante sur l’origine de ces publications et sur les éventuelles responsabilités liées à leur diffusion.
Des accusations de violences et de mauvais traitements
Une partie importante de la déclaration est consacrée aux témoignages recueillis auprès de personnes ayant tenté de franchir la frontière. Les organisations rapportent des accusations de passages à tabac, de violences physiques, de confiscation de téléphones et d’argent ainsi que, dans certains témoignages, de violences commises à l’encontre de personnes se trouvant dans l’eau.
Le communiqué évoque également des accusations concernant l’accès aux soins médicaux. Certains témoins auraient fait état de blessures insuffisamment prises en charge ou de refus de soins.
Ces éléments sont présentés comme des témoignages recueillis par les organisations et doivent, selon les signataires eux-mêmes, faire l’objet d’investigations indépendantes permettant d’établir les faits et les responsabilités.
Le Maroc et l’Espagne au cœur des critiques
Au-delà des événements de l’été 2026, la déclaration replace la situation dans le cadre plus large de la coopération migratoire entre le Maroc, l’Espagne et l’Union européenne.
Les signataires critiquent notamment le processus d’« externalisation » du contrôle des frontières européennes, qui consiste à soutenir financièrement, matériellement ou techniquement des pays voisins afin de limiter les arrivées sur le territoire de l’Union européenne.
Ils estiment que cette politique transforme les personnes migrantes en instruments de négociation dans les relations diplomatiques. La déclaration conteste ainsi l’idée selon laquelle les migrants constitueraient eux-mêmes une « crise » et soutient que les difficultés observées à Ceuta et Melilla doivent être analysées à partir des politiques frontalières et des choix des États.
Le texte replace également la question dans le contexte historique des relations entre l’Espagne, le Maroc et les territoires de Ceuta et Melilla, en rappelant plusieurs épisodes antérieurs, notamment les événements de 2005, ceux de Tarajal en 2014 et les arrivées massives de 2021 à Ceuta.
Des poursuites judiciaires contestées
La déclaration s’intéresse également aux procédures judiciaires engagées contre des personnes arrêtées dans le contexte des événements de juillet.
Les organisations signataires font état d’arrestations dans la région de Fnideq-Tétouan, concernant notamment des mineurs, puis d’autres procédures à Nador et Beni Ansar. Elles dénoncent ce qu’elles considèrent comme des atteintes aux garanties du procès équitable, notamment dans des procédures où la défense aurait été absente ou limitée.
Elles demandent notamment que les droits de la défense soient pleinement garantis, que les condamnations prononcées dans des conditions contestées soient réexaminées et que les mineurs détenus bénéficient d’une protection particulière.
La question des morts et des disparus
La déclaration demande également davantage de transparence sur le nombre de personnes mortes ou portées disparues lors des événements.
Les signataires citent notamment l’Association marocaine des droits humains (AMDH), selon laquelle plusieurs corps auraient été récupérés du côté marocain dans les jours suivant les événements. Ils affirment également que certaines familles seraient toujours à la recherche de leurs proches.
Face à ces incertitudes, les organisations réclament la publication régulière de données vérifiables concernant les personnes décédées, blessées ou détenues, ainsi que l’identification des victimes et la restitution des corps aux familles lorsque les identifications sont établies.
Une demande d’enquête internationale
La principale revendication de la déclaration porte sur la mise en place d’une enquête internationale indépendante et impartiale sur les événements survenus à Ceuta et Melilla.
Les organisations demandent que cette enquête couvre aussi bien les responsabilités éventuelles du côté espagnol que du côté marocain et qu’elle permette notamment de recueillir directement les témoignages des victimes et de procéder à des examens médicaux indépendants.
Elles appellent également les institutions européennes et internationales, notamment les Nations unies, le Conseil de l’Europe et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, à exercer leurs compétences afin d’examiner les faits et les responsabilités relevant de leurs mandats.
La déclaration demande enfin une protection renforcée pour les mineurs et les personnes LGBTIQ+, la continuité de l’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins, ainsi que la protection des journalistes, militants et bénévoles intervenant auprès des migrants.
À travers cet appel, les organisations signataires entendent donc placer les événements de Ceuta et Melilla dans un débat plus large sur la politique migratoire européenne, la coopération sécuritaire entre l’Espagne et le Maroc et le respect des droits fondamentaux aux frontières extérieures de l’Union européenne. Le document constitue une prise de position militante et appelle précisément à des enquêtes indépendantes destinées à établir les faits et les responsabilités.
#Maroc #Maroc_Espagne #Maroc_Ceuta #Maroc_Melilla #Maroc_droits #Ceuta_enquête
Soyez le premier à commenter