Maroc : 𝐋𝐞 𝐒𝐚𝐡𝐚𝐫𝐚 Occidental 𝐡𝐨𝐫𝐬 𝐝𝐞 𝐩𝐨𝐫𝐭𝐞́𝐞 𝐝𝐮 𝐌𝐚𝐤𝐡𝐳𝐞𝐧

Plusieurs sites d’information marocains présentent depuis dimanche la visite d’État de Mohammed VI à Paris comme acquise alors que Paris ne l’a pas confirmée, à notre connaissance. Si elle a lieu, elle rapporterait d’abord à Rabat un traité que l’hebdomadaire français La Tribune Dimanche décrit comme inspiré du traité du Quirinal conclu entre la France et l’Italie.

Selon le même titre, ce texte serait presque prêt et marquerait le premier accord de ce genre avec un pays non européen. La France demeure par ailleurs le premier investisseur étranger au Maroc avec près de 31 % du stock total, selon le site de l’ambassade de France au Maroc, ses entreprises y employant plus de 150 000 personnes.

Cet ancrage économique s’est illustré lors de la visite d’Emmanuel Macron en octobre 2024, où vingt-deux accords pouvant atteindre dix milliards d’euros avaient été signés, d’après l’Élysée. Cet engagement s’était prolongé sur le terrain politique lorsque le président Français déclarait devant le Parlement Marocain que l’avenir du Sahara occidental s’inscrivait dans le cadre de la souveraineté Marocaine. Une visite d’État à Paris offrirait donc à Rabat l’occasion d’en faire une cérémonie

𝐔𝐧 𝐭𝐫𝐚𝐢𝐭𝐞́ 𝐞𝐭 𝐝𝐞𝐬 𝐡𝐨𝐧𝐧𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐑𝐚𝐛𝐚𝐭

Le statut du territoire n’a pourtant pas changé avec la résolution que le Conseil de sécurité des Nations unies a adoptée le 31 octobre 2025 par onze voix sur quinze, celle de la France comprise. Ce texte retient certes la proposition Marocaine d’autonomie comme base des négociations sans pour autant trancher la question de la souveraineté. La Russie, la Chine et le Pakistan se sont d’ailleurs abstenus tandis que l’Algérie n’a pas pris part au vote.

Le Sahara occidental reste en effet inscrit par les Nations unies sur la liste des territoires non autonomes alors que la Cour internationale de justice avait relevé en 1975 des liens d’allégeance de certaines tribus envers le sultan sans y voir un lien de souveraineté territoriale avec le Maroc. La Cour avait aussi jugé que la décolonisation devait respecter l’expression libre et authentique de la volonté de la population.

La résolution 1541 de l’Assemblée générale prévoit enfin que l’autonomie de gouvernement peut passer par l’indépendance, la libre association ou l’intégration à un État indépendant, à condition que la population concernée l’ait librement choisi.Le conseiller de Donald Trump pour l’Afrique et les affaires arabes, Massad Boulos, a d’ailleurs douché les espoirs d’une issue rapide en déclarant sur la chaîne de télévision France 24 qu’il n’y a « pas de solution imminente ».

Les trois cycles de négociations menés en Espagne et aux États-Unis n’ont produit aucun accord. Washington attend toujours la réponse du Front Polisario au plan d’autonomie et dialogue aussi bien avec lui qu’avec Alger, Massad Boulos relevant l’implication d’Alger tout en jugeant qu’elle ne peut décider à la place du Front Polisario.La mission des Nations unies au Sahara occidental ayant été prolongée jusqu’en octobre 2026 selon l’Institut de relations internationales et stratégiques, le dossier reviendra devant le Conseil de sécurité avant la visite. Viendra ensuite la présidentielle Française, laissant planer l’incertitude sur le suivi qu’accorderait le prochain locataire de l’Élysée à un traité signé par son prédécesseur.

𝐋𝐞 𝐒𝐚𝐡𝐚𝐫𝐚 𝐨𝐜𝐜𝐢𝐝𝐞𝐧𝐭𝐚𝐥 𝐫𝐞𝐬𝐭𝐞 𝐡𝐨𝐫𝐬 𝐝𝐞 𝐩𝐨𝐫𝐭𝐞́𝐞 𝐝𝐞 𝐏𝐚𝐫𝐢𝐬

La communication du Makhzen présente pourtant comme acquis un voyage sans date. Elle le fait alors que Washington ne voit pas d’issue proche et que le mandat de la mission des Nations unies arrive à échéance dans quelques semaines. Rabat obtiendrait à Paris un traité et des honneurs mais y chercherait en vain le règlement du Sahara occidental que ni la France ni les Nations unies ni les États-Unis ne peuvent lui livrer.

Latifa Kharrat (Facebook)

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