Quel est l’impact de la présence d’armes nucléaires sur la sécurité belge?

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Vouloir laisser les armes nucléaires en Belgique est facile, mais est-ce que tout le monde comprend?

Samir Soukouk*

Le récent rapport sur le rôle nucléaire de Kleine Brogel ne contient aucune surprise. Bien que les détails opérationnels concernant les armes nucléaires de l’OTAN (tels que le nombre exact et les emplacements de stockage) soient classés, le rôle politique que la Belgique joue dans la dissuasion nucléaire ne l’est pas. En tant que l’un des alliés européens, la Belgique fournit du personnel et des ressources à la soi-disant envergure nucléaire de l’alliance.

En période de formation du gouvernement, il n’est pas surprenant que des thèmes sensibles soient soulevés avec insistance. Cependant, la tâche de chaque gouvernement à venir consiste à examiner tous les arguments de manière réfléchie, notamment en ce qui concerne notre sécurité collective. Afin de mener ce débat, il convient donc de prendre en compte les éléments suivants.

La Belgique doit-elle jouer un rôle nucléaire au sein de l’OTAN?

Le problème fondamental est la participation de la Belgique à la dissuasion nucléaire et notre voix dans la politique de l’OTAN, pas les détails opérationnels. Après tout, en assumant un rôle nucléaire, la Belgique fait partie du petit groupe d’alliés qui, avec les trois États dotés de l’arme nucléaire de l’OTAN, élaborent la politique. Mettre fin à cela a pour résultat net que la politique de dissuasion de l’OTAN sera simplement mise en place sans contribution belge.

Le paradoxe est donc que la Belgique peut peser beaucoup plus lourdement sur la politique de dissuasion si elle y participe activement. Incidemment, il est illusoire de penser qu’une abstention belge fera une grande différence dans les processus décisionnels nationaux à Washington, Londres ou Paris: ils prennent leurs décisions, nous les nôtres. Pendant des décennies, notre sécurité a été ancrée dans la coopération euro-atlantique, précisément parce que tous les modèles alternatifs comportent également des inconvénients (majeurs).

Le danger d’une escalade nucléaire à travers la Russie

La politique de l’OTAN en matière de dissuasion tant conventionnelle que nucléaire a évolué depuis 2014 en réponse au comportement de la Russie à l’égard de divers pays voisins, y compris les alliés de l’OTAN et les États membres de l’UE. Contrairement à l’OTAN, la Russie accorde une grande importance au rôle des armes nucléaires depuis de nombreuses années. L’arsenal russe a été considérablement modernisé et élargi avec de nouveaux systèmes rompant avec les traités internationaux sur le contrôle des armements. L’introduction de nouveaux missiles de croisière à moyenne portée (missiles SSC-8), par exemple, amène le traité INF (missiles à moyenne portée, ndlr) à se retrouver le mois prochain dans le coffre des objets oubliés.

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Cela a de lourdes conséquences pour la sécurité européenne, précisément parce que ces roquettes peuvent toucher presque toutes les capitales européennes, mais pas Washington. La doctrine russe semble également avoir considérablement évolué: la Russie évoque la possibilité de mettre fin aux conflits par l’escalade nucléaire. Cela fait craindre que la Russie utilise activement les menaces nucléaires pour paralyser la défense collective (conventionnelle) du territoire de l’OTAN.

Une contribution nucléaire renforce la solidarité entre les alliés

Contrairement à ce que l’on prétend souvent, une contribution nucléaire des alliés européens remplit toute une série de fonctions utiles, telles que la perpétuation de la cohésion politique de l’alliance et le soutien à la défense collective du territoire de l’OTAN.

Après tout, une telle contribution incarne le lien transatlantique d’une manière tout à fait unique et exprime la solidarité entre alliés. Après tout, il faut non seulement partager les désirs de sécurité collective, mais également les charges et les risques qui lui sont associés. En outre, les avions de combat à vocation nucléaire jouent un rôle militaire spécifique, précisément parce qu’ils sont parfaitement aptes à communiquer des signaux nucléaires et occupent donc leur propre place dans l’escalade.

La présence d’armes nucléaires empêche tous les pays de s’armer

Nous avons souvent tendance a trop vite oublier que la présence d’armes nucléaires américaines en Europe a historiquement tout à voir avec la prévention de la prolifération d’armes nucléaires. Après que le Royaume-Uni et la France eurent développé leurs propres armes nucléaires, on craignait que l’Allemagne (occidentale) et d’autres pays ne suivent. En donnant aux alliés un mot à dire sur l’évolution de la construction nucléaire de l’OTAN, il a été empêché que chaque pays s’arme lui-même.

Aujourd’hui, cela peut sembler farfelu, mais c’est une coïncidence que les voix s’élèvent en Allemagne

*Etudiant à l’ULB

Tags : Belgique, armes nucléaires, prolifération, Russie, Etats-Unis, OTAN, missiles, défense,

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