Les Moutons de la colère.

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Mohammed Talbi

Je n’aime pas les fêtes, pas celles religieuses, où soudainement, obséquieuses, pitoyalbles, piteuses,

Les gens deviennent pieux, font semblant d’être frères et soeurs, s’attifent de djellabas blanches, de babouches, de tarbouches, et affublés de leurs grosses bonnes femmes toutes peinturlurées, dégoulinantes de bijoux en or, parées comme de vieilles aguicheuses,

S’en vont, trimbalant leurs insolents, leurs insupportables, leurs diables d’avortons bellement décorés eux aussi à l’occasion, envahir leur prochain, affichant une mine heureuse,

Taisant une haine que trahissent des regards ou envieux, jaloux, ou méprisants, moqueurs, des sourires papelards, des formules ennuyeuses, insipides, creuses ;

Pensez comme vous le voudrez, mais à sérieusement réfléchir à ces curieux soubresauts de bonne foi, de charité, de piété, mon esprit en est tout chamboulé,

Déjà, dans les pays musulmans, tout le monde crie famine, se plaint de la chéreté de la vie, se dit par ses créanciers de toutes parts harcelé,

Ensuite, si l’on suit leurs tendances superstitieuses, selon la religion, ce bêlier, on leur laisse le choix de l’égorger ou de l’épargner, de le tuer ou de lui laisser encore de paisibles heureux jours devant lui pour librement son amour de la vie bêler,

Enfin, lors même que ces bonnes gens seraient sanguinaires, pointilleux quant au respect des rites séculaires, c’est aux pauvres, paraît-il, aux démunis, qu’en offrande devrait revenir la viande de la victime immolée ;

Mais, au lieu d’avec l’argent qui sert à se procurer la bête qui sera sacrifiée aller résoudre les problèmes urgents, prioritaires,

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Ils préfèrent, pour aux autres plaire, vendre pour ce faire leur télé, leur chambre à coucher, et leur frigidaire,

Exactement comme agissent ces pélerins fervents qui se battent presque pour courir toutes les économies de leur vie verser dans les coffres-forts des pétro-dollars archi-milliardaires,

Qui, sitôt la saison de sainteté finie, s’en iront dilapider cet argent dans les casinos, les lupanars, les bars du monde entier, après avoir bien pris soin au passage de payer les amerloques pour qu’ils brûlent leurs voisins musulmans, de lapider, de décapiter, de découper à la scie leurs brebis réfractaires ;

Et puis, comment se fait-il que ces mêmes pélerins, qui dans leurs pays d’origine, déplorent le manque de travail, d’équité sociale, de pain,
Soient soudain frappés de cécité dans ces lieux dits saints, où à un esclavage avilissant, rabaissant, déshumanisant, sont réduits, entre autres, les malaisiens, les éthiopiens, les philippins ?

Ou bien va-t-on encore dire, sur cet air idiot d’un garnement qu’on sait mentir, et qui persévère sans rougir, qu’il était écrit là-haut que, sur terre, il y aurait les riches et les pauvres, les géants et les nains ?

Au lieu d’aider à des routes, des écoles, des hôpitaux construire, les bigots s’en vont tout contents, tout fiers, frétillant de la queue, payer cher leur soi-disant repentir,

Les apparences étant l’essence de ces ignorants qui depuis longtemps s’embourbent dans la décadence, cultivent l’art ignoble de la soumission aveugle, et lâches, veules, fuyards, hypocrites jusqu’à la moelle épinière, leurs bourreaux continuent de bénir,

Et si je n’aime pas les fêtes, particulièrement celles religieuses, c’est parce qu’elles mettent de façon indéniable à nu la schizophrénie des béni-oui-oui qui, dans leur propre souffrance, dans leur humiliation, semblent trouver du plaisir,

Mais voilà, je sais, mes amis, que vous avez d’autres moutons à fouetter, je ne vais plus rien ajouter, plus rien dire, et loup solitaire, dans ma tannière je reviens me tapir…

Tags : Fête du mouton, Aïd El Kebir, religion, Islam,

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