Du discours d’exclusion à la table de concertation : L’image qui fragilise le récit du Maroc

Le plus grand défi auquel se heurte un discours politique est d’être confronté à une réalité qui contredit le message qu’il s’est efforcé d’ancrer. Lorsque l’on affirme à l’opinion publique que le Front Polisario est désormais isolé et que le soutien américain a définitivement clos le dossier du Sahara occidental, la réception de sa délégation au sein de la mission américaine auprès des Nations Unies soulève une question embarrassante : si tout a réellement été tranché, que reste-t-il à négocier, et pourquoi la position du Polisario demeure-t-elle attendue ?

Le piège de la narration marocaine réside dans la transformation de l’appui américain aux positions de Rabat en une déclaration de victoire définitive. Or, il existe une marge considérable entre ces deux réalités : une grande puissance peut soutenir une vision de règlement sans pour autant transformer cette vision en un accord unilatéral. Tout accord nécessite impérativement l’adhésion de toutes les parties impliquées et le traitement des causes fondamentales du conflit.

C’est sous cet angle qu’il convient d’analyser la rencontre entre Mike Waltz et la délégation du Polisario. Elle démontre que le Front continue d’être traité comme un acteur du processus politique, indépendamment de la virulence du discours visant à le discréditer ou à l’exclure.

De même, lorsque Massad Boulos évoque l’attente d’une réponse de la part du Polisario, le débat ne porte plus sur la légitimité de sa présence, mais sur l’orientation de sa future décision. Ce fait à lui seul révèle les limites du discours prétendant que le Polisario est hors du jeu politique.

Certes, cette image ne fournit pas de réponse définitive quant à la trajectoire de la diplomatie américaine, et elle ne suffit pas à proclamer un virage stratégique de Washington. Sa portée politique réside plutôt dans sa capacité à confronter la thèse d’un règlement achevé à la réalité d’un conflit persistant et d’un dialogue maintenu avec ses acteurs. Il convient de faire cette nuance essentielle entre l’analyse lucide des faits et leur instrumentalisation pour fabriquer une victoire illusoire sur le papier.

Au-delà d’un cliché ou d’une réunion, le cœur de la question demeure inchangé : l’avenir d’un peuple ne saurait être réduit aux relations bilatérales entre Rabat et Washington, ni à la capacité de l’une des parties à mobiliser des soutiens. Si la diplomatie peut altérer les rapports de force, elle ne peut ni effacer l’existence du peuple sahraoui, ni annuler sa revendication à l’autodétermination.

Le discours officiel marocain a exagéré en présentant le soutien américain comme l’aboutissement final du processus. Cet événement vient ainsi poser la question fondamentale qu’il cherchait à éluder : comment peut-on proclamer la fin d’un différend alors que son principal allié continue d’en débattre avec la partie que l’on prétendait avoir évincée ?Il est légitime pour Rabat de se féliciter des appuis apportés à sa position

. Toutefois, transformer ce soutien en une négation de la participation des Sahraouis à la détermination de leur avenir constitue une affirmation démentie par la continuité de leur présence sur la scène politique internationale.

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