Algérie-France : les produits français progressivement écartés des importations

Embargo Algérie France
D’après Le JDD, la consigne aurait été transmise verbalement aux opérateurs économiques algériens. Les autorités d’Alger n’ont, à ce stade, pas publiquement confirmé l’existence d’un dispositif visant spécifiquement les produits français.

Les relations économiques entre l’Algérie et la France connaissent une nouvelle dégradation. Depuis la fin du mois de juillet, les importateurs algériens auraient reçu pour consigne de ne plus inscrire de produits français dans leurs plans prévisionnels d’importation (PPI), selon une enquête publiée par Le Journal du Dimanche (Le JDD). Cette mesure, qui n’a pas été officiellement annoncée par les autorités algériennes, concernerait une large gamme de marchandises, à l’exception notamment des médicaments.

Une mesure qui reste officiellement non confirmée

D’après Le JDD, la consigne aurait été transmise verbalement aux opérateurs économiques algériens. Les autorités d’Alger n’ont, à ce stade, pas publiquement confirmé l’existence d’un dispositif visant spécifiquement les produits français.

Le quotidien rapporte toutefois que plusieurs sources économiques et diplomatiques interrogées par La Croix affirment que cette politique est effectivement appliquée. Un importateur algérien cité anonymement estime que les restrictions seraient désormais beaucoup plus larges que les mesures qui existaient auparavant.

Toujours selon Le JDD, les opérateurs auraient été invités à rechercher d’autres fournisseurs internationaux afin de remplacer les produits fabriqués en France. Cette évolution intervient dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre Paris et Alger, qui se répercutent progressivement sur les relations commerciales.

Le blé français déjà écarté

Le secteur céréalier constitue l’un des exemples les plus visibles de cette évolution. Selon les informations rapportées par Le JDD, l’Office algérien interprofessionnel des céréales a lancé début septembre un appel d’offres portant sur l’achat de 500 000 tonnes de blé tendre, sans retenir une nouvelle fois les céréales françaises.

Cette situation prolonge une tendance déjà observée dans les échanges commerciaux entre les deux pays. La France, longtemps considérée comme l’un des principaux fournisseurs de l’Algérie, a progressivement été dépassée par la Chine.

Des conséquences pour les entreprises françaises

Les restrictions évoquées pourraient également affecter les entreprises françaises déjà implantées en Algérie. Le JDD souligne notamment le cas des véhicules utilisés par la Protection civile algérienne, dont une partie provient de Renault Trucks. L’accès aux pièces détachées françaises serait désormais affecté par les nouvelles restrictions, alors même que Renault Trucks appartient au groupe suédois Volvo.

Cette situation illustre la complexité des conséquences potentielles d’une politique de réduction des importations françaises : certaines entreprises ou produits peuvent être liés à des groupes étrangers tout en conservant une origine industrielle ou commerciale française.

Des échanges commerciaux déjà en baisse

Cette évolution intervient alors que les échanges entre la France et l’Algérie sont déjà orientés à la baisse. Selon les chiffres des douanes françaises rapportés par Le JDD, le commerce bilatéral aurait atteint 8,6 milliards d’euros entre août 2025 et juillet 2026, contre 11,2 milliards d’euros en 2024.

Les exportations françaises vers l’Algérie auraient également diminué. Elles se seraient établies à environ 4 milliards d’euros sur les douze mois considérés, contre 4,2 milliards en 2025 et 4,8 milliards en 2024.

Pour les entreprises françaises, le recul est d’autant plus sensible que la France représentait historiquement un partenaire commercial majeur de l’Algérie. La montée en puissance de la Chine dans les importations algériennes traduit parallèlement une diversification des fournisseurs d’Alger.

Un enjeu également pour les investissements français

Au-delà des marchandises, les tensions pourraient avoir des répercussions sur les entreprises françaises présentes directement en Algérie. Le JDD estime que les sociétés françaises représentent encore environ 2,5 milliards d’euros d’investissements dans le pays et quelque 40 000 emplois.

La dégradation du climat économique suscite donc des inquiétudes dans les milieux d’affaires. La Chambre de commerce et d’industrie algéro-française (CCIAF) semble, pour sa part, privilégier la prudence afin d’éviter une aggravation des tensions.

L’éloignement économique entre Alger et Paris apparaît ainsi comme une nouvelle dimension d’une crise diplomatique plus large. Si l’existence d’un embargo officiellement décidé par les autorités algériennes n’est pas confirmée, les éléments rapportés par Le JDD font état d’un mouvement de plus en plus marqué en faveur de la substitution des produits français par ceux provenant d’autres marchés.

À court terme, l’évolution des procédures d’importation et les éventuelles décisions officielles d’Alger permettront de déterminer si cette mise à l’écart constitue une mesure temporaire liée au contexte diplomatique ou une réorientation plus durable des relations commerciales algéro-françaises.

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