Algérie : Ayoub Aissiou, de l’homme d’affaires en vue à l’exil loin d’Alger

Ayoub Aissiou, Algérie
Le parcours d’Ayoub Aissiou illustre le changement de trajectoire de plusieurs hommes d’affaires algériens apparus sur le devant de la scène durant les dernières années de la présidence d’Abdelaziz Bouteflika. Autrefois présent dans les milieux économiques et médiatiques, le patron d’El Djazairia se trouve désormais éloigné d’Alger, après avoir été condamné par contumace en Algérie.

Ancien propriétaire de la chaîne de télévision El Djazairia, Ayoub Aissiou vit depuis plusieurs années hors d’Algérie, entre la France, l’Italie et les Émirats arabes unis. Dans une publication consacrée à son parcours, Africa Intelligence revient sur ses activités médiatiques et immobilières, ainsi que sur les procédures judiciaires qui ont marqué sa chute.

Le parcours d’Ayoub Aissiou illustre le changement de trajectoire de plusieurs hommes d’affaires algériens apparus sur le devant de la scène durant les dernières années de la présidence d’Abdelaziz Bouteflika. Autrefois présent dans les milieux économiques et médiatiques, le patron d’El Djazairia se trouve désormais éloigné d’Alger, après avoir été condamné par contumace en Algérie.

Selon Africa Intelligence, quelques semaines avant cette condamnation prononcée en décembre 2025, Aissiou avait procédé à une modification discrète de la domiciliation de la société éditrice d’El Djazairia. One-Prod, jusque-là installée à Paris, dans le XVIe arrondissement, a été transférée au Luxembourg.

Cette évolution intervient alors que la chaîne n’est plus diffusée en Algérie. Fermée en 2021 sur décision de l’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel (Anira), elle conserve néanmoins une importante audience sur les réseaux sociaux. Sa page Facebook compterait encore plusieurs millions d’abonnés.

Une présence médiatique maintenue depuis l’étranger

Malgré la disparition de la chaîne du paysage audiovisuel algérien, Ayoub Aissiou a continué à utiliser ses réseaux sociaux pour prendre publiquement position.

En juillet 2025, il est notamment sorti de son silence pour dénoncer un article publié par El Moudjahid, média proche du pouvoir algérien. D’après Africa Intelligence, l’article le présentait comme le financier présumé d’un réseau d’activistes algériens présents en ligne et opposés aux autorités actuelles.

Cette prise de parole constitue l’une des rares interventions publiques récentes attribuées à l’homme d’affaires, dont les activités et les déplacements se sont progressivement concentrés hors d’Algérie.

Des intérêts immobiliers entre Paris, Dubaï et Londres

Le parcours d’Aissiou ne se limite pas au secteur audiovisuel. Africa Intelligence détaille également plusieurs de ses intérêts dans l’immobilier, principalement en Europe et aux Émirats arabes unis.

L’homme d’affaires est le gendre de Bachir Ould Zemirli, ancien vice-président de la Fédération algérienne de football. Les deux hommes sont associés au sein de Real Invest Corp, une société immobilière qui détenait jusqu’en 2024 l’hôtel Atelier Montparnasse, dans le XIVe arrondissement de Paris.

Aissiou dirige également le principal actionnaire de Real Invest Corp, IDM International, une société basée à Dubaï.

Avec son beau-père, il avait par ailleurs repris en 2015 la SCI Les Jasmins. Cette structure leur permettait notamment de détenir un appartement dans le XVe arrondissement de Paris.

Avec son épouse Yasmine Aissiou, fille de Bachir Ould Zemirli, il détient également la société immobilière My & Da, établie dans le XVIe arrondissement. Selon Africa Intelligence, cette structure semble aujourd’hui inactive.

Le couple a également occupé un appartement dans la région de Milan, en Italie.

Une société créée à Londres puis dissoute

Le parcours immobilier d’Aissiou s’est également prolongé au Royaume-Uni.

En 2023, l’homme d’affaires aurait créé à Londres la société Farmington Real Estate, en utilisant un passeport délivré par Antigua-et-Barbuda. L’entreprise était domiciliée dans le centre de la capitale britannique, dans un secteur situé entre le British Museum et Regent’s Park.

La société a toutefois été dissoute dès 2024. Africa Intelligence relève également qu’à la même adresse et durant la même période avait été hébergée la société Al Djazairia One.

Ces différentes implantations témoignent de l’importance prise par les activités internationales dans le parcours d’Aissiou depuis son éloignement d’Algérie.

La rupture avec l’Algérie

La trajectoire de l’homme d’affaires contraste fortement avec sa situation quelques années auparavant.

Sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika, Ayoub Aissiou figurait parmi les entrepreneurs en vue. Il avait notamment été associé à un projet d’implantation en Algérie d’une usine de montage du constructeur automobile américain Ford, projet qui n’avait finalement pas abouti.

À partir de 2021, sa situation s’est toutefois considérablement dégradée.

Selon Africa Intelligence, Aissiou a été poursuivi dans plusieurs affaires judiciaires avant d’être condamné en décembre 2025 à vingt ans de prison ferme. Les chefs retenus contre lui comprennent notamment le « blanchiment d’argent et transfert illicite de fonds issus de crimes dans le cadre d’une organisation criminelle », selon les termes rapportés par le média.

La justice algérienne aurait également ordonné la mise sous scellés de plusieurs biens lui appartenant dans des quartiers résidentiels d’Alger.

Son entourage familial a lui aussi été touché par les procédures judiciaires. Son épouse, son beau-père et plusieurs de ses frères ont été condamnés, tandis que Bachir Ould Zemirli a également été arrêté, d’après les informations rapportées par Africa Intelligence.

Un livre qui ne verra finalement pas le jour

Avant que sa trajectoire judiciaire ne prenne cette dimension, Ayoub Aissiou avait entrepris de publier un ouvrage consacré à son expérience en Algérie.

En 2023, les Éditions du Cerf avaient annoncé la publication prochaine d’un livre intitulé Algérie : l’indépendance volée. Présenté comme le récit d’un entrepreneur confronté à l’oligarchie et contraint à l’exil, l’ouvrage devait notamment revenir sur les circonstances de la chute d’Aissiou et sur ce qu’il décrivait comme les mécanismes du système économique et politique algérien.

Le projet éditorial devait également présenter sa propre lecture des événements ayant conduit à son éloignement du pays.

L’ouvrage n’a finalement jamais été publié.

Un parcours désormais marqué par l’exil

Le récit consacré par Africa Intelligence à Ayoub Aissiou dessine ainsi le portrait d’un homme d’affaires dont la trajectoire a connu un profond basculement en quelques années.

D’un entrepreneur actif dans les milieux économiques et médiatiques algériens sous l’ère Bouteflika, il est devenu un homme vivant principalement à l’étranger, avec des intérêts immobiliers et sociétaires répartis entre plusieurs pays.

La fermeture d’El Djazairia en 2021, les procédures judiciaires engagées contre lui, sa condamnation par contumace en décembre 2025 et la disparition de son projet de livre ont progressivement éloigné Aissiou de la scène algérienne.

Son parcours reste désormais étroitement lié à l’évolution des relations entre les milieux d’affaires, les médias privés et le pouvoir en Algérie, ainsi qu’aux conséquences judiciaires de la période de recomposition politique ouverte après la fin de l’ère Bouteflika.

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